‹ Les etoiles; derniere feerieChapitre 18 sur 44 · LE SOLEIL · texte numérisé non relu

LE SOLEIL

Ici, mesdames, nous nous engagerons dans des voies moins connues, nous aborderons des hypothèses pUis contestables, et le doute sera fréquemment notre compagnon de voyage. Il ne s'agit plus d'une pauvre lune esclave tenue sous le joug de notre terre, mais d'un maître d'autant plus redoutable qu'en même temps que sa puissance éclate de toutes parts, sa nature demeure inconnue.

Ce n'est pas que nous ne sachions beaucoup de choses sur le soleil; ainsi, nous savons que cet astre est le centre de notre monde; qu'autour de lui roulent toutes les planètes de notre système, leurs satellites et un nombre inconnu de comètes qu'il retient dans leurs immenses orbites par la force d'attraction de sa masse prodigieuse. Il est encore certain que le soleil est un corps sphérique un million quatre cent

raille fois plus gros que notre terre, dont il est éloigné de trente-quatre raillions cinq cent raille lieues.

Les astronomes ont même démontré de la manière la plus évidente que la densité de ce globe immense n'est qu'un peu'plus du quart de celle de notre terre, c'est-à-dire un peu plus forte que celle de l'eau. Enfin nous savons, depuis un siècle environ, que le soleil, que jusque-là on avait cru immobile, a un mouvement de rotation sur lui-même qui s'accomplit en vingt-cinq jours et demi environ, et comme un corps qui tourne sur son axe avance nécessairement, il paraît certain que ce globe immense a aussi un mouvement de translation. Nous disons il parait, car au mouvement de rotation s'arrête la certitude et commencent les conjectures. Si le soleil est emporté dans l'espace avec tous les corps célestes dont il est le centre, c'est donc qu'il obéit lui-même à une puissance plus grande que la sienne et qui régirait tous les systèmes de l'univers? A cette question la science s'incline, et l'intelligence humaine effrayée s'arrête sur ces limites, qu'elle ne pourrait sans danger tenter de franchir.

Une question qu'il est plus facile d'aborder, quoiqu'on ne puisse guère en espérer une solution satisfaisante, est celle de savoir quelle est la nature de cet astre. Herschel dit que c'est un corps solide, opaque, très-probablement habité, et environné d'une immense atmosphère remplie de nuages lumineux. Ces nuages, pense le célèbre astronome,

flottant sur le disque du soleil, s'entr'ouvrent souvent et laissent voir le corps opaque. Nous serions alors, par rapport au soleil, à peu près comme un observateur qui, placé sur une de nos plus hautes montagnes, verrait par les solutions de continuité qu'offrent les nuages flottant au-dessous de lui, le fond des vallées. Il pense en outre qu'il doit y avoir à la surface du soleil des montagnes très-hautes, dont les sommets dépassent fréquemment les nuages lumineux. Ce sont, toujours selon Herschel, ces sommets et les interstices de la matière lumineuse qui nous apparaissent comme des taches.

Ce qui confirmerait jusqu'à un certain point cette opinion, c'est que ce sont ces taches qui ont fait découvrir le mouvement de rotation du soleil, et qui ont permis de calculer le temps que met cet astre à accomplir sa révolution. Les taches du soleil furent remarquées pour la première fois le 20 mars 1611 par un astronome allemand, le père Scheiner, professeur de mathématiques à Ingolstadt.

Presque en même temps Galilée faisait la même découverte.» Ces taches sont tantôt très-nombreuses , tantôt trèsrares; leur étendue et leur forme sont irrégulières. Quelquefois elles apparaissent et disparaissent subitement; mais leur marche sur le disque du soleil est régulière. On remarqua plus tard que celles dont la durée est assez longue pour qu'il soit possible de les observer complètement, mettent quatorze

jours à traverser le disque de l'astre, puis, au bout de qua- • 9

lorze autres jours reparaissent sur le bord opposé, ce qui démontre que le soleil a un mouvement de rotation, et que ce mouvement s'accomplit en vingt-cinq jours et demi , environ.

Cela semble, au premier aspect, très-rationnel, et vous voici, mesdames, parfaitement disposées à accepter celte hypothèse comme une vérité, persuadées que vous êtes que les savants en général se sont rangés à cette opinion , sanctionnée par de nombreuses observations.

Hélas! il n'en est rien : ici comme ailleurs, l'homme est de glace aux vérités., il est de feu pour le mensonge, et, sous ce rapport , les savants sont un peu plus hommes que les ignorants; pour un savant, toute vérité découverte et proclamée par un autre que lui n'est qu'un paradoxe qu'il faut renverser à tout prix.

Les astronomes les plus célèbres ne sont donc pas d'accord sur la nature du soleil, non plus que sur celle des taches qu'on aperçoit à sa surface.

Quelques-uns prétendent que cet astre est une masse embrasée couverte d'immenses volcans, et que les taches qu'on y remarque ne sont autre chose que la fumée et les scories lancées par ces volcans. D'autres, sans admettre ni rejeter les volcans, affirment que le soleil est un immense

globe en combustion; et, comme un corps qui brûle perd nécessairement de son volume, ils conviennent que cet astre s'amoindrit chaque jour; mais ils ajoutent que cette diminution est insensible pour nous, et M. Arago lui-même a constaté par les calculs les plus rigoureusement exacts, qu'en trois mille ans la combustion n'aurait anéanti que cent soixante lieues de surface en profondeur, ce qui correspond à une seconde du diamètre de cet immense globe. Or, ce diamètre se raccourcissant de deux pieds en vingtquatre heures, il faudrait, de notre terre, une observation constante d'au moins douze mille ans pour que cette diminution pût être constatée.

Les partisans de cette opinion avaient , on le voit , trèsbeau jeu, puisqu'on ne pouvait les convaincre d'erreur qu'après douze mille années d'observation. Eh bien! cela n'a pas paru suffisant à quelques-uns d'entre eux, qui, grâce aux progrès de la physique, soutiennent et démontrent que le soleil peut demeurer éternellement en état d'ignition sans rien perdre de son volume, de même que du charbon de terre placé dans le courant d'une pile de Volta est- et demeure lumineux tant que la pile conserve sa puissance électrique, sans perdre la moindre parcelle de sa substance ni de sa forme.

