‹ Les ÉtatsUnis pendant la guerre 18611865Chapitre 5 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TROIS ANS DE GUERRE

» Le 12 avril 1861, le premier coup de canon fut tiré contre le fort Sumter. Le major Anderson, qui commandait les troupes fédérales à Charleston, quand la Caroline du Sud se détacha de la Confédération, avait renforcé le fort Sumter de la garnison du fort Moultrie, une autre défense du port. Celte précaution fut regardée par les rebelles comme un acte d’hostilité. Ils osèrent demander au président Buchanan l’abandon du fort Sumter; celui-ci n’eut pas l’impudeur d’obéir à celte injonction : retrouvant un reste de courage et d’honneur, il annonça môme qu’il enverrait des renforts au fort Sumter. Jelferson Davis considéra cette réponse comme une déclaration de guerre, et envoya le général Bcauregard, la veille encore officier de l’armée régulière, diriger des opérations de siège contre le fort de Charleston. Le II avril, Beauregard demande à Anderson de se ren-

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dre : celui-ci refuse. Quelques navires fédéraux se montrent au large : la folle colère des rebelles est au comble, et les premières bombes tombent sur la forteresse. Que n’cùt pas découvert un œil prophétique derrière leur traînée de flamme et leur fumée impie ! que de sang, de ruines, de champs de carnage, tout un monde bouleversé, la fièrc Charleston enfin livrée elle-même au.x flammes, pillée par ses derniers habitants, le pavillon étoilé, relevé au bout de quatre ans sur les ruines du fort Sumter, en présence de Garrison, le vieil abolitionniste, et aux applaudissements de régiments nègres ! Tout cela , ni Beauregard ne le vit, ni .\nderson, qui, après une défense de trente-six heures et à bout de munitions, se rendit avec les honneurs de la guerre. Pas un homme tué, du reste, ni d’un côté ni de l’autre. Singulier début pour une guerre qui devait faire répandre des fleuves de sang!

L’émotion qui parcourut les États du Nord, à la nouvelle de la prise du fort Sumter, peut mieux s’imaginer que SC peindre. A sa colère et sa douleur, le peuple américain sentit qu’il était bien un peuple et non pas un total arithmétique : la même vibration ébranla comme une seule âme tous ces millions d’âmes. Avant que le président appelât 75 000 miliciens sous les drapeaux, on courait déjà de toutes parts aux armes. Des gens de campagne, apprenant la nouvelle, partirent pour s’enrôler dans la ville voisine, sans dire adieu ni à leurs femmes ni à leurs enfants.

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On reconnut les fils des fermiers qui avaient couru le siècle dernier à Bunker-Hill. Ces spasmes ne durent point, chez les nations non plus que les individus : à l’éclair de la passion doit succéder l’elTort lent, patient, pénible de la volonté. Il faut que le niveau régimentaire passe lourdement sur l’ardeur martiale; une fois dans le rang, le soldat n’est plus qu’une fraction infinitésimale.

Pendant qu’on fait des régiments dans le Nord, le Sud en fait aussi : la Virginie, l’Arkansas, la Caroline du Nord, le Tennessee, jusqu’alors hésitants, suivent l’élan; le Kentucky, entre l’enclume et le marteau, proclame vainement sa neutralité. Le Missouri se divise, le Maryland reçoit à coups de fusil, dans les nies de Baltimore, les soldats du Massachusetts, qui volent avec Butler à Washington. On remue la terre autour de la capitale, sur les hauteurs d'Arlinglon, et la hache dépouille les riants coteaux du Potomac.

La guerre commence en Virginie ; on entend parler pour la première fois de Mac Clellan, qui chasse les rebelles des hautes vallées de la Virginie occidentale. L’astre du « petit Napoléon » se lève. La presse a embouché la trompette guerrière : on veut une bataille, une grande bataille. Qui parle d’organiser l’armée, d’apprendre l’exercice et les manœuvres aux soldats, de former des brigades, des divisions, des corps, des cadres de réserve, une administration militaire? Qu’a-t-on besoin de ces vieilleries , bonnes pour l’Europe? En marche ! en avant sur Richmond ! Tout

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va reculer devant le flot des volontaires ! Mac Dowell suit ce flot plutôt qu’il ne le dirige; le 21 juillet 1861, il rencontre Beauregard sur les bords d’un torrent nommé Bull Run. Il a quelques régiments de réguliers; tous ses autres soldats sont des recrues qui n’ont jamais senti la poudre. Les confédérés sont rangés sur la rive méridionale du torrent. Par derrière, ils touchent au chemin de fer qui sert à leurs communications. Mac Dowell fait une fausse attaque sur la droite pour détourner leur attention, pendant qu’une division va tourner leur flanc gauche. Les conscrits fédéraux franchissent la vallée, se battent bravement et repoussent la gauche ennemie jusqu’à de grandes forêts de pins. En vain Johnston, accouru de la vallée de la Shenandoah, en vain Beauregard, viennent se montrer sur le champ de bataille; leurs troupes continuent à lâcher pied, à reculer. Mac Dowell peut se croire vainqueur. Mais voici que les troupes fraîches deKirby Smith arrivent à l'heure décisive. Toute la ligne confédérée se remet en branle; l’oscillation change de sens : les fédéraux, après plusieurs heures de marche et de combat, sont las. Le désordre se met dans leurs rangs, et le désordre dans une multitude armée dégénère en panique : on jette les armes, on abandonne voitures, canons, blessés; la marée, qui devait rouler jusqu’à Richmond, recule jusqu’à Washington. Beauregard, étonné de sa victoire, ne songe même pas à suivre ks fuyards.

