‹ les etatsunis pendant la guerreChapitre 31 sur 38 · LE WIÉSIDENT UNCOLN · texte numérisé non relu

LE WIÉSIDENT UNCOLN

Lui'inèQ%e œ redoutait rien de la puMidté elifaisaiiiuh appel aux.millc wix des tribunes, des-, chaires, de l»ûb presse*, ,!i; j ..•••k ü. t - J / ^ • j-jtijnnoloa

La constitution [lui: interdisait fomid^leiiieni toutoui! imQkixtion dans le gouverneunent intérieur des ÉUh^ ad restés fidèles J sa; première .préoccupaticm fut d’ail^ jtîi leurs de ] retenir, dans le cercle i de rUnion les J5tats frontières, de, Maryland, le Kentucky,, le. ïennesseeyup le Missoui'i, loù l’esclavage oxûstait encore, au débnt'^ ii de J la guerre*. Il ne. pouvait, songer i à -leur imposepup l’abolition, mais.il les .pressa de modifier eux^m^ncsi'p leurs eonstitulioDs,;.et leur offrit généreusement j.{*> l’appui de rUnion tout entière pour faciliter ^la tran**^^^ sition entre l’ancien régime et le nouveau^ Il songea* ' ü quelque temps à peupler avec la race noire des^o**i*q nies lointaines, la/croyant impropre à. se .mêler * à* kri ü race, blanche; mais il abandonna eetté pensée quand' wp ou lui prouva que de projet ne pouvait être oxéeutéi^ ni Quand on lui parla-pourlk première li^s* de 'lancéé>iâ] une proclamation pour, émanciper les noirs >daps les -^ia états rebelles, il se placa’d’abord- èmn' point de laie* 1* tout piratiquc,.)((,Une prociajnation, dit-il,' n1émànbk.i>p pera. personne.' Autant vaudrait qu’nn taureau essayât, oi ses cornes contre la queue d’une comète. » ilLselaissaVni persuader pourtant et. comprit bientôt que, si ià prÀMi^vj clamation libératrice n’avait point d’effets. matériels^ *>b elle ^aurait, une, Immense portée morale dansilel)f<irf^u.i! dans le Sud çt dans le monde entierpque si'eliie nfa-s los vait pointuil’açtiüu j dans, le présent,, elle en./auiatkioii

I,E PRÉSIDENT MNCOLN.

dans ra\cnii*. Il en saisit si bien les ‘conséquences in* ‘ directes et lointaines qu’il l’annonça d’avance et' solennellement aux États du Sud^ et durant plus' de trois ‘mois les tint sous la menace; Le 1*^ janvier 1862/ la proclamation fut- lancée, et de^ce jour' on peut'" faire dater l’abolition de l’esclavage États-Unis.

Parfois néanmoins le président était repris par queN ques inquiétudes, troublé par quelques doutes sur les futurs effets de ce grand acte. Il pouvait craindre que la cour suprême ne rendit quelque jour un‘ arrêt qui fit de la proclamation une < lettre morte et la dé- claràt mconstitutionnelle. 11 profita' de la mort du ' chief-justiceTancy, qui< pendant près de trente ans ' avait été l’inslrument docile de l’oligarchie du- Sud, pour offrir la -plus haute fonction judiciaire du pays à un ennemi résolu de l’esclavage,’ M. Chase, bien qu’à ce . moment M. Chase, sorti du rainistèrey- eûtpris vis-à-vis de l’administration une attitude mécontentOÿ sinon hostile. Toutes les fois que les abolition- - ’ nistes exprimaient quelque icrainie au sujet de la pro- ' clamatioD, - il les, rassurait; il faisait comprendre, ' quand il le pouvait,’ au peuple américain, qu’en ce qui ’ le concernait au moins, cet acte avait un caractère irrévocable. Il lui disait dans son message du 8 décembre 1863 : «Je n’essayerai point de rétracter ou de modifier ma proclamation émancipatrice, et je ne rendrai jamais à l’esclavage une seule personne qui aura été déclarée libre îiux termes de cette proclamation ou d’aucun acte du congrès. » Un an après, en

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prévision de l’élection présidentielle, dont le terme allait arriver, il répétait la même déclaration et ajoutait : «Si le peuple, par quelque moyen ou procédé, faisait jamais au pouvoir exécutif une obligation, de rendre à l’esclavage ceux que ma proclamation' a affranchis, c’est un autre, non moi, qu’il devra choir sir pour l’instrument de sa volonté. » . ■ .