Cette propriété des courants électriques est en effet incontestable, mais on n'en saurait dire autant des conséquences

bizarres qu'en ont Urées une foule de gens, savants et profanes, qui, sur ce point, ont renchéri les uns sur les autres. C'est ainsi qu'un capitaliste célèbre reçut un jour la visite d'un industriel qui, sans autre précaution oratoire, lui déclara nettement que, par une ingénieuse application du principe de l'ignition sans combustion, il était parvenu à mettre la lumière en bouteille; c'est-à-dire à enfermer dans un globe de cristal une lumière infiniment supérieure à celle du gaz, qui devait rester telle jusqu'à la fin des siècles, pourvu qu'on n'en brisât pas l'enveloppe.

Le plus drôle de l'affaire, c'est que le capitaliste, qui est à la fois journaliste et professeur de belles-lettres, prit cette proposition au sérieux : il ouvrit sa caisse à l'industriel qui, après quelques essais vraiment curieux, disparut en même temps que s'éteignaient les lumières éternelles de sa création.

Mais quelle que soit la nature du soleil, par quel moyen cet astre répand-il sur la terre et sur les autres planètes de notre système la lumière et la chaleur? C'est là une question plus difficile encore à résoudre que la précédente.

Les deux hypothèses principales sont celle de V émanation et celle des ondulations.

D'après la première, le soleil, à raison d'une force immense d'expansion qui lui est propre, répand la lumière

et la chaleur dans l'espace jusqu'à des distances incalculables.

Le système des ondulations est un peu moins simple : il admet d'abord que l'espace infini clans lequel roulent les mondes est rempli d'une substance éminemment élastique, formant des couches superposées; la lumière produisant sur la couche la plus voisine du soleil un mouvement d'ondulation ou de vibration, ce mouvement se communique à la couche suivante, et arrive ainsi de couche en couche jusqu'à nous.

A cela les dissidents répondent en demandant pourquoi, dans la zone torride, les hautes montagnes sont couvertes de glaces éternelles, tandis que dans la plaine se fait sentir une chaleur ardente et insupportable; pourquoi un aéronaute éprouve un froid plus intense à mesure que l'aérostat qui le porte s'élève davantage. Cela ne peut s'expliquer d'une manière satisfaisante qu'en admettant que notre atmosphère, frappée par les rayons du soleil, produit l'effet d'un verre lenticulaire ; mais ce n'est encore là qu'une hypothèse, et le chemin' que nous parcourons en est trop abondamment pourvu, pour que noué songions à en augmenter le nombre.

Rendons hommage à la vérité partout où nous la trouvons éclatante et pure; doutons et abstenons-nous dès qu'elle se voile.

Un phénomène plus facile à expliquer, c'est la diminution de la chaleur que nous recevons du soleil à mesure qu'il s'approche de nous.

Au milieu de l'hiver, par exemple, le soleil est plus près de nous d'un million de lieues qu'aux jours les plus chauds de l'année; il semble donc qu'il devrait nous donner plus de chaleur au mois de janvier qu'au mois de juillet ; mais pendant l'hiver les rayons du soleil ne nous arrivent qu'obliquement, et cet astre s'élève trop peu sur notre horizon pour pouvoir réchauffer l'atmosphère refroidie par les longues nuits.

Ainsi les astronomes sont parvenus à mesurer la distance prodigieuse qui nous sépare du soleil ; ils ont pesé cette masse énorme ; ils ont trouvé l'étendue de son diamètre , observé ses mouvements, fixé sa densité : tout cela est le résultat de calculs dont l'exactitude est réputée incontestable, ce qui n'empêche pas que ces vérités aient éXé et soient encore très-vivement contestées même par des hommes de haute intelligence.

A la tête de ces antagonistes, marche aujourd'hui M. l'abbé Matalône, qui a publié un livre des plus curieux, Y Anti- Copernic , dans lequel il démontre géométriquement et tri— gonométriquement que le soleil n'a pas tout à fait trois pieds de diamètre; que la plus grande distance de cet astre à la

terre n'est que de 7812 lieues; que la planète de Vénus est moins grosse qu'une orange; que la terre est plus grande que tous les corps célestes réunis, lesquels n'ont été créés que pour nos besoins et nos plaisirs, etc., etc.

« On nous demandera peut-être, dit à ce sujet l'abbé » Matalène, comment il est possible qu'un soleil si petit que » nous le disons puisse chauffer la terre comme il le fait en «été dans nos contrées, et pendant toute l'année sous la » zone torride ? Quand ceux qui seraient tentés de nous faire » une telle question nous auront dit quelle est la nature de la » chaleur, en quelle quantité elle existe, comment elle se «communique et se propage; quand ils nous auront dit » quelle est la nature de la matière dont le soleil est formé, » comment il lance ses rayons dans tous les sens , comment » il met la lumière et la chaleur en mouvement; quand ils «auront répondu catégoriquement à ces questions, nous » leur dirons comment un si petit corps peut répandre tant » de chaleur et la proportionner aux degrés de sa distance.

» Nous avons trop bonne opinion de l'intelligence et du » jugement de nos lecteurs pour leur attribuer l'idée de com- » parer le mode dont le soleil agit pour émettre au loin la » chaleur avec celui dont nos foyers factices émettent la » leur, et de mettre en comparaison ni la qualité, ni la quan- » tité , ni le volume de combustible que nous sommes forcés » d'employer pour augmenter ou diminuer la chaleur dans

» nos appartements, dans nos usines, dans nos fonderies; » car le plus grand de nos feux est de la glace en présence » du plus faible rayon du soleil. Ainsi, une lentille mise en » face d'un de ses rayons, enflammera sur-le-champ le com- » bustible que nous lui présenterons : mettons cette même » lentille en face du plus grand, du plus ardent de nos foyers, » approchons-la tant que nous pourrons, présentons-lui en- » suite le même combustible, elle ne l'enflammera pas plus »que si nous la mettions en face de la lune. Il n'y a donc » pas de comparaison possible à faire. »

Voilà un argument vigoureusement rétorqué ; il faut que les coperniciens se le tiennent pour dit.

Leur terrible adversaire d'ailleurs ne s'en tient pas là; il s'engage à compter une prime de cinquante francs à quicon- v que prouvera que ses calculs ne sont pas de la plus rigoureuse exactitude. Le gant n'ayant pas été relevé, l'abbé peut se considérer comme vainqueur. Toutefois, mesdames, nous vous engageons à demeurer, comme nous, fidèles au vaincu , et à continuer de marcher avec sécurité sous les drapeaux de Copernic.

