‹ Les etoiles; derniere feerieChapitre 16 sur 44 · LA TERRE · texte numérisé non relu

LA TERRE

La terre étant nécessairement le seul point d'où nous puissions observer les astres, il importe de la bien connaître, d'en savoir les mouvements, leurs causes et leurs résultats.

Vous êtes bien loin d'imaginer, mesdames, lorsque vos pieds mignons foulent un gazon fleuri ou s'appuient sur un sable doux et flexible, que vous marchez sur une frêle écorce, enveloppant un noyau liquide d'une dimension telle qu'elle épouvante la pensée, et qu'il ne faudrait qu'une légère commotion , un accident fort ordinaire pour que, cette écorce se endant sous vos pas, vous fussiez précipitées dans des abîmes sans fond? C'est cependant là une vérité maintenant démontrée jusqu'à l'évidence: la terre n'était, au commencement, qu'un noyau de matières incandescentes, de même

que toutes les autres planètes dont nous parlerons plus loin.

Ce globe, en roulant dans l'espace, s'est refroidi, et s'est en conséquence recouvert d'une croûte soHde; mais non tellement solide pourtant qu'elle ne s'entr'ouvre encore assez fréquemment pour engloutir habitations et habitants, comme il est arrivé à Lisbonne en 1755, où en quelques minutes périt le produit de dix siècles de travaux. Temples, palais et chaumières, trônes et tombeaux , tout fut confondu dans une ruine commune; tout fut poussière, chaos et dévastation. Qu'on se figure, si cela est possible, les liens domestiques, les lois, les rapports de tout ordre, les ails, tout enfin tombant à la fois dans ce commun abîme où la nature elle-même s'engloutit ! La langue humaine est impuissant à peindre de tels tableaux; et pourtant il n'y a pas encore cent ans que le tremblement de terre de Lisbonne est venu effrayer le monde, et mille fois, depuis, cette catastrophe s'est renouvelée sur différents points du globe.

Ne suffit-il pas d'ailleurs d'assister, de Naples, à une éruption du Vésuve, pour se convaincre que le centre de notre globe n'est autre chose qu'une vaste mer incandescente? Donc, ainsi que nous le disions tout à l'heure, notre globe, en roulant dans l'espace, s'est refroidi ; mais à sa superficie seulement, superficie bien mince, puisque la terre ayant un peu plus de trois mille deux cents lieues de diamètre, la croûte solide qui la recouvre n'a pas plus de vingt-cinq à trente lieues d'épaisseur, ce qui est démontré jusqu'à l'évi-

dence par la chaleur croissante que l'on ressent en s'enfonçant clans la terre. Ainsi, à vingt-sept mètres au-dessous du sol, la température est constamment la même, puis elle s'élève à mesure que l'on pénètre plus avant. A une profondeur de cinq cents mètres , comme celle du puits artésien de Grenelle , à Paris , on obtient de l'eau chaude à vingt-cinq degrés; à une demi-lieue de profondeur, on l'obtiendrait bouillante.

Cela suffirait pour prouver que la terre est ronde et qu'elle roule dans l'espace; mais cette vérité est incessamment combattue par l'illusion des sens, et, trompés par cette illusion, les hommes regardèrent pendant longtemps la terre comme une plaine sans limites. On finit pourtant par remarquer que, lorsqu'un vaisseau s'éloignait du rivage, ses parties inférieures étaient celles qui disparaissaient les premières, et que, d'un vaisseau qui arrivait de la pleine mer, le haut des mâts était ce qu'on en apercevait d'abord. En outre, on remarqua qu'en plaine deux hommes, partis de points trèséloignés, ne pouvaient se voir d'abord, et que, en continuant à marcher l'un vers l'autre, ils commençaient à se voir par la tête. On inclina dès lors à croire que la terre pourrait bien être ronde, vérité qui ne tarda pas à être surabondamment démontrée par de hardis navigateurs, qui, après avoir fait le tour de la terre, revinrent à leur point de départ par le côté opposé.

Pourtant la terre n'est pas précisément ronde; elle est aplatie vers les pôles et renflée vers l'équateur ou milieu ; cet aplatissement, qui n'est que d'environ cinq lieues, sert encore à démontrer la vitesse de rotation de la terre : formez en sphère deux bandes de carton très-flexible, faites passer au travers un axe muni à l'une de ses extrémités d'une manivelle : si vous tournez la manivelle doucement, la sphère de carton ne change point de forme; mais si vous lui imprimez un mouvement rapide, les cercles s'allongeront sur les côtés.

Au reste, quand on dit que la terre est ronde, on ne fait pas acception des cavités qui nous paraissent immenses, non plus que des montagnes dont l'élévation semble prodigieuse, et qui pour l'ensemble ne présentent guère que les rugosités de la superficie d'une orange.

On devait conclure de l'aplatissement de la terre vers les pôles , que ces pôles étant plus près du centre du globe , la pesanteur des corps ou l'attraction , ce qui est une seule et même chose, devait y être plus grande, et c'est précisément ce qui arrive; ainsi une horloge à pendule, réglée en Norwége, retardera à Cayenne, parce que l'attraction étant plus forte en Norwége, les oscillations du pendule seront plus fréquentes qu'à Cayenne. C'est encore là une conséquence du principe que la pomme se détachant de l'arbre avait fait découvrir à Newton.