Il s’était fixé à la politique émancipatrice avec autant de ténacité qu’au principe même de rUnion'dès que la nation confondit ces deux causes en une seule. Fendant l’été de 1864 des commissaires du< Sud entrèrent en pourparlers ofticieux, sur la rive canadienne du Niagara, avec quelques hommes politiques du Nord. M. Lincoln ne voulait point traiter directement avec les agents de la rébellion et se contenta de donner à ceux qui allaient représenter le Nord dans cette conférence un billet ainsi conçu, où l’on retrouve quelque chose de la finesse du Imvyei' avec la sagacité de l’homme d’État : «A tous ceux que cela peut concerner. Toute proposition qui embrassera le rétablissement de la paix, l’intégrité de l’Union et l’abandon de l’esclavage, et qui sera présentée avec et par l’assentiment de ceux qui contrôlent les armées actuellement en guerre contre les États-Unis, sera reçue et examinée parle pouvoir exécutif des États-Unis, et l’on y répondra par des termes libéraux en ce qui touche tous les points collatéraux et secondaires, b A u printemps de 1865, le vice-président de la confédération, M. Stephens, ayant demandé à -conférer

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personnellement avec M. Lincoln, le président consentit à le voir dans la rade du fort Monroe ; là encore il insista aussi énergiquement sur l’abolition de l’esclavage que sur la reconnaissance immédiate de l’Union, et tout en témoignant des intentions les plus conciliatrices, il refusa de se laisser entraîner dans aucune compromission dangereuse pour les grands principes qu’il avait charge de défendre.

Pendant cette longue conférence, tenue sous les canons du fort Monroe, il ne perdit pas de vue un seul instant l’objet principal qu’il s’était proposé d’atteindre. En vain M. Stephens lui fitril entrevoir que les armées du Nord et du Sud se réconcilieraient bien vite sur de nouveaux champs de bataille où se mêleraient les drapeaux de tous les États, que dans l’ivresse de grandes victoires obtenues contre un ennemi du dehors les passions excitées par la guerre civile céderaient la place à des passions nouvelles, que, l’honneur militaire du Sud une fois sauf, les sacrifices politiques coûteraient moins à son orgueil, M. Lincoln resta inflexible; il ne voulut ni acheter le triomphe de l’Union au prix d’une guerre étrangère, ni sacrifier la race noire à l’ambition de son peuple.

M. Lincoln sentait toutefois que l’abolition de l’esclavage ne devait point conserver le caractère d’une mesure de salut public défensive et militaire en quelque sorte. Aussi, quand la convention de Baltimore, qui le porta pour la seconde fois à la présidence, lui