Nous sommes pourtant de l'avis de M. Matalène sur ce point , à savoir qu'on ne connaît du mouvement des astres que des règles dont on a calculé les conséquences de la manière la plus juste, mais dont on n'a pu expliquer ni dé-

6nir les principes, et qu'on ignore complètement la nature de la matière dont ces astres sont composés. Oui, nous ignorons cela; mais nous savoi s parfaitement que, depuis la création, une foule de nations ont adoré le soleil, et lui ont élevé des autels et des monuments admirables : or, n'estil pas permis de pensr qu'une divinité d'un peu moins de trois pieds de haut est bien exiguë pour avoir fait tant de bruit sur notre globe? Par exémple, il est à peu près certain que les pyramides d'Egypte furent élevées en l'honneur du dieu de la lumière, et la base d'un de ces monuments a plus de sept cents pieds, et son élévation en a quatre cent cinquante.

Hâtons-nous de dire pourtant qu'il n'y a pas unanimité parmi les anciens historiens sur l'origine des pyramides : Hérodote lui-même , qu'on peut considérer comme le père de l'histoire, assigne une tout autre cause à l'érection d'un de ces monuments.

Il ëst vrai que ce qu'il en rapporte ressemble parfaitement à un de ces contes que faisait si bien le bon Perrault : Il y avait une fois, écrit-il très-sérieusement, une jeune et jolie courtisane nommée Rhodope, laquelle devait à ses charmes une assez belle fortune.

Comme toutes les belles et les enfants gâtés, Rhodope était capricieuse; il lui fallait à chaque instant quelque dis-

traction nouvelle. Un jour, il lui prit la fantaisie de se baigner dans le Nil; en vain ses suivantes lui représentèrent le danger auquel elle allait s'exposer : le fleuve était profond; les crocodiles sillonnaient ses eaux en tous sens. Il y avait de quoi effrayer l'homme le plus courageux; mais qu'est-ce que le courage d'un homme en comparaison d'un caprice féminin ?

Rhodope, sans tenir le moindre compte des observations de ses femmes, détacha sa ceinture, laissa tomber sa blanche tunique, quitta la chaussure qui emprisonnait ses jolis pieds, les plus mignons du monde, et elle s'avança en riant dans les flots qui reflétaient son image.

L'onde était douce et caressante; les crocodiles se tenaient à l'écart.

Rhodope se jouait sur le sable fin et doré du lit de la rivière, et ses femmes rassurées s'étaient assises sur la rive, lorsque tout à coup un aigle, qui planait depuis quelques instants à une hauteur considérable, fondit sur les vêtements de la charmante baigneuse, s'empara d'un de ses souliers, reprit son vol et disparut.

Cela se passait près de Naucrate ; mais les aigles vont vite : le voleur de pantoufle fit cinquante lieues d'un trait , arriva dans la ville de Memphis où trônait alors le roi Psam-

mitique, et alla déposer le soulier volé sur les genoux de ce monarque.

Psammitique, bien qu'Hérodote n'en dise rien, était un prince galant et connaisseur; la petitesse de la pantoufle suffit pour lui monter l'imagination, et il jura de ne pas prendre de repos avant d'avoir trouvé la femme dont le pied mignon avait logé dans cette séduisante chaussure.

Toutes les femmes du royaume furent invitées à venir essayer le petit soulier; il y eut bientôt foule, car on promettait de riches présents à celle qui chausserait le soulier merveilleux.

Mais, hélas! les pieds les plus mignons étaient encore trop grands de moitié.

Le roi se désolait ; car sa fantaisie était devenue une véritable passion , et il était maintenant amoureux fou de la propriétaire de la pantoufle, bien qu'il ne l'eût pas vue.

Enfin , Rhodope vint au palais , et son gentil pied entra sans effort dans le petit soulier fait pour lui.

Psammitique, plus épris que jamais à la vue de Rhodope, offrit son cœur et sa main à la jolie courtisane, et l'épousa le jour môme.

Vous devez bien reconnaître là, mesdames, le conte de Cendrillon.

Hérodote nous raconte que la nouvelle reine employa l'argent qu'elle possédait avant son élévation à faire bâtir une des trois pyramides, laquelle, selon d'autres notions, serait celle que nous appelons aujourd'hui Mycerinns, et que les Arabes nomment Heram Elbent, ce qui veut dire l'édifice de la fille.

L'abbé réformateur est encore parfaitement dans le vrai quand il affirme que le plus ardent de nos feux n'est que de la glace en comparaison du plus faible rayon de soleil ; mais c'est une vériléqu'Archimède avait trop bien démontrée il y a un peu plus de deux mille ans, pour qu'il fût possible d'en faire un arguaient d'opposition bien puissant.

Cet Archimède, mesdames, était un homme de génie qu'aux beaux jours de notre monarchie on eût probablement brûlé comme sorcier et magicien, par arrêt du parlement; mais dont on honorait le mérite un peu plus de deux siècles avant Jésus-Christ.

C'était un savant physicien : le premier il avait compris toute la puissance du levier en mécanique; aussi, disait-il, que si on pouvait lui donner un point d'appui , il se ferait fort de déplacer la terre.

Ce grand homme était à Syracuse, sa patrie, lorsque l'an 212 avant notre ère les Romains, sous la conduite de Marcellus, vinrent faire le siège de cette ville.

Déjà, à cette époque, Archimède avait construit des miroirs ardents qui, recevant les rayons du soleil de manière à les faire converger vers un centre, lançaient à une assez grande distance une chaleur prodigieuse; l'idée lui vint de faire servir cette découverte à la défense de sa ville natale.

Il fît donc de ces miroirs un immense appareil qu'il disposa sur le bord de la mer de telle sorte, que lorsque la flotte de Marcellus s'avança vers la ville, elle fut en quelque sorte foudroyée par les feux terribles que lançaient les miroirs : en un instant, matelots et soldats furent carbonisés, les vaisseaux s'enflammèrent de toutes parts, et tout fut anéanti.

« Cette histoire , dont on n'avait pas douté pendant quinze ou seize siècles, dit un savant moderne, fut plus tard mise en question , puis enfin traitée de fable, parce qu'on avait perdu les scorets d'arriver à un pareil résultat.

Cependant les miroirs ardents n'offraient pas une merveille plus grande que d'autres découvertes de l'antiquité également perdues.

