‹ Les etoiles; derniere feerieChapitre 14 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il n'est pas une science dont l'étude soit plus séduisante que celle de l'astronomie; pas une qui élève autant l'âme et qui donne à la fois une aussi majestueuse idée de la puissance du Créateur, et de la haute intelligence de l'homme dont l'œil et la pensée vont chercher des vérités éternelles dans d'autres mondes placés à des distances incommensurables de celui où il vit.

« Lorsque la science est arrivée à prouver, dit M. Arago, que la terre n'était au soleil que comme un est à trois cent cinquante-cinq mille, et que le soleil néanmoins n'était qu'une petite étoile, l'esprit humain s'est trouvé comme anéanti dans ces immensités, et il s'est senti humilié. Mais lorsqu'on considère combien étaient imparfaits les moyens naturels dont il pouvait disposer; comment et jusqu'à quel point il est arrivé à perfectionner l'organe de la vision; lorsqu'on pense à tout ce qu'il lui a fallu de génie et de persévérance pour parvenir à mesurer le temps jusqu'à l'expression d'un dixième de seconde, tandis que les incessantes variations de l'atmosphère et les plus faibles changements de température étaient pour lui des causes d'inévitables erreurs, devant tant de difficultés vaincues et devant les résultats auxquels son intelligence l'a amené, on ne peut disconvenir que si l'homme est petit dans le monde matériel, il est bien grand dans le monde intellectuel. »

Quoi de plus grand, de plus noble, de plus admirable en effet que les découvertes astronomiques depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours? Quoi de plus poétique et de plus exact à la fois? Là, et là seulement, se trouve l'alliance de la raison et de l'enthousiasme, choses si différentes et presque toujours incompatibles, d'où l'on peut conclure que l'astronomie peut être à la fois l'élément des esprits les plus solides et des âmes les plus tendres.

Mais il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, procéder autrement que les savants à brevet, excellentes gens presque toujours, et qui pourtant ont le malheur de ne pouvoir toucher à la chose la plus divine sans y laisser quelque stigmate , quelque empreinte fatale. Ainsi persuadés qu'à eux seuls il appartenait d'écrire l'histoire des étoiles, ces fleurs du ciel qui racontent à la terre la grandeur et la gloire de Dieu, ils ont commencé par s'armer d'algèbre; ils se sont cuirassés de géométrie, de trigonomélrie, de statique, de mécanique, et, dans cet équipage, ils ont entassé des montagnes de théorèmes, de problèmes, etc. Puis, après avoir sué sang et eau pour se rendre inintelligibles, ils ont été fort surpris qu'on ne les comprit point... Pourquoi donc ne pas dire tout simplement deux et deux font quatre, ou trois et deux font cinq? tout le monde eût compris; mais non, il faut absolument écrire 3 -f- 2 =5, ce qui veut dire trois et Jeux égalent cinq. « Oh!, nous dit-on, le langage des savants n'est pas celui des gens du monde. » C'est là, nous en conviendrons, une vérité surabondamment démontrée.

Quelques-uns de ces revêches apôtres de la science ont pourtant tenté de s'humaniser dans ces derniers temps; ils ont fait des vers ! . . . non pas des vers de poëte comme Méry, notre spirituel collaborateur, en eût pu faire, mais des vers de savants!... C'est-à-dire qu'ils ont cousu des rimes à des

lignes de douze syllabes, et qu'ils sont ainsi parvenus à ajouter le ridicule à l'ennui.

Quant à nous, pénétré, ainsi que nous l'avons dit, de cette vérité, que l'étude de l'astronomie convient à la lois aux âmes tendres et aux esprits supérieurs, nous tentons d'ouvrir pour vous, Mesdames, les portes du sanctuaire : si le guide n'est pas éloquent, son langage sera simple et clair; son pas sera sûr, mesuré, et peut-être ne le suivrezvous pas sans quelque plaisir dans les vastes régions où il va s'engager.

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