CHAPITRE XII
LE PRÉSIDENT LINCOLN.. î.; t.n.
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Au-dessus de tous les hommes que la guerre çi,TiJe américaine a mis en relief et voué? ,à lAfgloH*®» Abraham Lincoln a désormais .sa,, place, marquée comme le plus pur et le, plus grand.. Après .quatre années de luttes et d’inquiétudes, après. avoir, longr temps espéré contre l’espérance, et vu tant, de, sang précieux se perdre inutilemént dans le sol deia/yipginie, le président deux fois élu croyait louçlie.r,au terme de ses efforts; il avait presque accompli la j tâche redoutable que les événements et la volonté 'populaire lui avaient imposée, et dans le momeptiméoae où il semblait que la fortune n’^avait, plus,rieu,à-tui refuser, quand il allait recueillir le fruit .tardif dotant de peines, la mort l’a saisi, une mort lûehe ut tfatr tresse. Une succession de brillantes victoire? ,a.\vût enfin ouvert les portes de Richmond, et.les, rester de cette armée qui, si longtemps,, avait défié le, J^ioed,
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avaient etc réduits à mettre bas les armes. Au milieu des transports et des cris d’une joie presque délirante, M. Lincoln ne fit entendre que des paroles de douceur. Jamais triomphateur ne fut plus modeste, on pourrait presque dire plus humble ; il était allé à Richmond ; il était entré un moment dans la maison de M. Jefferson Davis. Quelques régiments noirs avaient défilé devant lui ; il avait montré à la Virginie le président des États-Unis; mais, au milieu des fumées de la ville incendiée, aux étincellements des baïonnettes, dans le bruit et le désordre de la guerre, il ne songeait, lui, qu’à la paix. 11 n’alla point au Capitole de Richmond signer des listes de proscription; nulle bouffée de haine ou d’orgueil n’enfla cette âme naturellement humaine, et que tant d’émotions avaient encore attendrie depuis quelques années. Que de fois, allant de Washington aux camps, et des camps à Washington, n’avait-il pas descendu et remonté les fleuves paresseux de la Virginie, visiteur sombre et soucieux que l’armée s’était accoutumée à voir plus souvent au lendemain des défaites qu’à la veille des victoires! Cette fois tout était fini. Grant et Sheridan parcouraient à leur gré ces provinces où, pendant si longtemps, chaque pouce de terrain avait été disputé; pour la première fois, M. Lincoln pouvait revenir d’un cœur léger vers sa capitale; mais sa Joie, pour rester discrète, ne devait pas être de longue durée. A peine arrivé, il convoqua ses ministres, s’entretint avec eux des derniers événements, de la pacification
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des États du Sud; il parla de Lee avec bonté, tout prôt à tendre sa main loyale à un capitaine qui,' sur les champs de bataille, avait etc un loyal ennemi ; il tenait ce langage le \k avril au matin; le soir mêrrié;* il était assassiné. L’histoire nous montre un" petit nombre de grands souverains frappés de même 'au' milieu de grands desseins, à la veille d’importantes résolutions, ou au lendemain d’actions mémorables;' mais, s’ils ont payé d’un tel prix la grandeur ‘et la gloire, ils les ont du moins achetées pour toute leur vie,' pour leurs enfants, pour leur race entière. La démocratie tire des ombres de la vie domestique un favori d’un jour, et après lui avoir imposé quelque temps l’accomplissement de tâches quasi-royales, elle lui impose l’abdication. Voudra-t-elle maintenant’ que quelques années passées dans l’exercice d’une autorité précaire et sans lendemain, se payent du même prix que les empires et les couronnes? Ses chefs seront-ils aussi des victimes désignées pour le sacrifice? L’assassinat, qui n’a rôdé jusqu’ici qu’autour du palais des rois, guettera-t-il jusqu’à ces magistrats populaires qu’un jour amène, et qu’un autre jour ‘emmène? Et faudra-t-il aussi qu’ils marchent entourés de pièges et d’épées? ' ■ * i' '