Demandez aux mécaniciens modernes de soulever la pierre énorme qui termine la plus grande pyramide d'Egypte; ils y renonceront, et ils nieraient même la possibilité de le faire, si cette pierre placée au sommet du gigantesque monument n'attestait la puissance des m achines employées par les anciens, puissance à laquelle il nous est impossible d'atteindre. »

L'invention d'Archimède passait donc pour une fable aux yeux des philosophes du dix-huitième siècle, qui trouvaient plus facile de nier son existence que de l'inventer de nouveau.

Descartes lui-même traitait de mensonges les prodiges du miroir ardent.

A la fin, Buffon, par des preuves, donna un démenti formel à tous ceux qui niaient la possibilité de l'incendie de la flotte romaine par les miroirs ardents, en dépit du témoignage de Polybe, Tite-live et Plutarque.

Le 1 0 avril, après midi, par un soleil assez pur, au moyen de cent vingt-huit glaces, il brûla, à cent cinquante pas, une planche de sapin. L'inflammation s'opéra subitement , et se fit dans toute l'étendue du foyer, qui avait environ seize pouces de diamètre.

En augmentant le nombre des miroirs, on obtint l'inflammation à deux cent dix pieds. Selon Buffon, on pourrait obtenir les mêmes résultats à quatre cents pieds et plus.

Ces miroirs produisaient une chaleur tellement vive, qu'elle suffisait pour fondre les métaux. Des assiettes d'argent, soumises à l'action d'un miroir ardent composé de deux cent vingt-quatre glaces , fondaient en huit minutes à une distance de quarante-cinq pieds.

Après de pareils résultats, il n'était plus possible de nier l'incendie de la flotte romaine.

« Lorsque les vaisseaux romains, dit un historien de l'antiquité, furent à la portée du trait, Archimède prépara un miroir hexagone et d'autres plus petits , qu'il fit placer à une distance calculée : on pouvait les mouvoir à l'aide de charnières , et ils étaient disposés de telle sorte ; que les rayons du soleil reçus sur le miroir et venant à se briser, allumèrent un grand feu, qui réduisit en cendres les vaisseaux romains éloignés d'une portée de trait. »

La portée de trait ne peut être que de cent cinquante pieds au plus; par conséquent, le miroir ardent de Buffon aurait pu remplacer celui d'Archimède.

Tel est, jusqu'à ce jour, l'ensemble des connaissances relatives au soleil ; elles pourront s'accroître sans doute ; car

les limites du possible nous sont encore inconnues ; mais les progrès, s'il s'en fait sur ce point, seront nécessairement lents et douteux, et il faudra sûrement traverser de bien grosses erreurs pour saisir de petites vérités.

Laissons donc sur cette terre les rêveurs se donner carrière, et continuons à explorer le ciel.

Douze planètes et dix-huit satellites sont soumis à la puissance du soleil , obéissent à ses lois et reçoivent de lui la lumière, la chaleur et la vie. Ces planètes sont Mercure , Vénus, la Terre, Mars , Vesta, Junon, Cérès, Pallas, Jupiter, Saturne, Uranus et Leverrier.

Toutes ces planètes, comme la terre, se meuvent d'occident en orient; elles ont, comme elle, un mouvement de rotation ; de même que celle de la terre , leur surface est inégale : on y voit de hautes montagnes , de profondes vallées; enfin, quelques-unes sont aplaties vers leurs pôles et ont des satellites soumis à leurs lois, comme la lune l'est aux lois de la terre.

N'est-il pas permis de penser, d'après tous ces caractères

de ressemblance, que ces mondes sont habités comme le * 1 1

noire? Quelle serait donc la raison de ce privilège qu'aurait notre globe de porter, de voir naître, s'agiter et mourir des myriades d'individus pensant ou ne pensant point, raisonnant ou déraisonnant?

Aussi la plupart des philosophes sont-ils d'accord sur ce point avec ceux de l'antiquité le plus justement célèbres : Pythagore enseignait que les astres sont des mondes comme le nôtre , habités comme ce dernier, sauf les modifications apportées aux habitants par l'étendue et la position de chacun des globes dont ils occupent la surface. C'est aussi l'opinion d'Épicure, qui, admettant en principe que la terre avait été faite pour être habitée, et que ses habitants étaient son principal mérite, concluait que les planètes seraient tout à fait inutiles si elles n'étaient point habitées. Huyghens, Fontenelle et une foule d'autres admettent également ce système.

Le père Kircher ne se borne pas à croire les planètes habitées; il prétend en avoir vu les habitants lors d'un voyage mystérieux qu'il accomplit on ne sait comment , et pendant lequel il visita les principales planètes de notre système. Arrivé à Saturne, il vit des vieillards revêtus d'habits, marchant lentement et secouant des torches funèbres. En revanche, il ne trouva à la surface de Vénus que des jeunes gens d'une beauté ravissante. Les habitants de Jupiter et de Mercure sont, d'après ce singulier voyageur, les gens les

plus sages et les plus heureux qu'on puisse imaginer ; ceux de Mars, au contraire, sont horribles et cruels. Pendant qu'il était en chemin, il n'en coûtait pas plus à Kircher de visiter la lune, et c'est ce qu'il fit ; mais il ne dit rien de ses habitants, tout occupé qu'il est de résoudre ces questions, savoir : si l'eau qu'il prétend avoir vue à la surface de notre satellite serait propre à baptiser, et si le vin qu'on y récolte pourrait servir au sacrifice de la messe.

Selon Buffon, toutes les planètes, y compris la terre, furent d'abord des globes incandescents, qui se sont refroidis en roulant dans l'espace , et sont devenus habitables et habités dès que leur refroidissement a été assez considérable. Le savant naturaliste va même jusqu'à calculer le temps qu'il a fallu à chacun de ces mondes pour arriver à une température qui les rendit habitables, et il trouve qu'il n'a pas fallu à la terre moins de 34,000 ans pour se refroidir au point que des êtres organisés pussent y vivre; il trouve, par le même calcul, qu'elle a pu être habitée depuis il ,000 ans, et que ce refroidissement continuant , notre pauvre globe ne sera plus dans 93,000 ans qu'un énorme glaçon où la végétation et la vie seront impossibles.