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dcn^anda de soumettre au Congrès d’abord, pois auM ïjtats, un projet d’amendement à la con.stitution^ s’empressa de le faire, pour effacer des lois -du paÿs» la dernière trace de la fatale institution qui avait failli le perdre. Je me -trouvais à Washington! :pen**> dant que.la proposition d'amendement fut discutéey^ et Je sais avec quel intérêt le président. suivit toutes les phases de ce mémorable débat. Son langage s’éta^> depuis quelque temps empreint d'une singuli^esb» lenuitè, toutes les fois qu’il.parlait de l’esclavage; C» aime à répéter les paroles^qu’il. adressait au. congrès dans son message du l''.^décembre 1862 Gonci^i toyens.^ nous ne pouvons, échappcr àd’histoire; Nous tous qui faisons partie de ce congrès et de cette ad^^ ministration, on se , souviendra de > nous en dépit àle nous-mêmes. Notre insignifiance ou nedire valeur por-i sQnuelle .ne.peut garantir aucun de nous. L’épreuve* à travers laquelle nous . passons laissera aidour de nos noms ,uue auréole d’honneur, ou d’infamie Jusqu'à^ lu plus lointaine. génération. Nous disons que-. aéua défendons l’Union : le monde ne l’oubliera pgs. Nousl nous disons capables , de la i sauver : le . monde miv a> pris acte^ En donnant la liberté > à l’esclave, nous asr>j surons la liberté, de ceux, qui. sont, libres. jQ'autrcs, moyens peuvent réussir, celui-là ne.peut faillir, ne /oh Ce ton, déjà si. noble, ne fait que s’élever et deviienti tout à fait religieux dans le discours qu’d ^onmaça' le k mars 1865, le jour de sa deuxième inauguratimi (c Si. Dieu a voulu que soit engloutie toute la richesse>

LE PB$S|DENT. ilHOOLN. 30ft

iUieüiBttléc parties esclaves peodaat deuxscent*€vn« quaiU4 tans^de travail sans Fému&éra4i(Mi, i«t 'que chaque goutte de sang tirée par le > fouet soit payée d’uae autre r goutte de sang versée par l’épée; iqu’U eu; soit. aii:b 5 i, car les jugements de Dieu sont justes et so^tsvrals!’ ^ Sans malice pour .personne, pleins do charité pour-tous;<pIeinsvde* confiance dans le droit, ^ Cft lantqueDiou nous! permet de voir* le droit,’ Ini*vaiUotts>h< finir notre .'ouvrage, à: ciOatrisér- les blesâiiDes jdet.la nalien ; n’oublions f pas 'ceux > qui' ont affrontedes batailles, et leurs veuves, et leurs orphelins;, fàisons' tout ce qui 'peut contrihuor à établie ot à /consolider .une poix durable parmi nous-mêmesotiavec toutes le.sautresmations.itW» ; h j*

•iAjwès de telles paroles, ■ comment 'pouirait-on en>^ coi«;aoc^er M.ili«coln'de u’étre entré qu’à regret claa8ja;voie.oii,‘dès'ledébtit,' le ]>oussaicnt les 'abolitionnistes? S’il n’y avança qu’avec lenteur ; c’est 'qu^il sàva;ituqu’Uineapouvait se 1 séparer de 'la natiom' La patience,! la modération, n’étaient pas seulement chejï Itti 'désqualités naturelles ; il les regaidait comme des devoirs de sa haute position. Tandis qu’autour de dui< tous pouvaient s’abandonner sans réserve! aux élair^ du paii-iûtismcjde l’indignation, de la colère, lui 'séPl devait. rester calme, il était >le' pi’éskient deltoüs les' ÉtatS'>rebelles ou fidèles. Quand l’ünioft. recevait'^de si cvuolles blessures,' il ne voulaiti{Mis‘lai-méfne da frapper; Jamais um mot blessant, ude pbrole 'amère ‘ ne sortait de sa 1 bouche.. » ïlMn’.'m'iva,- pendant 4non

LE PRÉSIDENT LINCOLN

séjour à Washington au commencement de 4865, de causer avec lui de M. Jefferson Davis. On jugera de la modération et de la modestie de son langage par ces paroles que je me rappelle textuellement; «Nos adversaires ont été plus heureux que nous, ils ont eu cette bonne forlunc que leur chef est un bomme]des plus habiles, très-capable de mener en môme temps les affaires civiles et celles de la guerre. Comme ministre de la guerre, M. Davis avait connu tous les officiers de l’armée régulière ; moi, je n’en avais vu que trois avant d’arriver à Washington comme président.» Longtemps son âme clémente recula devant les nécessités les plus impérieuses : on eut beaucoup de peine à obtenir de lui la permission de fusiller les déserteurs. 11 était toujours prêt à faire grâce. 11 n’avait pas besoin de pardonner les attaques et les injures contre sa personne, il les ignorait. Cette bonté n’était point de la faiblesse ; il n’y avait point de place pour ce dernier sentiment chez cet homme si robuste, si dur à lui-même, qui toute sa vio avait respiré l’air de la liberté et subi les frottements de la vie démocratique. .• ...;i

