UN ÉTAT FRONTIÈRE
City, dans le district de Nevada, aux mines d’or d’Idaho. Son commerce est un commerce de caravanes : bestiaux, farines, lavoirs pour les sables aurifères, tout part maintenant du Kansas ou du pays des Mormons pour arriver à ces oasis métallurgiques longtemps ignorées, et oü la fièvre des mines a pourtant attiré une population très-nombreuse.
Le second jour, le bateau à vapeur s’amarra encore le soir sur la rive missourienne, à une petite distance de l’embouchure de la rivière Illinois. Le lendemain matin, nous arrivâmes en vue d’Alton; le promontoire rocheux sur lequel est bâtie cette ville est dominé par un vaste pénitencier qui servait de prison pour les soldats confédérés. Les baïonnettes des sentinelles étincelaient aux rayons du soleil matinal, et des soldats désœuvrés se promenaient sur le quai de débarquement. Peu de temps avant notre arrivée à Alton, un jeune homme qui m’avait vu dessiner sur le pont vint me demander en rougissant si je ne consentirais point à lui faire un croquis de la prison d’Alton. Malgré sa barbe rousse inculte, ses yeux brillants et scs cheveux en désordre, il avait un air si naïf et si candide que je cédai à son désir. Je lui demandai cependant pourquoi il avait choisi ce point de préférence à tout autre. Il rougit encore plus, et me dit que beaucoup de ses amis au village connaissaient Alton et seraient bien aises d’en avoir un dessin. J’appris quelques jours après à Saint-Louis que les bandes confédérées avaient eu la pensée de sur-
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prendre Alton pour y délivrer les prisonniers. Le projet ne fut point mis à exécution : mon dessin de la prison ne servit donc à rien, s’il sortit des mains de mon jeune inconnu, que j’ai depuis soupçonné d’avoir servi dans les armées de la rébellion.
Un peu au-dessous d’Alton, le Missouri et le Mississipi mêlent leurs eaux : celles du Missouri, limoneuses, toutes chargées d’argile, ont le volume le plus puissant. Aussi le Mississipi, jusque-là limpide, prend-il bientôt une couleur grise et terreuse qu’il conserve jusqu’aux méandres de son embouchure. On aperçoit enfin Saint-Louis ; les vastes usines, tes hangars, les magasins, les vieilles maisons rouges du port s’allongent le long du quai, où se presse une véritable flotte de blancs steamers. II y avait peu d’animation sur le port: presque tous les feux des bateaux à vapeur étaient éteints, et sur les talus du quai on ne voyait que peu de ballots et de barriques. La ville, au premier abord, me parut triste et sale. Les maisons de brique qui avoisinent le fleuve sont toutes délabrées. Saint-Louis a déjà, dans quelques parties, l’air d’une vieille ville, bien qu’elle soit entièrement moderne. Le petit poste fondé par Laclède et Chouteau est devenu depuis vingt ans la métropole com merciale du centre du continent. Saint-Louis aspire aujourd’hui à étendre son influence jusque sur la côte californienne : elle a son chemin de fer du Pacifique, déjà terminé jusqu’à Dresden, au delà de Jeffersoncity, la capitale politique du Missouri. Avec les avan-