LES COMÈTES
De même que les éclipses, les comètes ont été regardées pendant longtemps comme des présages sinistres ; on croyait alors , selon l'opinion d'Aristote , que les comètes étaient engendrées par les exhalaisons de la terre et de la mer , et on leur attribuait sans difficulté la plupart des fléaux qui affligeaient l'humanité. Il paraît cependant certain que le retour périodique des comètes était connu dans l'antiquité; cela est attesté par ce passage de Sénèque : « Le cours des co- » mètes sera connu un jour comme celui des autres astres ; » on verra alors que ces corps sont assujettis à des règles de » même que les planètes. »
Mais que peuvent les quelques paroles d'un homme de génie contre l'ignorance et la superstition ? C'est la goutte d'eau à laquelle il faut des siècles pour creuser le marbre. Comment d'ailleurs se défendre de l'erreur quand elle vient d'en haut? L'histoire nous apprend que vers le printemps
de 837, vingt-trois ans après la mort de Charlemagne, une comète ayant paru dans le signe de la Vierge , Louis-le-Débonnaire, héritier de l'empire, saisi d'effroi, fit venir un astrologue et lui demanda quelle catastrophe annonçait ce phénomène.
L'astrologue, plus hardi ou moins fourbe que ses confrères, tenta de rassurer l'empereur , et lui dit qu'on avait presque toujours tort d'attribuer aux signes du ciel des propriétés malfaisantes.
« Je sais bien que ce n'est pas la comète qui me détrônera, » dit le prince ; mais je ne doute pas qu'elle soit un aver- » tissement de Dieu qui annonce un changement de règne. » Vous savez cela aussi bien que moi , mais vous n'osez me » le dire. Allez ; je vous pardonne. »
Sur ce, le dévot empereur prit le deuil, le fit prendre à toute sa cour, passa un grand nombre de nuits en prières et fit célébrer force messes. La comète cependant montait toujours sur l'horizon , et les affaires de l'Etat n'en allèrent ni pis ni mieux.
Vous savez, mesdames, que les comètes sont de véritables planètes précédées, accompagnées ou suivies d'une traînée de lumière qu'on appelle chevelure, barbe ou queue, selon la position où elle se trouve.
Lorsque la comète se meut à l'orient du soleil, on dit qu'elle est barbue, parce que sa lumière va devant elle.
Quand la comète marche à l'occident du soleil et qu'elle le suit, on dit qu'elle a une queue, parce que sa lumière marche après elle.
Lorsque la comète et le soleil sont diamétralement opposés, la terre étant entre eux, la traînée de lumière qui accompagne la comète se trouvant cachée par son propre corps, excepté les parties les plus extérieures qui la débordent un peu et l'environnent, on dit qu'elle a une chevelure.
En dépit de Sénèque , l'opinion d'Aristote prévalut pendant longtemps ; la plus grande partie des astronomes, jusqu'au dix-septième siècle, considérèrent les comètes comme des émanations des diverses planètes ; Newton lui-même pensait que la destinée de ces astres était d'alimenter les soleils , et que la lumière qui les précède , les environne ou les suit, n'était qu'une vapeur légère, élevée du noyau de la comète par la force de la chaleur à mesure qu'elle s'approche davantage du soleil.
Enfin, l'erreur a fait place à la vérité, et nous savons aujourd'hui que les comètes sont des astres de la même nature que les planètes, et qu'elles n'en diffèrent qu'en ce qu'elles parcourent des ellipses très-allongées, ce qui fait qu'elles ne se montrent que pendant un court espaco dé
temps, pour disparaître en s'enfonçant dans l'immensité de l'espace, et reparaître ensuite après un certain nombre d'années.
La quantité de ces astres est immense, et quelques astronomes estiment que dans notre seul système planétaire il y en a plusieurs millions.
La chevelure, la barbe, la queue ne sont pas toujours compagnes obligées d'une comète : celle qu'observa Tycho, en 1585, était absolument ronde, et n'avait aucun vestige de queue , barbe ou chevelure ; celle de 1 665 n'avait non plus aucun ornement, et il en était de même de celle de 1 682, qui , dit Cassini , était aussi ronde et claire que Jupiter.
En revanche, d'autres comètes se montrent avec des queues d'une longueur prodigieuse; ainsi la queue de la comète observée en 1 680 n'avait pas moins de quarante et un millions de lieues lorsqu'elle arriva au point de son ellipse le plus rapproché du soleil.
L'influence pernicieuse des comètes était encore fort redoutée àcette époque, comme le prouve ce passage d'une lettre de madame de Sévigné au comte de Bussy :
« Nous avons une comète qui est bien étendue. C'est la » plus belle queue qu'il est possible de voir. Tous les grands «personnages sont alarmés, et croient que le ciel, bien oc-
» cupé de leur perte, en donne des avertissements par cette » comète. On dit que le cardinal Mazarin étant désespéré » des médecins, ses courtisans crurent qu'il fallait honorer » son agonie d'un prodige, et lui annoncèrent qu'il parais- » sait une grande comète qui leur faisait peur. Il eut la force » de se moquer d'eux, et il leur dit plaisamment que la co- » mètelui faisait trop d'honneur. En vérité, on en devrait bien » dire autant que lui, et l'orgueil humain se fait trop d'hon- » neur de croire qu'il y ait de grandes affaires dans les as- » très quand on doit mourir. »
Depuis que, grâce à Halley, on a pu calculer le cours des comètes, on a acquis la certitude que celle dont parlait madame de Sévigné était la même qui était apparue peu de temps après la mort de Jules-César, et dans laquelle le sénat de Rome décida que l'âme de ce héros était passée. La période de cette comète embrasse cinq cent soixante-quinze ans.