Avec cette âme si haute, et qui par moments<se réfugiait dans des pensées supérieures à la politique vulgaire, M. Lincoln n’avait pourtant rien d’un'doo trinaire. Il avait été élevé à la rude école de l’expérience; elle resta toujours son seul guidci II neise piquait point d’une inflexible logique, et sa volonté dédaignait l'appareil des vaines formules. Los livres

LE PRÉSIDENT LINCOLN

lui avaient appris moins que les hommes ; il ne se croyait point meilleur que l’humanité. Homme du peuple, il pensait qu’on ne sauve point un peuple en dépit de lui-même. Quand il arriva au pouvoir : « Telle quelle, dit-il, je ferai marcher la machine. » On l’a vu, sur la question de l’esclavage, variant de langage et suivant avec docilité la pression de la nécessité, n’insistant d’abord que pour empêcher l’extension de l’institution servile dans les nouveaux territoires, se prononçant plus tard pour l’émancipation graduelle d’abord, puis immédiate, arrivant enfin, après deux ans de guerre civile, aux résolutions suprêmes, délivrant d’un Irait de plume trois millions d’esclaves et n’hésitant pas en dernier lieu à demander à la nation de modifier sa charte fondamentale pour rétablir l’unilé et l’harmonie dans les mœurs et dans les lois. • :

La question de la réorganisation, ou, comme l’on dit aux États-Unis, de la reconstruction des États du Sud reconquis par les armes fédérales, préoccupa M. Lincoln depuis l’origine môme du conflit. Sur ce point encore, on ne peut dire qu’il eût un système bien' arrêté. Il répugna toujours h sa pensée d’en venir à ne plus considérer les États du Sud comme des Étals véritables, à les regarder comme de simples territoires déchus de leur ancienne dignité et faisant partie de ce domaine extérieur à la confédération proprement dite que les armes ou la diplomatie do l’Union peuvent toujours accroître. Il était disposé ù

308 LE president LINCOLN.

reconnaiti e dans un Etat pacifié tout simul^çre^.tput, fantôme de gouvernement, pourvu qu’il se décl^râjt, fidèle à rUnion. Il permit un, peu arbitrairqipçpt,! 1,1 faut bien^ qu’on l’avoue, à un dixième des bafeU^ml^ de l’État, à la simple condition de prétcrjlesèrmè.pl d’îillégeance, .de .reformer des, cadres politiques, de nommer des conventions, des législatures,, des

gouverneurs; d se montra toujours irnpaUent.dpji^çplacer un pouvoir civil, si fragile encore et, si mère qu’il pût être, à côté du pouvoir militaire, ppy^ enlever à l’occupation les caractères ou, d,q ip, 9 iq^ l’apparence de la conquête. Cette préoccupation l’entraîner à quelques fautes, mais il nous ^ qu’elle faisait honneur à son libéralisme.^ .Çontjiae i|i le disait au reste dans sa proclamation du P JtnUeji, 186?i, il ne voulait point inflexiblement se lieç î\,l|q plan de reconstitution définitif. 11 répétait, encore jp H avril dans le dernier discours qu’il pronojijça,^^|i public : « Nous sommes, dit-il, tous d’accprdjSnç pe point que les États séparés ne se trouvent pps, .da^i^ une situation normale vis-à-yis de l’ünjon, et^ip ,|)qt du gouvernement est de les placer dans une sitpî^^Qq régulière.-Je vois qu’il est possible et même fqpile;j(j^q le faire en n’examinant pas si ces États sont japa^ sortis de l’Union. Les trouvant dans rUnipn^^^nc

cherchons pas s’ils ont été dehors. Je voudrais q^^lp

corps électoral de la Louisiane se composât^ quànte mille, de trente mille, ou.raômp dç mille électeurs, plutôt que de douze mille. Il est aussi