L’effet moral de ce désastre était déjà assez grand,

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Um moment le Nord douta de lui-mAme, et l’Europe depuis ce jour ne cessa de douter du Nord. Il y eut depuisvingt, il y eutcent batailles plus sanglantes que Bull-Run, mais Bull-Hun était la première: on y erut voir le doigt de Dieu. M. Lincoln, dès le lendemain, appelle 500 000 volontaires sous les armes : premier défi à la fortune qui insultait le pavillon étoilé. Les volontaires arrivèrent en foule; il ne s’agissait plus seulement de punir l’arrogance du Sud, mais de sauver la capitale des États-Unis et, plus que cela, l’honneur de la nation. Il fallait un général : qui prendre? Scott , le héros de la guerre du Mexique, était trop vieux; on ne pouvait plus songer à Mae Dowell. On choisit Mac Clellan ; on ne savait trop pourquoi : on savait qu’il était jeune, qu’il avait visité Sébastopol pendant la guerre de Crimée, qu’il avait vu des armées. D’emblée on le nomme commandant en chef des armées des États-Unis : il organise les nouvelles levées, lentement, laborieusement, comme s’il se préparait à une guerre de sept ans, de trente ans, passant revues sur revues, trompant l’impatience du congrès par de grands spectacles militaires, s’enivrant des applaudissements de ses soldats, auxquels commençaient à faire écho ceux des ennemis de l’administration. L’automne de 1861 fut perdu; un mouvement commencé en Virginie se termina d’une manière désastreuse pour les fédéraux à Ball’s Bluff; Mac Clellan se rebute, il n’a pas encore confiance dans ^on armée; il l’enferme, toute bouillante de patrio-

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tisme et de passion, dans les quartiers d’hiver. Pendant cette longue attente, il fait des plans : ira-t-il à Richmond par terre, ira-t-il par eau? Hélas! il n’ira ni d’une façon ni de l’autre.

Nous voici en 1862 : Mac Clellan se décide enfin à tenter la fortune; il songe d’abord à se porter sur Annapolis et le Rapahannoch, pour se placer sur les derrières de Manassas, où l’ennemi avait campé tout l’hiver. Sou plan à peine adopté dans un grand conseil de guerre, l’ennemi évacue Manassas. Que faire? le suivre dans les houes de la Virginie, ayant devant soi tant de larges fleuves, des forêts impraticables, des ponts rompus, de mauvaises roules; on revient au mouvement par eau. Le fort Monroë est situé la pointe de la péninsule virginienne, grande langue de terre étendue entre le James et le York-river; ce point, toujours resté aux mains des fédéraux, est choisi pour le débarquement; 120 000 hommes descendent la baie de la Chesapeake sur des transports et se réunissent sous les canons du fort.

L’entrée du James-river était fermée parle 3/em‘wi«e, navire blindé confédéré, qui avait coulé le Cumberland, jeté la terreur dans toute la rade de Hampton- Roads et ne s’était retiré que devant le Monitor, avec quelques avaries dont la nature n’était pas bien connue. R faut se résoudre ù longer la péninsule par terre en suivant le York-river et le Pamunkey, où les transports peuvent remonter jusqu’à White-Housse. De là on se jet fera à travers la Cbiekahominy sur Richmond.

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Mais voici d’abord YorktovMi, avec ses vieilles forliücalions, à peine changées depuis Rochambeau, Cornwallis et Clinton. Essayera-t on de les prendre de vive force? Mac Clellan est trop prudent pour le tenter. II veut tourner Yorktown, par eau, mais voici qu’on refuse de lui envoyer de Washington le corps de Mac Dowell, qu’il comptait envoyer sur la rive gauche du fleuve. 11 ne lui vient pas à l’idée de détacher un des corps qu’il a sous la main pour opérer cette diversion; il commence un siège régulier; les canons de 100, les canons de 200, les mortiers, arrivent lourdement, lentement, à leurs places. Quand tout est prêt, l’ennemi a disparu; un mois a été consumé sans profit pour la gloire de l’armée. On se met à courir à l’ennemi; à Williamsburg, on le saisit enfin. Johnston, qui commandait la retraite, y tint deux jours et s’y battit avec rage, sous la pluie, pour donner au gros de son armée et de son matériel le temps de filer sur les routes étroites de la péninsule.

Après un peu de repos, on se remet en route, on avance lentement avec d’énormes files de wagons, en longeant le Pamunkey, jusqu’à White-House, qui devient le grand dépôt de l’armée. Jefferson Davis, effrayé, avait pendant ce temps fait évacuer Norfolk, le grand arsenal virginien. Le Merrimac n’ayant plus de port, on l’avait détruit. Le James river redevenait libre, mais on avait pris le parti de marcher sur lUchmond du côté du nord, en suivant le chemin de fer de White-House à cette ville.

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