‹ Les ÉtatsUnis pendant la guerre 18611865Chapitre 21 sur 24 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LES FINANCES DE LA GUERRE

Dans riiistoire de la guerre civile des États, les questions financières forment le chapitre le plus aride, mais non le moins intéressant. L’Europe a vu avec stupéfaction la dette des États-Unis, si insignifiante avant la guerre, s’élever par bonds prodigieux au niveau de la dette des plus vieilles et des plus riches nations de l’ancien monde. Tout le monde sait que la nation américaine s’est imposé les plus loui'ds sacrifices pour maintenir les principes de .son gouvernement et son existence nationale, mise en péril ; iriais l’histoire financière des dernières années mérite d’être étudiée de près: elle est féconde en enseignements de plus d’un genre. Tant de lois ont été volées en quatre ans, tant de titres divers jetés sur le marché, tant d’emprunts souscrits à des conditions changeantes, qu’on a quelque peine à se retrouver dans le labyrinthe actuel des finances américaines. Je me

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propose donc de passer en revue la série des actes par lesquels le congrès fil face aux dépenses de la guerre et maintint le crédit de la nation, au milieu d’une crise épouvantable, dont pendant longtemps on ne put prévoir le terme.

Il faut remonter à la fin de 1860, quand M. Buchanan était encore président, mais ne faisait plus, en quelque sorte, que conserver le fauteuil présidentiel pour son successeur. Les États du Sud se détachaient alors l’un après l’autre de l’Union par les actes dits de sécessfoji ; le 17 décembre 1860, M. Buchanan approuva l’acte du trente-sixième congrès intitulé : <( Acte pour autoriter l'émission de bons du trésor et pour autres objets, n Cet acte permettait au président d’émettre des billets du trésor, jusqu’à concurrence de 10 millions de dollars. Ces bons ne devaient pas être inférieurs à 50 dollars; ils étaient remboursables un an après l’émission et portaient intérêt à 6 pour 100.

Au commencement de 1861, on commence à emprunter. L’acte du 8 février 1861 autorise le président à emprunter avant le 1*' juillet une somme de 25 millions de dollars, pour subvenir aux besoins du trésor et rembourser les bons en circulation. L’émission devait se faire par certificats de 1000 dollars, portant intérêt de 6 pour 100 au maximum, et remboursables de dix à vingt ans (je veux dire dans dix ans au plus tôt et dans vingt ans au plus tard).

LES UNANCKS DE LA GUERRE

Avant le 1" juillet, on vota un nouvel emprunt de 21 millions de dollars, aux mômes conditions que le précédent, avec lequel il se fondit. Au début, on ne s’était préoccupé que de remplir à la hâte les coffres de la trésorerie ; mais bientôt on dut songer à créer quelques ressources permanentes. Avant de les demanderàrimpôt,onles demanda aux douanes: le tarif fut révisé et l’acte qui le modifia fut approuvé par le président le 2 mars 1861. Les droits d’entrée furent un peu relevés, et dans un grand nombre de cas des droits spécifiques se substituèrent aux droits «orf valorem » établis par des lois précédentes. La loi du 2 mars 1861 avait aussi pour objet d’autoriser un emprunt nouveau. Elle donnait au président la faculté, dans un laps de douze mois, d’emprunter 10 millions de dollars, pour subvenir aux nécessités des services publics. Les certiQcats d’emprunt, qui ne devaient pas être inférieurs à 1000 dollars, portaient intérêt à 6 pour 100. Le gouvernement so réservait le droit de rembourser ces certificats à telle époque qu’il lui plairait après un laps de dix années à partir du l" juillet 1861, après en avoir informé le public trois mois à l’avance. Le remboursement devait être fait au plus tard au bout de vingt ans. Dans le cas où les banques ne feraient point de propositions assez avantageuses à l’État, le président pouvait émettre, au lieu de titres d’emprunt, des billets du trésor (d’au moins 50 dollars) portant intérêt à 6 pour 100. Ces billets devaient être ro(.ms en payement de toutes les dettes ou créan-

LES FINANCES DE LA GUERRE

ces fédérales; ils devaient également être reçus en payement des droits de douanes, et pendant quelque temps ils servirent en effet à cet usage. Une grande quantité de ces billets furent donnés aux quartiersmaîtres et aux fournisseurs de l’armée et revinrent ensuite à la trésorerie en remboursement des droits d’entrée.

Cependant l’esprit de révolte avait dépassé les bornes de l’agitation politique. L’attaque et la prise du fort Sumter avait fait courir dans tout le Nord un frisson d’indignation et de colère; le sang avait coulé dans les rues de Baltimore, où les soldats du Massachusetts, accourus à la défense de Washington, avaient été attaqués par une multitude furieuse, dévouée aux intérêts du Sud. Le peuple, après avoir longtemps refusé de croire à la guerre civile, vit s’envoler les dernières espérances d’arrangement et de paix; le congrès dut enfin se résoudre à prendre des mesures rigoureuses pour vaincre la rébellion. Je ne m’occuperai ici que de celles qui regardent les finances, Le 11 juillet 1861 fut approuvé un u Acte fjià autorise un emprunt ». Nous sortons du coup des chiffres modestes des actes précédents; celte fois le secrétaire de la trésorerie est autorisé à emprunter 250 millions de dollars, soit sous forme de coupons d’emprunt, soit sous forme d’obligations ou de billets du trésor. Les obligations doivent rapporter au plus 7 pour 100 d’intérêt, et ne peuvent être remboursées avant vingt ans. Les billets, si connus plus tard sous

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