LK PRÉSIDENT LINCOLN

.lOO

rcgrctlable que le droit électoral n’appartienne pas eiilcbrè aur hommes de couleur. Je voudrais qiie ce d'rfnt'fût au moins conféré aux hommes de couleur ïrtWlligents'et à^ ’ceux qîiî' ont servi comme soldats! CépehdaPt la question reste la même. La Louisiané ayant’ maintenant un gouverneniehr d’État, faut-il essayer de le modifier et de le fortifier, ou faut-il Ic'rejeteT entièrement? Il y a dans cet État douze mille '‘électeurs qui ont juré fidélité à TUnibn, *orgîihisé un' gouvernement, adopté 'une constitution hh'ré (c’^est-à-dire abolissant l’esciavage). Taul-il désorganiser cé' corps ‘et retirer ' la coupe de là liberté dés lèvres des 'noirs? Au 'contraire, si l’on

ericôuragé' ée nouveau corps électoral, il adhérera à' ‘é6h‘’œuvre, ' il fera des prosélytes, et l’honimc

de couleur finira par obtenir la franchise électorale. Admettons que le gouvernement de la Louisiariê ne soit qu’un œuf : ne vaut-il pas mieux le couver qüe' de le briser? cé qu’on peut dire de la, Louisiane, on p'éut le dire des autres États. Les principes sont Inflexibles; mais il n’est pas possible, dans une léiihsformîition aussi extraordinaire, de poser un'c î^gle Inflexible ; je devrai peut-être faire une hou- Vélle'* proposition «au Sud, quand le moment sera

Venu.»

M.’ Lincoln ne tenait pas plus obstinément ‘mix nommes qu aux mesures: des qu ns pouvaient servir son grand dessein national, tous lui étaient bons; dès qii’ils devenaient un obstacle, tous étaient rejetés. Il

LE l'RÊSlbENT LINCOLN.

ne sacrifia jamais le plus mince devoir à ses amitiés’ personnelles. Les démocrates avaient accès aussi facilement auprès de lui que les gens de son propre parti:’ 11 n’eut jamais de favori et se déroba toujours aux in^ fluences trop envahissantes. Seul responsable, et dans un temps où cette responsabilité était devenue un poids presque écrasant, il sut garder entière son indépendance. Il usa de sa prérogative avec une fermeté qui parfois put sembler de l’audace, sans jamais subordonner l’intérêt de l’Union à la vaine satisfaction de son orgueil. 11 rendit à l’Angleterre les commissaires confédérés pris à bord du Trent sans consulter le congrès, le sénat ni le cabinet, sans se laisser troubler par les murmures de l’amour-propre national ; il ôta au général Mac-Clellan le commandement de l’armée du Potomac presque au lendemain de la victoire d’Antietam, parce que les sentiments de ce général n’étaient plus en harmonie avec ceux du pays, et qu’il voulait épargner à la république les conflits entre la puissance militaire et le pouvoir civil. Il frappa sans hésiter le général Fremontà Saint-Louis,’ le général Hun ter dans la Caroline du nord, parce que leurs proclamations abolitionnistes dépassaient et devançaient l’action du gouvernement. Il destitua deux fois le général Butler, une fois à la Nouvelle-Orléans, puis à* l’armée du James river, quand cet auxiliaire énergique devint une gêne et cessa de se plier à la disci« pline. Il essaya successivement Mac-Clellan, BurnsidCj Hooker, Grant, jusqu’à ce qu’il eût trouvé dans ce

LE l'RÉSIDKNT LtNCOl-N. ôl l

dernier un général capable de mener les opérations de la guerre avec suite, énergie et succès. Le moins qu’il le pouvait, il intervenait dans le délai! de ces opérations, surtout dans les derniers temps. Il n’imposait aux généraux qu’une obligation absolue, celle de conserver à tout prix à l’Union sa capitale.

