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nité, le seul moyen de se la faire payer est de procéder à un blocus, un bombardement ou une saisie des douanes ; or ceci équivaut à une prise de possession, peutêtre provisoire, mais néanmoins réelle. Les États-Unis deviennent alors intéressés dans rafiaire, car, suivant la doctrine de Monroe, ils ne sauraient laisser une puissance européenne saisir et occuper d^une façon permanente le territoire d^une de ces républiques, et pourtant cette saisie de territoire, ouverte ou déguisée, peut être le seul moyen dont dispose cette puissance pour se faire payer ce qu^on lui doit, à moins qu^il ne se produise une intervention des États-Unis. » Il reprend le sujet dans un message daté du 5 décembre de la même année : « Il faut bien iaire ressortir que, pour nous, la doctrine de Monroe ne doit pas servir de bouclier à une nation de ce continent pour la protéger contre les nations étrangères des conséquences de ses méfoits. Si une république du Sud commet un délit contre une nation étrangère, si par exemple elle maltraite un citoyen de cette nation, la doctrine de Monroe ne nous force pas à intervenir pour empêcher le châtiment de ce délit, tant que ce châtiment ne prend pas. la forme d^une occupation territoriale, sous n^importe quel aspect. Le cas est plus difficile lorsquHl s^agit d'une obligation contractuelle. Notre gouvernement a toujours refusé de soutenir par un appel aux armes ce genre d'obligation quand il s'est agi de ses propres citoyens. » — a Nous souhaitons vivement que toutes les nations étrangères consentent à adopter cette vue. Mais elles s'y refusent; et par suite nous sommes exposés à tout

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moment à nous trouver en présence d^altematives désagréables. D'une part, notre pays ne voudrait certainement pas faire la guerre pour empêcher un gouvernement étranger de recouvrer une juste dette ; d'autre part, il est très imprudent de laisser à une puissance étrangère prendre possession, ne fût-ce que provisoirement, des douanes d'une république américaine, pour se faire payer ce qu'on lui doit, car cette occupation temporaire pourrait devenir permanente. Le seul moyen d'échapper à ces alternatives, quand elles se présentent^ est d'entreprendre nous-mêmes un arrangement qui fasse rembourser la plus grande partie possible d'une juste obligation. Il est de beaucoup préférable pour ce pays de faire aboutir un tel arrangement que de laisser à une nation étrangère le soin de le conclure. »

On remarquera que le président établit une distinction entre les délits et les obligations contractuelles, et qu'il reconnaît aux puissances européennes le droit d'agir dans le premier cas ; c'est la seule attitude possible pour les États-Unis, à moins qu'ils ne proclament un protectorat sur l'Amérique latine. Mais en pratique cette distinction n'est pas d'un grand secours. Des différends de contrat peuvent fort bien se compliquer de délits^, et il sera difficile de faire sentir au peuple américain la difiérence de ces deux ordres de fait. Il voit avec une impatience et une défiance toujours plus grandes toute intervention armée des puissances euro-

I . Voir par exemple la conduite du président Castro à l'égard du chargé d'affaires de la France au Venezuela.

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péennes au nouveau -inonde, et pourtant il n'est pas disposé & se substituer & elles. C'est d'abord que les Américains ont une tendance naturelle & ne pas se déranger pour des affaires qui ne les intéressent pas, et c'est aussi parce qu'ils savent que, s'ils se mettent à appliquer, à quelque république américaine en délit, des arrêts qui leur semblent justes, ils passeront aussitôt pour des tyrans qui, sous le couvert de la doctrine de Mpnroe, visent à dominer tout l'hémisphère occidental. Le rôle de médiateur par force est des plus ingrats. Les Américains ont montré beaucoup de bonne volonté à soumettre leurs propres querelles à l'arbitrage, et ils ont toute raison de désirer que le principe en soit adopté dans tous les différends où l'Amérique latine est en cause. C'est ce qui les affranchirait le mieux des difficultés de leur situation actuelle.