La vie de M. Lincoln appartient dès ce moment à l’histoire, qui ne se rappellera son humble origine que pour la mettre en contraste avec la grandeur de sa fin. L’histoire ne le suivra point pas à pas, tandis qu’il s’élevait, à force de patience, d’intelligence et
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de volonté, des rangs les plus obscurs jusqu’au grand théâtre de la vie publique. La vie des champs^ le grand air des plaines de l’Ouest formèrent cette robuste nature, et la préparèrent aux luttes qu’elle eut à soutenir. Comme presque tous les gens de l’Ouest, il fit un peu tous les métiers; il conduisit un fiat boat (bateau plat) sur le Mississipi; il se fit rail-split^ ter, coupa et scia du bois pour les clôtures des fermes de l’Illinois ; les grands fleuves et la prairie lui en apprirent plus que les livres. C’est, il le racontait lui-même, au temps de ses navigations sur le Mississipi qu’il commença à détester l’esclavage en observant le contraste entre les États où cette institution avait été conservée, et les provinces qui ne l’avaient jamais connue. C’est au désert, parmi les bois, les fleurs sauvages, les champs nouvellement semés, qu’il prit le goût de l’indépendance, le dédain de toute étiquette, le respect du travail. Il ne commençaqu’assez tard à étudier les lois; son originalité était déjà épanouie, et sous les formules et les circonlocutions habiles du légiste, il resta toujours quelque chose de franc, d’ingénu, et comme un parfum de terroir, üe la loi à la politique, il n’y a qu’un pas aux États-Unis; tout latvyer est doublé d’un politician,
La carrière politique de M. Lincoln ne fut pas trèslongue ; du premier coup, il se trouva jeté en face d’un adversaire qui, pour tout autre, eût été trop redoutable. Pendant plusieurs années, M. Lincoln lutta dans l’Illinois contre l’influence alors prépondérante
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de ce Douglas qu’on nommait « le petit géant de l’Ouest» , Doué d’une merveilleuse éloquence, sàcnant ilalter et pousser jusqu’au délire les populations bccidentales, si vives, si enthousiastes et si faciles à Entraîner, Douglas fut étonné de trouver un conip^itcur digne de lui dans cet .homme un peu 'gàublîej sans habileté oratoire, qui n’avait gubre eû le’ten^pà de lire que i«i Bible, Shakspeare et quelques ouvrages de loi,: la rhétorique savante de l’tagitâtéur dérooçratc fut .déroulée par celte logique acérée, par ce robüslc bon sens, par çettç parole familière, tantôt séneiise', tantôt railleuse, toujours virile et honnête. Ori a irôp souvent répété que, dans la convention du 'parti 'républicain qui SC réunit à Chicago en' 1860, Lihcbth
ne fut choisi comme candidat à la présidence que parço, qu’il ^ne portait ombrage à personne,' et que son obscurité même, y fut considérée comrne sôh’ftlrê
principal. Il est, vrai que, pendant quelque temps , l’on s’attendit à voir M. Seward* choisi comme le can-
didat de son parti : la, nomination de M. Lincoln fut une flatterie pour l’Ouest, dont l’import^ce pôlifîquè avait tant grandi, et qui devait faire .pencher^là ^a^^ lance du côté où il ^ porterait; mais cettè flaiterie n’aurait pas eu de sens, si, parini les populations qc-
^grands tournois oratoires avec Douglas lait remarquer de toqs; on reconnaissait ,én"lûï*iôi (febater redoutable, un jurisconsulte habilê ; mais ses
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fîcux grands titres étaient son intégrité sans tache, et
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sa constante opposition aux empiétements de l’escla-
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11 faut l’avouer pourtant! M. 'Lincorn^en arrivant au, pouvoir, n avait pas aux yeux de rlTnion tout entière le prestige d’un Mad i son ^ d’un Jcllerson, d‘iin Adams; il le savait mieux que personne', et son p'r’enifer acte fut d’olfrir la sccrétaircriè d’État à son