Il n'y a donc pas que des charlatans qui aient prédit la fin du monde : la science aussi a voulu lire dans l'avenir ; mais sur ce point, il est sage de ne pas plus s'en rapporter aux calculateurs qu'aux prétendus prophètes. De même que

certains oracles , les chiffres disent ce qu'on veut leur faire dire ; il ne s'agit que de savoir les grouper, art qui, aujourd'hui , est arrivé bien près de la perfection : ainsi des chiffres de Buffon , il résulte que la chaleur de la terre s'amoindrit chaque jour, tandis que les recherches et les observations de M. Arago démontrent que cette chaleur est exactement la même de nos jours qu'il y a deux mille ans.

Mais , que les planètes aient ou n'aient pas été incandescentes, cela n'empêche pas qu'on puisse les croire habitées , et nous dirons même que c'est là une opinion à la fois séduisante et rationnelle. Quoi ! le microscope nous permet de voir dans une goutte d'eau, dans un atome de poussière des milliers d'êtres animés, et toutes ces masses de matière qui, comme nous , ont une marche régulière et reçoivent les rayons du soleil , ne seraient que de vastes solitudes ! Notre raison se refuse à admettre cette anomalie , et comment ne pas se soumettre à ce guide, le seul qui nous ait été donné pour éviter l'erreur?

Sans doute, les habitants de ces mondes diffèrent essentiellement d'un monde à l'autre : par exemple, il en est qui doivent vivre sans atmosphère, c'est-à-dire sans respirer et sans boire ; d'autres , comme ceux de Mercure , doivent être organisés de manière à supporter une chaleur double de celle de l'eau bouillante, tandis que ceux d'Uranus ont à braver un froid tellement intense, que le plus rude hiver

de la Sibérie ne serait en comparaison qu'un doux et suave printemps.

Mais, pourquoi donc n'admettrions-nous pas la réalité dé ces organisations si diverses ? Ne voyons-nous pas que sur notre terre elle-même l'organisation des êtres animés, leur aspect, leurs goûts, leurs besoins, leurs mœurs diffèrent selon le climat ? Est-ce qu'un Lapon arraché au sol glacé qu'il aime pourrait vivre sous les feux du tropique 0 Est-ce qu'un nègre de la côte de Guinée vivrait au Kamtchatka ? N'avons-nous pas des géants à une extrémité du globe, et des pygmées à l'autre? Et alors que toutes ces analogies nous manqueraient , nous conviendrait-il de dire : Cela n'est pas, parce que cela ne peut pas être, et d'assigner ainsi des bornes à la puissance divine ?

Dès la plus haute antiquité, l'observation fit reconnaître, à la vue simple, cinq des douze planètes, non compris la terre, savoir : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Uranus ne fut découverte qu'en 1 78 1 , parle célèbre Herschell. La gloire de cette découverte éveilla l'émulation parmi les astronomes; on se rappela l'opinion de Keppler, qui, au dix-septième siècle, disait qu'entre Mars et Jupiter il devait y avoir quelque planète jusqu'alors inconnue. Il appuyait cette opinion sur ce qu'entre Mercure, Vénus, la Terre et Mars, les distances étaient dans des proportions harmoniques, tandis qu'entre Mars et Jupiter cette harmonie était

rompue. Cette loi de l'harmonie des distances n'était pas démontrée, et les savants qui s'en occupèrent ne la trouvèrent pas exacte. Cela toutefois ne ralentit pas l'ardeur des observateurs, et un des plus zélés, M. Piazzi, découvrit, dans la première nuit du dix-neuvième siècle, une huitième planète à laquelle on donna le nom de Cérès. Un peu plus lard, M. Olbers en découvrit une neuvième, qui reçut le nom de Pallas. Une dixième fut découverte en 1804, par M. Harding, qu'on appela Junon; enfin, le 29 mars 1807, M. Olbers en découvrit une onzième, qu'il nomma Vesta.

Plus de quarante ans s'étaient écoulés; la science avail fait, pendant ce long espace de temps , de notables progrès. Les instruments astronomiques avaient acquis un degré de perfection inespéré; mais l'existence d'aucun nouveau corps céleste n'avait été signalée, bien que Fourier, le célèbro réformateur, qui classe toute son organisation par clavier, ait indiqué qu'il en restait encore à découvrir pour que le clavier céleste fût complet*; lorsque, en 1846, un des savants dont la France s'honore, M. Leverrier, annonça et démontra par un travail admirable l'existence dans notre système d'une nouvelle planète. « Je ne l'ai pas vue , disait-il , et peut-être la cherchera-l-on longtemps sans l'apercevoir; mais j'affirme qu'elle est là , et je prouve qu'elle y doit être. »

Le monde savant s'émut, les plus célèbres observateurs

rivalisèrent d'efforts, et bientôt fut confirmée l'existence de cette douzième planète, qui reçut le nom de l'illustre savant, dont les travaux en avaient démontré l'existence.

Il semble d'abord que la découverte des quatre planètes Cérès, Pallas, Junon, Vesta, détruise l'opinion de Keppler sur l'harmonie des distances entre ces mondes de notre système, puisqu'au lieu d'une planète qu'il affirmait devoir exister entre Mars et Jupiter il s'en trouve réellement quatre; mais ces dernières sont si petites, qu'il est permis de croire qu'elles n'en formaient originairement qu'une seule, laquelle aurait été brisée par le choc d'une comète. C'est l'opinion de plusieurs savants. Beaucoup d'objections , il est vrai , peuvent être faites à cette hypothèse; par exemple, on peut demander comment il se fait qu'après le choc , la comète se soit séparée des débris du corps qu'elle avait heurté : cela est évidemment contraire à la loi de la gravitation d'après laquelle les corps les plus forts entraînent nécessairement avec eux les plus faibles. Et puis sait-on bien quelle est la matière des comètes? Si cette matière est d'une ténuité telle qu'il soit souvent possible de voir les étoiles au travers, comment le choc a-l-il amené une si grande perturbation ?

Dans l'état actuel de la science, il n'y a rien à repondre à cela ; mais ce qui est ignoré aujourd'hui peut être connu demain. S'il fallait rétrograder chaque fois que, sur le chemin de la science, on rencontre une solution de continuité,

on reviendrait sans cesse au point de départ. L'idée de Keppler est assez ingénieuse pour être admise comme vérité, tant qu'il n'y aura pas d'arguments plus solides pour la faire ranger parmi les erreurs.