Le trait du caractère de M. Lincoln qui a été peutêtre le plus méconnu est sa ferme et inflexible volonté; c’est que, n’ayanl aucune des vanités de la puissance, il s’attachait plutôt à la voiler qu’à en montrer sans cesse l’appareil. Cette volonté d’ailleurs ne s’appliquait qu’à certains points capitaux : sur les détails, sur les questions d’ordre secondaire, elle laissait la place à une complaisance affable et indifférente. Elle était aussi, qu’on me passe le mot, plutôt défensive qu’agressive, elle évitait les conflits inutiles, les victoires stériles. On n’cùt jamais soupçonné un si grand fonds de ténacité chez un homme qui écoutait tout le monde, chez ce causeur bienveillant qui accueillait avec la môme cordialité les députations de toutes les parties de l’Union. Il était plus accessible qu’aucun de ses ministres, que M. Seward, enfermé dans la secrétai rie d’État et tout occupé à tenir les fils embrouillés de la diplomatie américaine, que M. Stanton, le ministre de la guerre, travailleur infatigable, visantà mériter ce nom de Carnot américain que M. Seward lui a un jour donné. Pour qui connaît Washington, il semblera merveilleux que M. Lincoln ait réussi à préserver l’indépendance et l’intégrité de sa volonté

LK PRÉSlllENT LINCOLN.

- personnelle, tout en restant aussi débonnaire, '^attssi , abordable^ 'Washington est en effet une ville , ment politique : ôtez la Maison>Blanche et leCapiwfe,

^ iln?yi reste>rien;,; les hôtels, les maisons -partietiliftt<es ^ n’y sont que des antichambres du congrès^ On y 'tondoie sans cesse sénateurs, députés, envoyés detôotés les parties de TUnion, gouverneurs desÉtats.‘'Aucù6e influence durable, sociale, religieose ou simplement .mondaine, ne s’y mêle à l’exercice des' droits ' et ' dés devoirs de la vie publique^ les députés de Nevadh élu de la, Californie n’ont à débattre avec ceux du'^Mas;sachusetts et du Maine 'que des questions ' généràlés.

On est (toujours sur le forum; dans un'tel 'miUed, l’esprit de parti s’aiguisant, sî’exaltant'sans ces^V' îl | est difTicile de conserver la mesure et la froidèiifr' qtii i

sont les défenses de la volonté individuelle; Perhdahl les quatre années de sa' présidence,' il ne s’fest’pddt- .être point passé un jour où M. Lincoln n’ait^Subî'la pres»on des ambitions^ des rancunes, des prétentions personnelles. (Il se défendait par sa discrétibnV'sè'dërobait ipar isaisouplesse, et au' milieu de l’al^tarton universelle conservait son calme avec’ sa modération résolue.'.' ' i ‘

Jamais il n’eutde véritable cabinet, bien qu’il réuntt quelquefois le conseitdes ministres. S’isolant dàtis’sâ respcmsabiiitéj, il. enferma ces derniens dans les affaires extérieures,' dans' les finances ou dans la^gwerfe, laissant ;à chacun, dans le cercle de ses attribhtiôns, une autorité à peu près Complète. S’il s’isolait' {tînsi

Lt ^RÊSlDENt LINCOLN.

