TROISIÈME ACTE
ŒILLETS ROUGES
ŒILLETS ROUGES
En- une campagne recueillie , sous un ciel bleu implacable, lumineux, rien que la monotonie des champs de blés jaunis s'étendant à perte de vue,
traversés d'une route — couverte d'une poussière que le soleil rend d'un blanc intense, vibrant, — d'une route bordée d'herbes roussies ;
rien que le chant affaibli des cigales, aux troncs des arbres, et, dans l'azur, des alouettes éperdues, chercheuses d'idéal qui retombent sans cesse ; - rien que l'harmonieux tintement de cloches lointaines, dont on ne voit pas le clocher.
éà.
C'est l'été, le ^^ matin d'un di manche.
En carillonnant, des mules pomponnées, sur la grande route, traînent les *^' antiques
à conduire les « mts »
à la Scala et à les ramener dans leurs familles.
Le corps de ballet vient au corn-
ŒILLETS ROUGES
plet. Elles sont toutes là, les brunes filles que le soleil a aimées et bronzées; elles ont passé des branchettes de mimosas aux fleurs rondes et blanches, ainsi que les confetti de leur carnaval.
Toutes ont leur amant parmi les Tziganes aujc habits chamarrés qui marchent le long du cortège.
Plus loin, suivent des corbillards de première classe, sur lesquels des strapontins et des fauteuils d'orchestre où somnolent des abonnés : messieurs les députés, les sénateurs, les ministres, des monsignori,
tous gagas.
Un douanier, en tunique vert bouteille, demande aux Tsiganes s'il faut
laisser passer la frontière aux vieux, et sans attendre réponse, leur barre le chemin.
Ce sont alors des lamentations cacochymes, des addios sans fin, des mains menaçantes, suppliantes,
aux doigts chargés de bagues.
On ne se retourna même pas dans les carrosses; elles voulaient danser, en passionnées, pour ceux qu'elles aimaient.
Ballet splendide, exubérant, lascif!
Ah! les belles jambes qui font voir, entre les roses, le noir du tutu, quand toutes ensemble elles sont lancées en cadence, au rythme de la musique de ' leurs amants,
cette enivrante musique madgyare, nerveuse et simple, qui peint si bien
ŒILLETS ROUGES
l'amour, la colère, l'espoir; ce sont des coups de sabre, des rêveries entrecoupées de sanglots, c'est du vent dans les branches, ce sont des czardas.
Puis, en des pirouettes devant les poètes,
les danseuses, — les Illusions! — défilent, leurs yeux et leurs dents luisants, leur bouche vermeille et petite, comme une framboise écrasée, offrant avec des grâces, ainsi que des quêteuses leur pochette,
l'entre-deux des seins, ^ -
où, après un baiser de chaque côté à la pointe, les amants de
laisser passer la frontière aux vieux, et sans attendre réponse, leur barre le chemin.
Ce sont alors des lamentations cacochymes, des addios sans fin, des mains menaçantes, suppliantes,
aux doigts chargés de bagues.
On ne se retourna même pas dans les carrosses; elles voulaient danser, en passionnées, pour ceux qu'elles aimaient.
Ballet splendide, exubérant, lascif!
Ah! les belles jambes qui font voir, entre les roses, le noir du tutu, quand toutes ensemble elles sont lancées en cadence, au rythme de la musique de leurs amants,
cette enivrante musique madgyare, nerveuse et simple, qui peint si bien
ŒILLETS ROUGES
l'amour, la colère, l'espoir; ce sont des coups de sabre, des rêveries entrecoupées de sanglots, c'est du vent dans les branches, ce sont des czardas.
Puis, en des pirouettes devant les poètes,
les danseuses, — les Illusions! — défilent, leurs yeux et leurs dents luisants, leur bouche vermeille et petite, comme une framboise écrasée, offrant avec des grâces, ainsi que des quêteuses leur pochette,
l'entre-deux des seins,
où, après un baiser de chaque côté à la pointe, les amants de
cœur placent pour chacune un œillet rouge.
Semblables à des yeux,
dans les blés,
les bleuets regardent.
Mais, avec des cris, en courant, le • douanier revient : hélas ! les fauteuils d'orchestre coupent les vivres.
Il faut bien s'en retourner.
Alors, un tohubohu de mules rétives, de tziganes énamourés,
et il ne reste sur la route qu'un peu de poussière soulevée.