Une question des plus intéressantes , et qui , au premier aspect , semblerait devoir être reléguée parmi les rêveries de l'astrologie judiciaire, est celle de l'influence des planètes sur la terre et ses habitants. . . . Nous voyons d'ici sourire bon nombre d'esprits forts ; mais , ne vous y trompez pas , mesdames, la chose est plus sérieuse que vous ne l'imaginez, et elle mérite d'être examinée. Il ne s'agit pas, hâtons-nous de le dire , de l'influence directe des astres sur les individus de notre globe, et d'autres admirables choses du même genre composant le domaine de Mathieu Laensberg, mais bien d'effets produits sur la constitution de notre planète par le concours des autres planètes de notre système. Qu'y a-t-il là, d'ailleurs, qui doive tant surprendre, alors qu'il est démontré que les marées n'ont pas d'autre cause que l'attraction lunaire? Nous dirons donc que des observations d'un grand nombre de véritables savants, il semble résulter que cette influence existe , et qu'elle se manifeste, soit isolément, soit conjointement, c'est-à-dire que l'influence d'une planète quelconque sur la terre s'augmente ou se complique de l'influence d'une autre planète, par opposition ou par conjonction; ainsi ces observateurs aflirment que Saturne, en oppo-

sillon avec une autre planète, amène des vents froids et violents; que Mars, en conjonction avec le soleil , amène un temps calme, serein et chaud ; que Mercure, en conjonction avec une autre planète , cause des ouragans. Ce qui paraît moins incertain, c'est l'influence des corps célestes sur la température de la terre. Par exemple, l'été de 181 I fut remarquable par l'apparition d'une comète immense qui semblait embraser le ciel ; pendant toute cette saison la chaleur augmenta chaque jour ; elle persévéra pendant l'automne ; l'hiver lui-même fut d'une douceur presque sans exemple : il ne gela point, et l'été suivant la glace devint si rare, que les cafés de premier ordre , à Paris , en firent venir de la mer du Nord. La même chose, dans de moindres proportions, arriva en 1818; puis encore en 1825, alors que le soleil , la lune, Mercure, Vénus, Jupiter, Saturne et HerscheN ou Uranus étaient en même temps au-dessus de l'horizon.

Des observations anciennes méritent aussi d'être mentionnées ; ainsi la fièvre qui, en 1 127, désola l'Europe entière, commença à sévir immédiatement après la conjonction de Jupiter et de Saturne, qui arriva à cette époque. Une autre épidémie terrible, celle de 1348, fut précédée de la conjonction de Saturne, Jupiter et Mars; enfin, la conjonction de Saturne et Mars précéda la fièvre contagieuse de 1478.

Cette coïncidence peut très -bien être due au hasard;

mais qui pourrait, de science certaine, affirmer que cela est ou n'est pas? De nombreuses et longues observations à ce sujet seraient seules capables de dissiper l'erreur sur ce point, l'erreur qui est de notre domaine à tous. Attendons donc, et laissons toutes ces conjectures pour nous rapprocher de la réalité, en examinant individuellement chacune des planètes connues.

Une des plus belles , et la plus voisine du soleil , est Mercure. Cet astre accomplit sa révolution autour du soleil en 87 jours , 23 heures, 25 minutes et 44 secondes ; sa révolulion diurne, qui n'est connue que depuis quelques années, se fait en %k heures, 5 minutes et 3 secondes. Le diamètre de Mercure est de 1 ,1 66 lieues ; il a 3,775 lieues de circonférence. L'ellipse qu'il décrit autour du soleil est tellement excentrique, qu'entre son point le plus rapproché et son plus grand éloignement de cet astre, dont il reçoit la lumière, la différence est de près de moitié; ainsi, dans son aphélie Mercure est à seize millions de lieues du soleil, et à son périhélie il n'en est qu'à neuf millions, de sorte que, d'après le calcul de Newton, la chaleur, à la surface de Mercure, est sept fois plus forte que celle que nous ressentons sur la (erre, c'est-à-dire double de celle de l'eau bouillante. Les métaux sont donc là en fusion perpétuelle, et les habitants, s'il y en a, peuvent se livrer au plaisir du bain dans des flols de plomb fondu, sans en éprouver le moindre accident.

« 11 faut avouer, disait à ce sujet une daine de beaucoup d'esprit, que nos perceptions sont bien chétives , et que nous n'avons qu'une idée bien incomplète de la vie : est-ce que, par hasard, nous n'aurions pas pris la création à rebours ? »

Le sol de Mercure est très-accidenté ; quelques-unes des montagnes qu'on voit aisément avec de bonnes Lunettes, n'ont pas moins de seize kilomètres de hauteur. La végétation n\ est pas absolument impossible, puisque cette planète est environnée d'une épaisse atmosphère qui semble destinée à tempérer les ardeurs des rayons du soleil. •

Après Mercure, Vénus est la planète la plus voisine du solei' ; Vénus, doux et charmant nom, le seul de l'antique (\ympequi n'ait pas vieilli. La lumière de cette belle planète est si vive qu'il est souvent possible de la voir en plein jour à l'œil nu. Compagne du soleil, dont elle ne s'écarte jamais que dans de certaines limites, tantôt elle se montre à l'horizon avant le lever de l'astre du jour, et tantôt elle apparaît après son coucher, ce qui lui a fait donner les noms d'étoile du matin ou Lucifer, dans le premier cas ; et d'étoile du soir ou Vesper , dans le second. On la nomme encore l'étoile du berger ; mais nous vous renvoyons pour l'étymologie de cette dénomination romantique au commencement de ce volume.

La distance moyenne de Vénus au soleil est de 25 millions de lieues; elle est ronde, opaque, et son diamètre est d'un peu plus de 2,800 lieues. De même que Mercure, cette planète passe quelquefois entre le soleil et la terre, elle apparaît alors sur le disque du soleil comme un petit globe noir, dont le diamètre semble être d'une minute environ. Ces passages de Vénus sur le soleil sont de véritables éclipses annulaires. Le mouvement de translation de ce corps céleste s'accomplit en 22 4 jours , 1 6 heures, 49 minutes, 8 secondes, et son mouvement de rotation ou diurne se fait en 23 heures, 21 minutes. Sa chaleur, moins considérable que celle de Mercure, est néanmoins beaucoup plus forte que celle qui se fait sentir à la surface de la terre , à moins pourtant que cette chaletir ne soit modifiée par la densité de l'atmosphère dont la planète est environnée , ce qu'il serait également impossible de nier ou d'affirmer, puisqu'on n'est pas encore fixé sur 'G point : les rayons du soleil ont-ils une chaleur qui leur soit propre , ou n'acquièrent-ils cette chaleur qu'en traversant notre atmosphère ?