Il est donc bien clairement démontré, bien irrécusable, que la terre est un globe roulant dans l'espace, et de toutes parts environné par le ciel ; que ce globe a en même temps deux mouvements bien distincts, l'un de rotation, l'autre de translation, double mouvement qui peut se comparer à celui d'une bille qui tourne sur elle-même en même temps qu'elle avance sur une ligne.

Du premier de ces mouvements résultent les jours et les nuits, et du second les différentes saisons. C'est encore à ces mouvements que sont dues la force centripète , par laquelle un corps en mouvement autour d'un autre tend à s'unir à lui; et la force centrifuge, par laquelle tous les corps qui se meuvent autour d'un corps central tendent à s'échapper par une ligne droite qui vient rencontrer une circonférence de cercle sans y toucher, ligne que l'on nomme tangente.

Ces vérités ont trouvé dans tous les temps de nombreux contradicteurs, et quelques-unes de leurs nombreuses objections ont pu paraître très-rationnelles au premier aspect; ainsi quelques-uns ont dit : si la terre tournait, un homme étant sur le haut d'une tour et en détachant une pierre, celte pierre devrait tomber en arrière de la tour, puisque la terre aurait déjà fait un chemin considérable pendant la chute de la pierre; or la pierre, dans ces conditions , tombe au pied de la tour. Cela est vrai; on en a cherché la cause, et l'on a

trouvé que, d'après des lois immuables, un corps projeté partage le mouvement de celui qui le projette; ainsi alors qu'un navire, poussé par un bon vent, fait six ou sept lieues à l'heure, qu'un matelot placé sur le haut du grand mât laisse tomber un corps dur, une pierre, une pièce de métal, ce corps tombera au pied du mât, et cependant il est impossible de nier que le vaisseau marche. Ne voit-on pas d'ailleurs les écuyers du Cirque à Paris , debout sur des chevaux lancés à fond de train, jeter en l'air des oranges ou des pommes et les recevoir sur les dents d'une fourchette? Donc l'orange ou la pomme a acquis la vitesse de locomotion du corps d'où elle a été projetée.

Le mouvement de rotation de la terre s'accomplissant en vingt-quatre heures , et sa circonférence à l'équateur, c'està-dire à la partie la plus renflée de la sphère , étant d'environ dix mille six cents lieues, il en résulte que le mouvement de rotation est d'environ six lieues par minute ou un dixième de lieue par seconde, ce qui est précisément la vitesse d'un boulet de canon. Quant à la vitesse de translation qui s'accomplit en un an , elle est de plus de quatre cents lieues par minute. Cela est prodigieux; on comprend difficilement une telle rapidité, et cependant il est d'autres planètes, comme nous le verrons plus loin, dont la rapidité est bien plus grande , et même double de celle de la terre.

Lorsqu'on connut bien le volume de la terre, son double mouvement autour du soleil, sa vitesse et ses autres propriétés, on voulut en connaître le poids; car c'est le propre de l'esprit, humain de marcher toujours du connu à l'inconnu, seule règle d'ailleurs par laquelle il soit possible d'arriver à la découverte de la vérité. On remarqua d'abord qu'il y avait dans la terre cinq substances qui , sous le même volume, pesaient plus que l'eau ; ainsi le platine pèse vingtdeux fois plus que l'eau; l'or, dix-neuf fois; le mercure, treize fois ; le plomb, onze fois; le fer, sept fois. Il est vrai que ce ne sont là que des substances extraites de la surface du globe, mais c'était un point de départ, d'où l'on tira la conséquence que la pesanteur moyenne de notre globe devait être d'environ cinq fois celle d'une masse d'eau égale à son volume, et l'on parvint enfin à démontrer clairement que le poids de la terre était trois cent cinquante mille fois moindre que celui du soleil; c'est-à-dire que, si l'on mettait le soleil dans un des plateaux d'une balance, il faudrait, pour obtenir un poids égal, mettre dans l'autre plateau trois cent cinquante mille terres, ni plus ni moins.

Tels sont, mesdames, les résultats positifs obtenus par les savants; quant aux moyens qu'ils emploient pour y arriver, nous nous contenterons de dire qu'ils sont infaillibles. C'est bien assez déjà, c'est trop même, que nous vous ayons induites en géométrie et trigonométrie, choses très-respectables,

sans doute, mais dont les vilains noms seraient capables de faire grimacer les lèvres les plus gracieuses.

Enfin il est bien démontré que la terre n'est autre chose qu'une planète , et que c'est de cette planète , de ce corps sans cesse en mouvement , que nous pouvons faire nos observations astronomiques. Ce n'est pas là pourtant tout ce que nous avons à dire de la terre : il nous reste à parler de son atmosphère , des marées , des vents , des températures , des météores, etc., toutes choses qui trouveront leur place plus loin, alors que nous nous serons suffisamment occupé du système planétaire pour rendre facile l'explication d'une foule de phénomènes qui, en suivant une autre marche, seraient autant d'obstacles contre lesquels nous viendrions nous heurter à chaque pas. Mais, avant tout, nous parlerons de notre satellite, la lune, qui est le corps céleste le plus voisin de nous , et du soleil, le centre de notre système planétaire, et qui doit nécessairement occuper ici une place proportionnée à son immense importance dans l'univers.

Au reste, nous ne serons jamais exclusif ni spécialiste , et nous prétendons conserver la faculté de revenir sur un môme sujet autant de fois que nous croirons ce retour nécessaire à l'instruction ou au plaisir de nos charmantes lectrices.

Page 1