. iifl peu trop suivant ses détracteurs; ce n’était' ni par .. ambition ni m par orgueil : la nécessité l’obligeait à ,.ftiire travailler en même temps pour le‘bién de l’État xdesiminislres quelquefois séparés par des‘ méfiances - dosiaatipathies i personnelles.' Sur presque toutes . Les matières,, il manquait de leurs lumières spéciales.

grande science était la connaissance des hommes, j II savait s’en servir,-; et trouver les meillcnrs ouvriers ,ppui’ les tâches qu’il se sentait loi-méme peu capable ^U’aççomplir. Aussi ignorant des affaires de l’Enrope, Uc ,,«es dynasties, de ses hommes di’État, de’ sa politique, pnehevétrée qu’il connaissait bien son propre pajrs^.il availj cu.de, bon sens d’abandonner entièreinicallc labour, diplomatique fà M. Sewardv plus cap^)le que pcrsoune.de faire respecter les droits et la iLignilé des États-Unis sans les jeter dans des complî- (îations extérieures. Sur un pointiseulcnient;'il‘S’était jiiis d’accord avec, lui : il voulait, par tous les moyens honorables, préserver son pays^e la. guerre avec les puissances européennes tandis qu’il était déchiré par la, guerre civile. Malgré bien des .provocations,’' il u’einploya jamais à l’égard de ces puissances que le langage le plus ainical et le plus réservé. En cela, il ' ue se rnontra pas seulement politique habile; ilobéissait, aussi à l’instinct secret de son cœur : homme dé l’Ouest, iln’éprouYait pas, à l’endroit de l’Europe, do si>5 appréciations, de ses critiques, les susceptibilités •si vives des habitanU des États de l’Atlantique* Il ’y avait au fond un peu d?indidérenee^ peut-être môme

314 LE PRÉSIDENT LINCOLN

une pointe de dédain, dans Tuniforme tranquillité de son langage.

Son grand amour, son grand respect étaient pour le peuple américain. Mandataire de la nation, il ne prétendait ni la guider ni lui résister, il voulait marcher avec elle. Il excellait à conduire les hommes politiques, qui naïvement croyaient parfois le conduire: il ne visa jamais ;\ mener le peuple. Il avait une foi entière, absolue dans la sagesse, le bon sens, le courage, le désintéressement de sa nation. Cette foi était restée aussi vierge à Washington que dans les déserts de rillinois; son esprit n’était pas emprisonné dans cette étrange capitale, demi-ville, demi-village, oh, comme les palais de marbre y tavoisinent les masures, les hautes vues des hommes d'État sont étoulTéès et obscurcies par la bassesse des solliciteurs, les convoitises éhontées, les mensonges et les intrigues des ambitions vulgaires. Ses yeux allaient au delà et se portaient sans cesse du Massachusetts au Missouri, de l’Illinois à la Pensylvanie. Il savait sc débarrasser des importuns par des bons mots, il répondait aux prétentieuses exhortations par des anecdotes piquantes ou des paraboles. Sa nature élastique et ferme ,

se roidissait contre les coups les plus imprévus de la |

fortune, et souvent il relevait le courage de ses amis j

par sa bonne humeur stoïque. Sous son langage i bizarre, parfois trivial, perçait un bon sens profond.

Ses mots allaient droit au peuple et se gravaient dans tous les esprits. Quel discours prononcé pendant la

LE PRÉSIDENT LINCOLN

campagne présidentielle de 1864 vaut ce simple trait de M. Lincoln : « Ce n’est pas au milieu d'un gué qu’on change de chevaux? »

La causticité de M. Lincoln n’était pas seulement l’enveloppe d’une grande sagesse : elle cachait aussi une âme un peu timide et douée d’une douceur presque féminine. Sa verve comique était, qu’on me passe le mot, une sorte de pudeur. La pureté de sa vie avait donné à ses sentiments une délicatesse touchante dans une nature aussi robuste, mais qui restait enveloppée dans une écorce rugueuse. « Venez voir, me dit un jour mon ami Charles Sumner, saint Louis sous le chêne de Vincennes. » Il m’apprit alors que le président, une fois la semaine, quelque pressantes que fussent ses occupations, ouvrait son cabinet â tous ceux qui désiraient lui adresser une demande ou une réclamation. Nous partîmes pour la Maison- Blanche et pénétrâmes dans le cabinet deM. Lincoln où nous prîmes place, sans être annoncés, avec une douzaine de personnes qui attendaient leur tour. Sur tous les murs étaient tendues d’immenses cartes géographiques représentant les diverses parties du théâtre de la guerre. Au-dessus de la cheminée pendait le portrait du président Jackson, figure sèche et dure, empreinte d’une extrême énergie; sur le marbre, il n’y avait qu’une belle photographie de John Bright, l’éloquent défenseur de l’Union américaine dans le parlement anglais. Par deux vastes fenêtres, j’apercevais les lignes blanches du Potomac, les collines si-