Le sol de Vénus est encore plus accidenté, plus capricieux que celui de Mercure ; quelques-unes des montagnes qu'on y remarque n'ont pas moins de 40 mille mètres de hauteur, élévation à laquelle , chez nous , il serait impossible de respirer, et par conséquent de vivre.

Après Vénus, la planète la plus voisine du soleil est la

terre et son satellite la lune; puis vient Mars, dont la distance moyenne du soleil est d'un peu plus de 52 millions de lieues. . . Ne vous plaignez pas, mesdames, de ce long voyage ; car nous n'avons encore fait ici qu'un peu plus du douzième du chemin à parcourir pour examiner les divers mondes de notre système. Il est vrai qu'avec le secours du meilleur chemin de fer sur lequel nous serions emportés à toute vitesse, il nous faudrait, pour arriver à l'embarcadère de Mars, un peu plus de cinquante ans ; mais heureusement le télescope est un moyen de communication beaucoup plus rapide que les meilleurs rails-ways, et il est permis d'en user sans se croire dans l'obligation de faire au préalable son testament. Grâce à ce merveilleux instrument, nous voici, d'un coup d'œil rapide comme la pensée, à la surface de ce globe, dont la circonférence est d'à peu près 6,000 lieues.

Nous remarquerons d'abord que Mars n'est pas incliné sur son orbite, en sorte que la température de son atmosphère doit être constamment la même, et que les jours y sont constamment égaux aux nuits. Les jours ont à peu près la même durée que les nôtres , puisque le mouvement diurne ou de rotation sur lui-même de cet astre s'accomplit en 24 heures, 31 minutes, 22 secondes; mais il n'en est pas de même de ses années , sa révolution autour du soleil durant 687 jours moins quelques secondes.

La lumière que Mars reçoit du soleil nous paraît rougeàtrc*

cl en effet elle doit cire moins vive que celle qui éclaire notre globe ; mais cette couleur rouge peut être aussi causée par la densité de l'atmosphère dont la planète est entourée, et qui donne à la lumière qu'elle reçoit cette teinte rouge que semblent avoir les rayons du soleil lorsqu'ils arrivent jusqu'à nous à travers un épais brouillard. Nous remarquerons, en outre, que cette lumière n'est pas égale sur tous les points ; elle est, dans quelques endroits, d'une grande faiblesse, et presque nulle dans une large étendue que les astronomes désignent sous le nom de ceinture de Mars. D'où vient cette différence à la surface d'une planète où tout semble être d'une si grande et si constante régularité? Ces parties sombres, disent quelques savants, sont de vastes mers de glace qui demeurent toujours à l'état solide. C'est là, nous n'hésitons pas à le dire, une explication des plus malheureuses et tout à fait en désaccord avec les lois de la physique : la glace , dans ce cas, loin d'absorber les rayons du soleil, les réfléchirait avec une intensité plus grande qu'ils ne peuvent l'être sur les autres parties du globe, cl la ceinture de Mars serait ainsi la plus brillante partie de cette planète — Ne serait-ce pas, au contraire , que ces mers , au lieu d'être congelées, seraient constamment fluides, et que, à raison de cette fluidité, elles seraient moins aptes à réfléchir la lumière que ne sont la plupart des corps opaques ? La controverse sur ce point est d'autant plus permise qu'elle peut être éternelle.

De ce point, eau ou glace, lançons-nous de nouveau dans

l'espace Nous voici en vue de Jupiter, la plus grosse des

planètes, masse énorme dont la circonférence est de 98,000 lieues, et qui tourne autour du soleil en se tenant à une distance moyenne de 180 millions de lieues de cet astre. Jupiter est la planète la plus aplatie vers ses pôles, circonstance qui donne à ses mouvements une rapidité extrême ; ainsi ce globe, d'une grosseur si prodigieuse, accomplit sa révolution diurne en un peu moins de dix heures, et son mouvement de translation autour du soleil ne dure que onze ans et trente-trois jours ; vitesse en raison de laquelle celle de la terre n'est rien , si Ton considère la différence d'étendue de ces masses et des orbites qu'elles doivent parcourir.

Jupiter présente à sa surface des points plus lumineux que le reste de la planète: on appelle ces points bandes de - Jupiter, et l'on s'abstient , très-sagemeni à notre avis, d'en chercher la cause.

Cette planète était, ainsi que nous l'avons dit, connue des peuples de la plus haute antiquité , l'éclat de sa lumière, presque aussi vive que celle de Vénus, permettant de la voir à l'œil nu ; mais c'était un monde dont on ignorait les dépendances. La découverte des lunettes vint enfin ouvrir un champ plus vaste aux observations. Galilée, doué de cette persévérance , de cette force de volonté qui font les grands

hommes, avait deviné des mondes, et il les cherchait avec une ardeur plus vive à mesure qu'il parvenait à augmenter la puissance des instruments nécessaires à ses savantes observations. Ce fut cet homme de génie qui, le premier, en 1610, observa quatre corps célestes accompagnant Jupiter ; bientôt il acquit la certitude que ces corps tournaient autour de la planète comme la lune autour de la terre, et que, comme la planète dont ils sont les satellites, ils reçoivent la lumière du soleil.

Comment , en présence de ces grandes vérités , notre orgueil a-t-il pu nous porter à nous croire la merveille de la création? Si les planètes ont été créées pour être habitées, ainsi que le croient plusieurs philosophes, l'importance dos habitants doit être en raison directe de l'importance du globe où ils vivent : que sommes-nous donc comparativement aux habitants de Jupiter?.. Il est vrai que nous vivons plus près qu'eux du soleil, et puis, malgré leurs quatre lunes, ces gens-là ne sont peut-être pas astronomes.

Accoutumés maintenant à parcourir ces distances prodigieuses dont les plus longs voyages sur la terre ne sauraient nous donner une juste idée, nous passerons de la planète de Jupiter à celle de Saturne, située à trois cent vingt-trois millions de lieues du soleil. Bien que la lumière de ce corps céleste soit faible et plombée, ce qui est dû à son éloignement de l'astre qui éclaire et vivifie tout notre système, il

élail cependant connu des anciens; mais ce que Ton savait de lui se bornait à peu de chose.

