‹ les etatsunis pendant la guerreChapitre 13 sur 38 · ÜN ÉTAT FRONTIÈRE. — L’INVASION DU MISSOURI. — SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

ÜN ÉTAT FRONTIÈRE. — L’INVASION DU MISSOURI. — SAINT-LOUIS

Après avoir traverséles États du Nord et de l’Ouest, de l’Atlantique au haut Mississipi, je me dirigeai vers un de ces États frontières où les discordes civiles ont laissé des traces si profondes. Le temps viendra où cette dénomination d’État frontière, de border-State, si fréquemment employée encore en Amérique, n’aura plus de sens. L’esclavage seul avait tracé au cœur même du vaste territoire de l’Union une ligne de frontières idéale ; la guerre l’a déjà elfacée à demi, et la reconstitution des États reconquis la fera totalement disparaître. Les frontières véritables de la république américaine ne seront plus cherchées au nord que le long du Canada, au sud le long du Mexique; mais à l’époque où je visitais les États- Unis, le mot de bordei'-State avait gardé toute sa signification, que la guerre civile avait môme rendue plus apparente et plus sinistre.

Le border-State que je me proposais de visiter était

lîN ÉTAT FRONTIÈRE.

le Missouri; je retournai de la Crosse à Chicago, en passant par Milwaukie, belle ville dont la prospérité égale celle de Chicago : je traversai dans toute leur largeur les plaines fécondes de l’Illinois et m’arrêtai à Quincy, sur leMississipi, où je comptais m’embarquer pour merendre parle fleuve à Saint-Louis. J’arrivai de nuit à Quincy, et me rendis aussitôt dans l’unique hôtel de la ville. Toute la journée, j’avais entendu parler au tour de moi de l’invasion du Missouri, où les confédérés étaient entrés et commettaient de grands excès. Comme il arrive toujours en pareil cas, mille rumeurs trouvaient cours, et l’alarme s’était répandue jusqu’à Quincy. En arrivant à l’hôtel, j’appris que pendant la soirée le gaz avait été subitement éteint dans la ville et à la gare du chemin de fer par une main inconnue. Le portier de l’hôtel avait fait patrouille avec d’autres habitants; mais, à voir sa mine blême, il me parut qu’au cas où les confédérés passeraient le fleuve et attaqueraient Quincy, il n’y aurait pas lieu de compter beaucoup sur ce défenseur. Dans la chambre commune, où rougissait un fourneau chargé jusqu’à la gueule, se tenaient des groupes d’hommes aux longs cheveux, à la barbe de bouc, sombres et presque tous occupés à lire les journaux en lançant de temps à autre un jet de salive jaunie par le tabac. Certains visages avaient une expression tout à fait farouche. Je vois encore entrer un pauvre soldat boiteux, appuyé sur sa canne et amaigri par les fièvres. Un ofticier coiffé de son chapeau de feutre noir orné d’une

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