Dans le cas particulier dont parlait le président Roosevelt dans son message, le cas de Saint-Domingue, il recommanda un remède qui consistait à jouer un double rôle de juge et de gendarme bienveillant : le gouvernement américain amena entre Saint-Domingue et ses créanciers un arrangement pour satisfaire le mieux possible leurs réclamations. Une partie des taxes douanières dominicaines devait être consacrée k la dette, et, pour en assurer le paiement, on nomma des fonctionnaires américains pour surveiller les douanes de cet État. Cet arrangement semble assez équitable et évite des ennuis immédiats. Mais peut-on blâmer le monde extérieur, et surtout les Américains latins, d^y voir un protectorat déguisé de Saint-Domingue P II n'est pas

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surprenant que le Sénat ait beaucoup hésité à approuver ce plan, qu^on remania deux fois avant de le lui présenter ; d^autre part cette opération provoqua des troubles à Saint-Domingue, et, quoiqu'elle soit en train d'être appliquée, elle n'y a pas encore été ratifiée. Si la prochaine des nombreuses insurrections dominicaines commençait de la manière classique par la saisie des douanes, seul endroit où Ton trouve des fonds tout prêts, les États-Unis pourraient avoir à agir sur-lechamp.

Tout ce sujet des rapports entre États créanciers et débiteurs, et de la protection des capitaux étrangers dans un pays, est délicat et dangereux. Le développement qu'ont pris de nos jours les capitaux dans les grandes nations civilisées, les placements faits dans le monde entier, ont extrêmement compliqué la situation, d'autant plus que le code international ne s'est pas encore prononcé clairement sur certains des problèmes qui se posent. Jusqu'ici tout a été tranché par la force. Que l'on prenne par exemple le refus de reconnaître une dette : quand une société a été assez forte, comme l'empire ottoman, ou assez bien protégée par sa position, comme certains États américains, pour renier ses dettes, les créanciers n'ont eu qu'à souffrir et n'ont pu se faire rendre raison. Quand un tel État est faible, comme l'Egypte, il est en danger de se voir privé de son indépendance par ceux qui détiennent ses obligations. Si l'empire russe venait aujourd'hui à faire banqueroute, la perte serait énorme pour la France, mais qu'y faire? tandis que si la Perse reniait la dette qu'elle a contractée en-

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vers des banques anglaises et russes, on procéderait contre elle aussitôt. La question des placements faits par des particuliers en pays étranger est peut-être ^core plus difficile. Les États civilisés ont prot^ de leur mieux les intérêts de leurs nationaux au dehors, par des traités qui leur assurent autant que possible les mêmes avantages qu'à la population indigène. Quand ces droits leur ont paru violés, s'ils avaient affaire à des puissances égales à eux en force et en civilisation, ils ont dû se borner à des protestations ; mais, quand il s'agissait de sociétés plus faibles ou barbares, ils ont souvent dû recourir à la force. Jamais on n'a autant émigré qu'aujourd'hui ; jamais on n'a placé des capitaux aussi énormes à l'étranger: les occasions de conflits se sont multipUées en proportion. Gomme la plupart des anciens États de l'Asie et de l'Afrique, où l'Europe eut si souvent à intervenir dans le passé, ont disparu dans Tespace d'une génération, il n'y a quasi plus de danger de ce côté^là. C'est dans quelques-uns des États de l'Amérique latine que nous trouvons les conditions les plus propres à faire naître des difficultés internationales, car les querelles financières y sont fréquentes, et souvent compliquées de mauvais traitements aux étrangers résidents. On a là souvent une population mélangée et ignorante, et \m gouvernement qui consiste en une poignée de politiciens avides groupés autour d'un dictateur, qu'un rival avec sa bande renversera bientôt; d'autre part des territoires dont les merveilleuses richesses naturelles tentent le capital étranger, qui cherche aujourd'hui dans le monde entier des chances de

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bon plAcement: de telles conditions sont faites pour ameiier des conflits. Ce qui aggrave la situation, c'est que les parties en querelle ne sont pas d'ordinaire celles qui avaient fait la transaction première. Un prince oriental irresponsable, ou un dictateur sud-anoiéricain, profitera de son bref passage au pouvoir pour contracter chez des capitalistes étrangers un emprunt dans des conditions écrasantes pour l'avenir du malheureux peuple qu'il gouverne. Il disparaît, et le public doit payer la note. D'autre part, tel groupe de financiers véreux qui a prêté de l'argent en ces circonstances se hflterà de se débarrasser de ses obligations en les passant à des gens innocents, à qui l'on représente l'affaire comme très simple et très normale. Le pays débiteur û'aime pas à souffrir pendant des années pour les caprices de quelque khédive sans conscience, comme en Egypte, ou d'un dictateur, comme en certaines parties de l'Amérique latine ; mais l'État où résident ceux qui détiennent les obligations sent de son côté qu'il lui faut faire tout son possible pour protéger les intérêts de ses nafionauit, qui ont cru leurs placements garantis par l'honneur d'un gouvernement étranger. Il faut bien se souvenir que les décisions des tribunaux, dans certains Étafts de FAmérique latine, ne sauraient être acceptées comme définitives par les grandes puissances civilisées, parce que trop souvent ces tribunaux sont vendîM où asservis au pouvoir exécutif. Le comble, cVst que quelques-uns de ces pays ont fait des lois interdisant autant que possible aux étrangers de faire aj^pel à la protection dé leurs gouvernements ! — Tout