L'invention des lunettes ayant permis de le voir de plus pics, les premiers astronomes qui observèrent cette planète au télescope furent frappés d'étonnement en reconnaissant qu'elle est environnée d'un anneau qui ne la louche pas, et qui en est éloigné de neuf mille lieues dans tous les sens.

Cet anneau, dont la largeur est également de neuf mille lieues, se divise lui-même en deux parties parfaitement distinctes quand on les observe avec d'excellents télescopes d'Herschel, à l aide desquels ce savant astronome a pu voir les étoiles entre les deux parties concentriques de cet anneau.

Ce système participe à deux mouvements différents: l'un de rotation sur lui-même, qui se fait, pour la planète proprement dite, en dix heures dix-huit minutes, et pour l'an neau en dix heures vingt-neuf minutes dix-sept secondes; l'autre de translation autour du soleil, qui s'accomplit, pour la planète et pour l'anneau , en dix mille sept cent cinquante jours et quelques minutes.

Saturne changeant de place en parcourant son orbite, son anneau doit nécessairement nous apparaître sous différents aspects.

Ainsi nous pouvons, dans un certain cas, apercevoir toute la largeur de l'espace qui sépare l'anneau de la planète ; plus tard , cet espace nous apparaît moins large ; enfin , pendant un certain temps, la planète et l'anneau ne nous sembleront former qu'une seule masse.

Cette dernière phase, qu'on appelle la phase ronde, se présente tous les quinze ans environ.

Nous avons pu, mesdames, observer cette phase dans le courant de l'année ( 1 818 .

Saturne n'est visible pour nous que lorsqu'il nous montre la face que le soleil éclaire, ce qui dure quinze ans ; pendant quinze autres années nous ne le voyons point, attendu qu'il nous montre sa face opposée au soleil.

Indépendamment de son anneau, Saturne a sept lunes ou satellites.

C'est là, au total, un singulier monde, un peu plus de neuf cents fois plus gros que notre terre, et dont les habitants doivent être étrangement constitués.

Imaginez, mesdames, des personnages de quatre à cinq mille pieds de haut, et faites-vous, si cela est possible, une idée de la désinvolture, de la gentillesse de ces merveilleux citadins, faisant un quart de lieue à chaque pas, parlant

sur le ton (lu canon d'alarme, et vivant au milieu de glaces éternelles ! .. .

N'est-il pas déplorable que nous ne puissions voir que le théâtre où s'agitent ces prodigieux acteurs?

Mais il ne faut désespérer de rien; la science n'a pas dit son dernier mot, et nos meilleurs télescopes ne seront peutêtre un jour que des jouets d'enfants, comparativement à ceux qui les remplaceront.

Nous serons d'autant plus heureux de cette découverte, que, si nous en croyons encore Fourier, dont nous avons parlé plus haut , Saturne serait le globe le mieux administré de notre système; il se trouverait, pour nous servir de son expression, en harmonie parfaite, et si un jour les habitants de la terre, revenant de leur erreur, suivaient les idées de ce savant novateur, leur globe se trouverait favorisé d'un anneau mmme Saturne.

Toutes ces planètes étaient parfaitement connues des anciens; il n'en est pas de même d'Uranus, et cela n'est pas extraordinaire, puisque sa distance du soleil est de six cents millions de lieues, et que, à l'œil nu, quand il est possible de l'apercevoir, elle offre l'aspect d'une étoile de septième grandeur.

Ce fut Hersohel , ainsi que nous l'avons dit , qui , en 1 781 ,

l'fiO LES ÉTOILES.

parcourant lo ciel avec un télescope de sept pieds, reconnut d'abord que cet astre avait un mouvement, et finit par s'assurer que c'était une planète faisant sa révolution autour du soleil en un peu moins de (rente mille six cent quatrevingt-sept jours.

Ce globe, qui nous paraît si petit, est cependant quatrevingts fois plus volumineux que le nôtre j son diamètre n'a pas moins de douze mille lieues.

Uranus est, en outre, environné de six lunes ou satellites qui tournent autour de lui, et comme lui reçoivent la lumière du soleil, lumière qui doit être bien affaiblie par l'immense distance qu'il lui faut parcourir.

Abordons maintenant les cinq nouveaux mondes découverts dans ce siècle.

Fe-sta, qui fait sa révolution autour du soleil en un peu moins de treize cent vingt-six jouis, se tienl à une distance moyenne de quatre-vingts millions de lieues de l'astre dont elle reçoit la lumière.

La distance de Junon au soleil est de quatre vingt-dix millions de lieues, et sa révolution autour de cet astre dure unpeu moins de quinze cent quatre-vingt-treize jours.

Cérès, dont la distance moyenne du soleil est de quatre-

ASTRONOMIE DES DAMES. nu

vingt-quatorze millions de lieues, met un peu plus de seize cent quatre-vingt-un jours à faire sa révolution.

Enfin Pallas, qui emploie un peu plus de seize cenl quatre-vingt-six jours el demi à accomplir sa révolution , se lient à une dislance moyenne de quatre-vingt-quatorze millions cinq cent mille lieues de l'astre qui éclaire loul noire système.

C'est là, à peu près, tout ce que nous pouvons savoir de ces quatre petits mondes, où, à cause de leur exiguïté, nous ne saurions faire de longues excursions.

Nous pouvons cependant nous assurer que ces petites planètes sont pourvues d'une atmosphère proportionnellement aussi étendue que la nôtre , et comme leur distance du soleil n'est qu'un peu plus du double de celle qui nous sépare de cet aslre, les habitants de ces quatre globes pourraient fort bien ne différer que par la taille de ceux de la terre;, mais, sur ce point, la différence serait telle que les Lilliputiens, créés par l'imagination du romancier anglais, seraient des géants auprès d'eux....

Ces quatre globes sont d'ailleurs exposés à un péril imminent.

Yesta, qui, des quatre, est la plus rapprochée du soleil,

traverse', dans son mouvement de translation, les orbites des trois autres petites planètes : de sorte que deux, de ces astres peuvent se rencontrer quelque jour, et le choc serait alors si violent, que nul être organisé n'y pourrait survivre.

Saluons d'un regard la planète Leverrier, monde non pas inconnu, mais dont notre cadre trop restreint nous interdit de faire la description. Nous renvoyons nos lectrices avides de connaissances techniques à l'histoire que M. Leverrier en a donnée dans la Connaissance des temps.

Page 1