rival, M. Seward, l’éminent homme d’Etat,’ dont il appréciait le vaste savoir, l'esprit souple,' ingénieux et fertile en ressources, la haute autorité acquise par une longue expérience parlementaire. On sait ce qui suivit : une fois TUnion déchirée et la ’mierre cdmniencée, il se trouva que M. Lincoln était mieux préparé qii aucun autre, par son tempérament, son caractèi e, par les ci rconstahce.s mômes de son élévation,' ;i représenter le peupleaméricain dans les grandes crises qii’il allait traverser. Là passion dominante, maîtres^* et pour ainsi dire unique, se trouva ôtre chez lui la passion nationale. Il ne faudrait peut-être point user du mot .passion pour exprimer une conviction résolue, calnic,* inflexible, une sorte de foi innée et congé-
nitalc dans les destinées du peuple américain. Je fai .dit en parlant dcrOue.st’,nullé partie .sentimeninatio-
ncM' ^ . .f
nal n’est entré aussi profondément dans les âmes que |>armi les populations qui vivent au delà des Alleghanies. L’habitant du Mass’acbiusells peutsé montrer
fier de rhistoirede son polit Etat, la plupart des provinces baignées par l’Allantiqueonf des traditions, des
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souvenirs; mais l’Indiana, TOhio, l’Illinois n’ont pas encore d’histoire. L’habitant de ces vastes régions, qui se sentent invinciblement appelées à de si hautes destinées, est avant tout un Américain ; il est, il veut être le citoyen d’un grand pays ; il veut en mesurer la puissance à l’immensité des provinces qu’il habite, et son patriotisme ne connaît littéralement pas de bornes. Pendant les longues années de paix et de prospérité de la première moitié de ce siècle, la passion nationale du peuple américain s’était presque ignorée elle-même ; elle avait, de distance en distance seulement, eu quelques éruptions, mais elle avait paru, aux yeux des observateurs superficiels, s’user dans les interminables luttes des intérêts hostiles. La guerre civile la fît éclater dans toute sa force. L’Europe avait pu croire que les États-Unis étaient devenus une simple agglomération de provinces, et quelques esprits en Amérique môme avaient fini par se tromper sur les caractères véritables de la confédération. Quand son drapeau fut insulté, le peuple américain se révéla à lui-même : il se jura de rester un peuple. 11 vit d’un côté le principe de l’Union, c’estè'dire la grande patrie, de l’autre celui de la souveraineté des États, c’est-à-dire la petite patrie. Il ne balança pas un moment, il choisit la grande patrie, et il se prépara pour elle à tous les sacrifices. Qui
mieux que l’ancien député de l’Illinois pouvait représenter les vœux et les instincts populaires et devenir l’image vivante de cc patriotisme sans alliage, fier du
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passé, mais plus fier encore des promesses de l’avenir?
La foi dans TUnion, tel a été le trait dominant de la politique de M. Lincoln, Tout s’explique sans difficulté dans sa conduite, quand on cherche sous la confusion des événements, des actes et des paroles, cette trame forte et serrée. Dn premier coup d’œil, il comprit le caractère de la guerre ; il connaissait bien ses ennemis et les savait redoutables : on ne trouve pas dans son langage un mot qui prouve qu’il se fit jamais illusion sur les difficultés de sa tâche. Il les pressentait déjà quand il prit congé de ses voisins et amis de Springfield en ces termes touchants, où il me semble qu’on le trouve déjà tout entier, tel qu’il dut plus tard se révéler à son pays : « Personne ne peut comprendre la trislesse que j’éprouve au moment de cet adieu. C’est à ce peuple que je dois tout ce que je suis. Ici j’ai vécu plus d’un quart de siècle; ici mes enfants sont nés, et l’un y est enterré. Je ne sais pas si je vous reverrai jamais. Un devoir m’est imposé, plus grand peut-être que celui qui a été imposé à aucun citoyen depuis les jours de Washington. Washington n’eût jamais réussi sans le secours de la divine Providence, en laquelle il eut toujours foi. Je sens que je ne puis réussir sans la même assistance, et c’est de Dieu que, moi aussi, j’attends mon appui. Encore une fois, je vous dis adieu. » Ce n’est point par fierté que d’avance il choisit .sa place historique à côlé de Washinglon : il n’y a dans son langage que