‹ les etatsunis pendant la guerreChapitre 30 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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eût passé pour un fanatique et un insensé. Peut-être une semblable déclaration eût-elle provoqué une

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LE PRÉSIDENT LINCOLN

guerre ciyile dans le Nord ; elle eût du rnoins soulevé de telles résistances que, dans la division des partis, tout eût fait naufrage, la constitution, les lois et le principe môme de l’Union. M. Lincoln n’avait qu’une mission : sauver ce principe. Et comment pouvait-il la remplir, s’il se séparait audacieusement de l’opinion publique? Il fallut donc attendre patiemment que le pays reçût, l’une après l’autre , ces rudes et sévères leçons que donne la guerre, que la conscience populaire, troublée jusque dans ses profondeurs, s’ouvrît aux in- .spirations héroïques, aux grandes et généreuses émotions. M. Lincoln fut comme un médecin qui sait qu’il a un remède, mais qui ne peut s’en servir avant qu’une crise suprême soit passée. Ceux-là ont été bien injustes envers lui et envers le Nord lui-môme qui les ont accusés de n’avoir saisi l’arme de l’émancipation qu’à la douzième heure, dans un accès, de désespoir et par haine de leurs ennemis, Cette haine n’était ressentie ni par le président ni par le peuple, et d’ailleurs, si grande que soit la cause de l’émancipation, — et ce n’est pas nous qui essayerons jamais de la diminuer, — on comprend que pour le peuple américain elle ne vînt qu’après la cause nationale ellemême : tant que le maintien de l’Union parut se lier en quelque manière à celui de l’institution du Sud et des garanties que la constitution lui avait réservées, on peut s’expliquer le trouble et les embarras des hommes d’État, placés entre l’amour de leur pays et leur haine de l’esclavage.

LK PRESIDENT LINCOLN

M. Lincoln n’écliappa pas entièrement ù ces incertitudes. Il avait toute sa vie sincèrement détesté l’esclavage, il en avait cent fois prophétisé les dangers. 11 n’avait jamais voulu croire avec M. Douglas que les lois sur l’esclavage fussent de même nature que les oyster laws (lois sur les huîtres) de la Virginie ou toute autre loi locale des États. Il disait publiquement le 17 juin 1858 à Springfield, dans l’Illinois; «Une maison divisée contre elle-même ne peut durer. Je crois que ce gouvernement ne peut se maintenir d’une façon durable, soutenu d’un côté sur l’esclavage, de l’autre sur sa liberté. Je ne crois pas que cette Union sera dissoute ni que la maison tombera ; mais elle cessera d’être divisée. » A Chicago, le 10 juillet 1858, il disait : «J’ai toujom's détesté l’esclavage, autant, je crois, que tout abobtionniste. Le peuple américain regarde l’esclavage comme un grand mal social. » Et dans l’un de ses débats publics avec Douglas, à Ottawa, en 1858, il répétait : «Je ne puis que haïr l’esclavage. Je le hais à cause de sa monstrueuse injustice. » Jamais il ne varia sur ce point. Pendant comme avant la présidence, il répétait fréquemment cette maxime : « Si l’esclavage n’est pas un mal, rien n’est un mal. » Voilà le langage du moraliste; mais le président des États-Unis était retenu par toute sorte d’entraves : il n’avança que pas ■ à pas dans la voie de la politique émancipatrice; il ne pouvait aller plus vite que le peuple, mais il pressait incessamment ses amis d’agir sur l’opinion publique.

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