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ceci n'est pas fait pour faciliter la tâche aux États-Unis, qui essaient de maintenir la paix sans prétendre couvrir les délinquants.

Si, à Tépoque de la promulgation de la doctrine de Monroe, il paraissait aux Américains que le nouveau monde se distinguait surtout de l'ancien en ce qu^il ^it le pays des gouvernements libres, opposé aux nations régies par le principe d^autorité, on peut dire qu'aujourd^hui, une des différences essentielles entre TAmérique latine et TEurope occidentale est ceQe qui sépare les États débiteurs des États créanciers ; et les intérêts des États-Unis ne les mettent plus absolument du côté des débiteurs. j

Dans ces quelques dernières années les républiques du nouveau monde ont adopté la doctrine dite de Di^ago, d'après laquelle le code international devrait interdire à tous les États de recouvrer leurs dettes par la force. Naturellement ce principe a été accueilli par l'Europe avec indignation, mais plusieurs pays sudaméricains l'ont salué comme un nouvel évangile. Sur sa justice inhérente, deux opinions sont possibles. Si, après des siècles de débats, les hommes ne sont pas encore arrivés à fixer entre individus les limites exactes des droits du débiteur et du créancier, on ne risque pas de s'entendre bientôt quand il s'agit non plus de simples particuliers, mais d'États, groupements d'individus souvent moins responsables que chaque homme en particulier. Les républiques de l'Amérique latine voient la question de leur point de vue, qui est celui de sociétés relativement faibles, et endettées. A la con-

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férence récente de Rio-de-Janeiro, beaucoup de délégués désiraient vivement voir le nouveau principe adopté par U)utes les puissances représentées, et en particulier par les États-Unis.

Or la position des États-Unis à cet égard est délicate. Sans doute ils se sentiraient délivrés d'un grand poids si le code international empêchait les puissances européennes de contraindre les républiques américaines à payer leurs dettes. Des incidents comme la dernière affaire du Venezuela seraient désormais impossibles, et la tâche imposée par la doctrine de Monroe deviendrait plus légère. Mais les États-Unis, comme on lésait, sont en train de se transformer eux aussi en grand pouvoir créancier, et il n'est pas de leur intérêt de protéger des débiteuvs irresponsables. Si les rêves du pan-américanisme se réalisent, les États-Unis en viendront peu k peu à avoir plus de fonds placés chez les républiquessœurs que tout autre pays, et ils auront par suite plu» d'intérêt à voir ces placements' bien protégés. Leurs représentants à Rio-de-Janeiro se sont gardés de donner une opinion sur la doctrine de Drago ; elle fut référée au congrès de La Haye. Là ils réussirent à faire passer nn ordre du jour, — l'un des rares résultats solides de la Conférence, — portant qu'aucune nation no devrait essayer de recouvrer des dettes parla force avant d'avoir recouru à l'arbitrage et d'avoir échoué. Un tel principe, est équitable et bon en soi ; ce fut un brillant succès diplomatique de le faire adopter en cette conjoncture. Les États débiteurs dans l'Amérique latine n'ont pas obtenu tout ce qu'ils demandaient^ mais une cer-

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laine pTotection leur a été assurée dans les cas o& ik agiraient de bonne foi ; les puissances européennes créancières n^ont pas renoncé au droit de se faire payer par force ce qu'on leur doit, mais elles ont consenti à recourir d'abord h des moyens pacifiques. Les États- Unis ont pu se montrer les amis des uns et des autres, et de la justice, sans avoir & se prononcer pour ou contre la doctrine de Drago.

