INTRODUCTION
hnmani a mo aliemim puto. » Mais ce senliment droit, sain et viril qui entraîne l’homme vers l’homme, qui se passe d’apprêts, de fictions, de règles, de défenses, ne se peut guère trouver pur et sans alliage dans des sociétés trop vieillies. Il se mêle à l’égalité trop d’envie et de haine quand elle succède à de trop longues servitudes. .le retrouve encore je ne sais quelle bassesse dans sa fierté toujours inquiète, dans sa disposition tacite ou
avouée à sacrifier à ses intcrôls les intérêts sacrés
(le la liberté, dans ses ilatlcries banales à la multitude, dans son respect instinctif de la force, dans ses cruelles et injustes méfiances, dans son envieuse crainte de toute grandeur solitaire. Les jtlis de l’àme sont lents à s’elfacer.
Aux États-Unis, la liberté et l’égalilé. se sont mêlées intimement et en égales proportions pour former l’esprit démocratique. Tout a favorisé cet heureux mariage : l’immensité du territoire qui üfl’re à tout homme laborieux l’indépendance, le respect forcément accordé au travail dans une société nouvelle, l’incertitude et l’instabilité dos destinées, la circonscription étroite des fonctions de l’Etat, l’absence de toute tutelle historique et traditionnelle, la nécessité oii sont les citoyens
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INTHOniCTION.
(le s’occuper sans cesse de la liï'fensc de leurs intérêls et de leurs droits, la séparation complète de l’Église et de l’Élat, qui familiariser toutes les consciences avec l’exercice de la plus haute et de la plus délicate des libertés.
Les théoriciens de la démocratie ont exprime trois craintes : ils ont pensé que le développement excessif de l’individualisme devait être fatal à cette passion désintéressée qu’on nomme le patriotisme; que la domination des majorités sans contrôle et sans frein pouvait graduellement, au milieu de toutes les libertés, détruire le sens même de la liberté; ils ont cru enfin qu’une culture générale et uniforme devait abaisser graduellement toutes les intelligences sous le niveau d’une commune médiocrité.
.le ne crois pas que les États-Unis aient encore justifié aucune de ces craintes : leur patriotisme a, ce me semble, été assez éclatant. Que n’ont-ils pas sacrifié à celte Union, que l’Europe se plaisait à appeler une chimère? à cette constitution, qui n’est pas seulement la Charte de leurs libertés, mais encore la garantie de leur grandeiii’ nationale? Sur ce premier point, il me semble qu’il n’y a vraiment rien à dire et que tout commentaire serait vain.
INTRODlir.TCON,
Dira-l-on que le sens de la liberté aille en s’éteignant dans un pays qui, au milieu d’une effroyable guerre, a accompli aussi tranquillement que par le passé toutes ses grandes fonctions politiques ? qui n’a demandé des armes qu’à la loi pour se protéger contre les sauvages fureurs de la trahison? Bien qu’en aient pu dire les calomniateurs des États-Unis, la liberté n’a point reçu de graves blessures, au milieu de tant de convulsions et de catastrophes. Jamais la nation n’a poussé de lâches cris pour appeler un César, jamais elle n’a songé à acheter la victoire par sa propre servitude.
Est-il vrai enfin que la démocratie soit ennemie de toute grandeur et de toute originalité, qu’elle ôte l’indépendance à l’esprit, que ses mœurs soient grossières, banales et tyranniques, qu’elle n’ait d’estime que pour la richesse et le succès? Plus d’un étranger, jeté au milieu des remous de la démocratie américaine comme une bouée livrée à tous les flots, a peut être ressenti ces impressions. On finit par ne plus apercevoir, dans son propre pays, un certain fonds de banalité, de vulgarité qu’on a vu depuis l’enfance. Dans un pays nouveau, ce fonds est ce qui frappe tout d’abord les yeux, et longlernps on ne voit pas autre chose. La gros-
INTRODITTION.
sièrelé américaine a d’ailleurs je ne sais quoi d’aigu, d’agressif, de plus vivant et par là même de plus blessant que cette grossièreté humble, résignée, presque bovine des multitudes en Europe. Mais en aucun pays l’on n’a le droit de juger une nation par les tableaux de hasard de la place publique et de la rue. Rien, je le crois, n’est plus malaisé que de bien apprécier le caractère américain, de démêler ce qui lui est propre et ce qui n’est qu’accidentel, ce qui appartient au terroir et ce qui u’e.-l qu’une importation, un alliage impur et temporaire. Les Américains prétendent quelquefois que personne ne peut les comprendre qu’euxmêmes, et j’ai entendu porter sur leur compl<^ tant de jugements ridicules, (|ue je ne suis p.ts très-éloigné de croire qu’ils ont raison.
A la fois ardent et froid, irritable et patient, vindicatif et généreux, communicatif et réservé, avide et prodigue, l’Américain semble d’abord un tissu de contradictions. On s’étonne de trouver tant de ruse avec tant de bonhomie, des desseins si suivis sous une nonchalance si facile, des habitudes si simples au sein de la richesse, des raffmemenis si grands dans les conditions obscures, tant de diplomatie au village et tant de rusticité i\ la ville.
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