LE PRÉSIDENT LINCOLN

nueuses du Maryland et l’obélisque inlem»npu de WasbingloQ se dressant sur le ciel bleu. Entée les deux fenêtres était placé transversalement un. vaWe bureau, devant lequel . était assis le présidents 11 remarqua point l’entrée de M. Sumner, étant occupé à causer avec, un pétitionnaire qu’il renvoya presque aussitôt après notre arrivée. L’huissier, vêtu commis tout le monde, fit, avancer une femme : elle était fort émue et eut beaucoup de peine à expliquer que soq mari était un soldat de l’armée régulière, qu’il avait servi fort longtemps et demandait l’autorisatioaa de quitter son régiment pour venir en aide à sa famille;. Elle , s’embarrassait è chaque instant. « Laisse&-moi vous aider, » lui ditM. Lincoln avec bonté, et ilcnm>^ mença lui adresser des questions avec la méthode et la clarté d’un avocat.^Sur Ic.rectangle lumineux de la fenêtre, traversée par nn ftot de soleil, son profil se détachait en noir; sa main droite, queeouvont if passait dans ses cheveux, les avait hérissés en touffes désordonnées. Pendant qu’il parlait, tous les musdea de la face, mis en mouvemeait, imprimaient des oon^ tours anguleux et bizarres à sa tête un peu méphisto* phélique.: mais..sa voix ;avait<uno doimeur presque > paternelle. Âpres avoir ' interrogé la pauvre femme a Je ne puis, lui dit-il, vous accorder moi-même em' que vous demandez. J’ai' le droit de licencier toutes les armées do TUnion, ajouta-t-il avecmn rireétraiigoi^ mais je nepois donner son congé à un-soldat* Le co-r lonel du régiment de votre mari peut seul satisfaire'

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VDlDe Uésir. » La femm€ se lamentait sur sa pauvreté. r~ Jamais, disait-elle, elle n’amit autant souffert. «Madame, lui répondit M. Lincoln en changeant le ton de sa voix avec une lente» et pénétrante solennité,’ je participe à votre chagrin; mais songez que tous,' tant que nous, sommes, ><nous n’avons jamais' souffert ce que nous souffrons aujourd'hui, Nous avons tous notre eharge<à porter..» Il'se pencha ensuite vers' ellej et pendant quelque temps on n’entendit que le murnurfe de deu.\ voix. Je.vis M. Lincoln écrire quelques mots sui* un papier, il le donna' à la' solliciteuse et la con^ gédia.avec toutes les iformes de la plus scriq)uleuse politesse.» Le moment d’après s’avança * un jeûné liomme qui, offrant la main au président, cria' d’une voL\ 1 retentissante : «'Moi»je'iiie 'suis venu que pour serrer lu< main d’Abrahnin Lincoln. — Bien obligé,' répondit le président en offrant sa large main; c’est le jour des affaires. »> i . i' " I ' » ' ''

Ce respect pour le peuple se retrouve dans son hm-> gage quand il parle de l’armée. Lorsque fut -inauguré le. cimetière national de 'Cettysburg, M. Evcrett, en' faceide ce champ de bataille-où s’étaient jouées des destinées de l’Amérique, .fit un long discours,: où -il épuisa toutes les ressources de sa merveilleuse ék>: quence. Combien j’eusse pourtant préféré entendre ces simples, paroles que Mv Lincoln prononça en face de toutes ces tombes : « Nous sommes réunis' sur uni grand Champ de bataille de cette guerre ! Nous somr*t mes venus ici pour dédier une portion de ce champ'

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