Lorsqu'on se met k étudier en détail l'état actuel des relations entre la république angfo-saxonne et les républiques latino-américaines, ainsi que les perspectives d'avenir, on s'aperçoit que, sous une certaine ressemblance générale, il y a des difiérences profondes qui sans doute iront croissant au lieu de s'effacer. On peut partager ces républiques en trois ou quatre groupes principaux, selon leurs rapports avec les États-Unis.

Le plus important de ces groupes comprend quatre pays : le Brésil, l'Uruguay, l'Argentine et le Gbili. Tous ensemble, ils forment les deux tiers du continent sudaméricain et couvrent presque en entier sa partie non tropicale. Leurs populations réunies constituent presque les bpois quarts de la population totale et les dix-neuf vingtièmes de la race blanche. Ils sont des organismes tout modernes, encore sujets à la fièvre de révolutions qui les a agités dans le passé, mais ils ont Pair d'être en vok de faire de grands progrès. En ce moment ils reçoivent, sauf le Chili, une forte immigration, qui ne semble pas devoir tarir de sitAt. Ils sont, de toutes les façons, k peu près aussi loin des États-Unis que de l'Europe, tdlement que certaines gens ont déclaré dbsurde

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que la doctrine de Monroe s'étendtt à eux. Cette doctrine leur est certainement avantageuse, car elle les assure contre certains dangers auxquels pourrait les exposer le grand nombre des étrangers qui vivent dans leurs frontières. En revanche, les Américains espèrent voir s'é^ tablir des relations meilleures et plus étroites. Aujourd'hui plus de la moitié de l'exportation du Brésil, quelque 4oooooooo de francs de café, va aux États- Unis, qui, en retour, ne fournissent à cette république que onze centièmes de son importation, c'est-à-^lire moins que TAllemagne et beaucoup moins que la Grande- Bretagne. Pour le Chili, il sera beauccmp moins éloigné de la côte orientale des États-Unis quand le canal de Panama sera percé. Quant à F Argentine et au Brésil» s'ils ne compromettent pas leur avenir par des fautes, ils peuvent espérer occuper avant longtemps une position internationale bien plus éminente qu'aujourd'hui. Aucune de ces quatre républiques sud-américaines n'a la moindre chose à redouter de sa sœur de l'Amérique du Nord.

Le Paraguay et la Bolivie n'ont point de côtes maritimes et il n'est pas probable que les États-Unis aient jamais beaucoup de relations avec eux.

On peut réunir en un même groupe, pour plua de commodité, les républiques septentrionales de l'Amérique du Sud, celles de l'Amérique centrale, et tes deux républiques insulaires d'Haïti et de Saint-Domingue. Bien qu'elles diflèrent beaucoup par leur étendue et le chiffre <fe leur population, ell^ ont de nombreux traits communs. Elles sont toutes situées sous les tropiques ; dans- toutes, la proportion du sang blanc est faiUe ; elles

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flont toutes sujettes à des révolutions continuelles ; pour la plupart, elles sont grevées de dettes et exposées à des différends financiers avec leurs créanciers étrangers. Leurs merveilleuses ressources naturelles semblent leur promettre des jours meilleurs, mais pour le moment «lies ne font pas des progrès rapides et n'attirent qu'un iaible contingent d'immigration. Ce sont ces pays qui menacent de causer de graves embarras aux États> Unis : les Américains sont entrés beaucoup plus étroitement en contact avec, eux depuis qu'ils se sont établis dans les eaux des Caraïbes et ce voisinage deviendra plus constant encore lorsque le canal de Panama sera achevé. Dans aucun de ces États le gouvernement n'est assez stable pour garantir d'une façon permanente l'ordre et lalégalité. On peut dire de plusieurs d'entre eux qu'ils sont capables à chaque instant de troubler la paix publique ou de se trouver en querelle avec des nations européennes dont les citoyens ont des placements sur leurs territoires. C'est ici que les États-Unis peuvent être appelés, comme à Saint-Domingue, à exercer une police dont il sera difficile d'établir les bornes. La première tâche sera d'empêcher les hostilités entre ces États ; plus particulièrement en Amérique centrale où les États minuscules sont toujours prêts à tomber les uns sur les autres avec ou sans motifs. Or le temps aura bientôt passé où l'on permettra aux petites nations de régler leurs querelles par la force ; ce droit deviendra bientôt le privilège des pays qui sont assez forts pour combattre quiconque essaie de les arrêter^ aussi bien que leur ennami. De même que l'Europe aujourd'hui ne

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souffrirait pas par exemple des hostilités entre la Hollande et le Portugal, de même les petites républiques américaines seront avant longtemps obligées de vivre en paix^ qu'elles le veuillent ou non. C'est ici, mieux qu'ailleurs, que les États-Unis devraient faire usage de leur « gros bâton » (big stick) y si l'occasion l'exige.

La république du Mexique est dans une situation, particulière vis-à>vis de sa voisine septentrionale. Comme elle est en contact direct avec une puissance beaucoup plus forte qu'elle-même, elle est en danger dès qu'une dispute éclate entre les deux pays, et les souvenirs de la guerre mexicaine l'empêchent d'oublier l'importance du péril. Depuis une quarantaine d'années le Mexique a vécu d'une existence paisible et régulière, bien différente des périodes antérieures de son histoire. Si l'on peut mettre en doute la permanence d'un tel état de choses, c'est qu'il est l'œuvre d'un seul homme. C'est seulement quelques années après sa mort qu'on pourra juger si l'ordre établi par lui est durable. Le Mexique est un pays où les blancs sont en minorité, et jusqu'à présent il n'attire que peu d'éb'angers. La colonie américaine dans ce pays ne compte que quinze mille personnes environ, c'est-à-dire qu'elle est à peu pré» égale à la colonie espagnole ; cependant plus de la moitié de l'importation au Mexique provient des États- Unis, presque les trois quarts de son exportation y vont, et le chiffre des capitaux américains placés dans diverses entreprises au Mexique, déjà fort élevé, semble devoir s'accroître encore. On ne peut nier que cette « pénétration pacifique » ne constitue une menace

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possiUe à Fiiidépendance de la république mexicame. Ce n'est pas que les capitalistes travaillent à amener une annexion ; au contraire, ils sont très satisfaits de Tétat de choses actuel. Mais si le Mexique retombait un jour dans Tomière des révolutions, et surtout si la situation se compliquait d'une politique hostile aux étrangers, on peut être certain que Timportance imnifflise des intérêts engagés amènerait tôt ou tard Tintervention des États-Unis. Ce serait une autre affaire de Cuba, sur une plus grande échelle. Le meilleur moyen, et même le seul, d'éviter ce danger est de maintenir Tordre et un bon gouvernement. Tant que les Mexicains le feront, ils n'auront rien à craindre, car personne ne songe à les attaquer sans provocation.

Un gouvernement bien assis est, pour les républiques de l'Amérique latine, une chose indispensable si elles ne veulent pas tomber dans de graves embarras. Plus eàhoB prendront conscience de leurs responsabilités, plus elles se gagneront le respect du monde et se sauvegarderont de toute ingérence extérieure. Elles ont en outre un moyen de se défendre que personne ne peut leur contester : elles peuvent s'associer en groupements plus considérables. Ainsi fondues, elles pourraient mieux que maintenant parler d'égal à égal aux États- Unis, et, loin de s'opposer à ces sortes d'unions, ropinion publique américaine les trouverait tout à fait raisonnables, car elle ne songe pas le moins du monde à opposer les uns aux autres les États américains ou à s'effrayer de la combinaison de leurs forces. Elle est tropoonscientede la supériorité des États-Unis pour

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s^abaisser à de telles pensées. Si par exemple la Bolivie, l'Uruguay et le Paraguay s'unissaient à la République Argentine; si les anciens États-Unis de Colombie étaient rétablis, et renfermaient comme autrefois le Venezuela et TEouador, avec peut-être le Pérou en plus ; si les républiques de l'Amérique centrale réussissaient enfin à former une fédération durable, et se joignaient peut-être au Mexique, l'Amérique latine ne comprendrait que quelques grands États, dont cbacun serait assez important pour avoir droit à une belle place dans le monde moderne, et pour ne redouter aucune agression de la part d'une puissance étrangère. Or, ce qui prouve combien les Américains latins ont l'esprit arriéré en politique, — et c'est aussi un malheureux trait atavique du tempérament espagnol, — c'est qu'avec tant de points communs, avec la même langue, la même civilisation, les mêmes intérêts essentiels, ils persistent à maintenir des subdivisions politiques dues à de simples accidents de leur histoire.

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