Puisque nous parlons de Halley , nous devons dire que l'on doit à ce savant la théorie des comètes.
Déjà Newton avait reconnu que les comètes, obéissant, comme les planètes, à la puissance attractive du soleil, décrivaient autour de cet astre des ellipses très-allongées ; partant de ce point, l'astronome anglais Halley examina avec beaucoup de soin la comète de 1682, puis il rechercha toutes les circonstances qui avaient accompagné la marche
des comètes observées jusqu'alors, et en établissant ses comparaisons et ses calculs, il trouva que les comètes de 1 305, 1 380, 1 457, 1 531 , 1 607 et 1 682 avaient suivi presque la même marche.
Cela le porta à penser que les apparitions qui avaient eu lieu à ces diverses époques avaient été produites par les retours successifs de la même comète, dont la durée devait être d'environ soixante-quinze ans et demi, et il se hasarda à prédire que cette comète se montrerait à la fin de 1 758 ou au commencement de 1759.
L'événement justifia cette annonce, et nous avons vu en 1 835 reparaître la comète de Halley.
Certes, il est bien peu de gens aujourd'hui qui redoutent l'influence des comètes. Pourtant il est certain que ces astres peuvent amener chez nous de grandes catastrophes : une comète peut se rencontrer avec la terre comme deux locomotives marchant en sens inverse sur la même voie ferrée ; elle peut briser la terre, la réduire en poussière, ou bien la détourner de son orbite, lui enlever la lune, l'enlever ellemême, l'emporter au delà des régions d'Uranus et lui faire éprouver un hiver de plusieurs siècles auquel aucun être organisé ne pourrait résister ; elle peut encore changer son axe et son mouvement de rotation, précipiter ses mers vers un nouvel équateur, et noyer ainsi la plus grande partie du
genre humain. D'après les calculs d'un Anglais nommé Whiston, cette comète de 1680 dont nous avons parlé aurait paru au temps du déluge universel ; elle aurait alors rencontré la terre. L'auteur s'appuie sur les mêmes calculs pour démontrer que ces deux corps se rencontreront de nouveau un jour, et que la comète nous inondant de la vapeur ardente dont sa queue est formée produira l'incendie annoncé dans l'Écriture comme devant précéder le jugement dernier.
On peut fort bien ne pas s'en rapporter aux calculs de Whiston ; mais voici, mesdames, quelque chose de plus sérieux : la comète de Halley, dont nous parlions tout à l'heure, coupa en 1835 l'orbite de la terre à moins de vingt millions de lieues de notre globe. On s'émut beaucoup de cêt événement.
Les savants entreprirent alors de rassurer le monde, et M. Arago publia, dans Y Annuaire du bureau des longitudes. une dissertation, de laquelle il résulte qu'il y a un million contre un à parier que la rencontre de la terre avec une Comète n'aura pas lieu.
Certes , la probabilité est rassurante ; pourtant la chance existe, et l'on peut gagner même en jouant contre un million d'adversaires.
Nous ignorons complètement si les comètes sont lumi-
neuses par elles-mêmes ou si elles réfléchissent seulement les rayons du soleil ; la substance de ces astres nous est également inconnue, et nous ne savons pas davantage s'ils sont habités ou non ; seulement, sur ce dernier point, il nous paraît démontré que les habitants de ces corps, s'il y en a, sont d'une constitution dont nul être sur la terre ne pourrait donner l'idée.
En effet, il y a des comètes qui passent si près du soleil que, selon les calculs de Newton, elles doivent éprouver à ce passage une chaleur deux mille fois plus intense que celle d'un fer rouge, et qui ensuite s'enfoncent dans l'espace à de si prodigieuses distances, qu'elles doivent être gelées jusqu'au centre, quelle que soit la nature de leur substance. Telle était celle de 1680, qui passa à deux cent mille lieues du soleil.
De toutes les comètes observées, aucune n'approcha autant de la terre que celle qui parut à la fin de juin 1770 ; elle n'en était qu'à huit cent mille lieues, et il ne lui eût pas fallu faire un bien grand écart pour subir l'attraction de notre globe. Elle se serait trouvée alors dans les mêmes conditions que la lune, et la terre eût eu deux satellites au lieu d'un.
Il paraît démontré qu'en décrivant leurs orbes immenses, les comètes, à chaque rotation, disséminent dans l'espace
toute la matière qui s'est détachée du noyau pour former la queue, et qu'elles vont toujours en diminuant d'intensité. Cela a été bien constaté pour la comète de Halley : en remontant chaque période de soixante-quinze à soixante-seize ans, on trouve que la première apparition connue de cet astre eut lieu l'année de la naissance de Mithridate, cent trente ans avant Jésus-Christ.
Les écrivains contemporains rapportent que cette comète se montra pendant quatre-vingts jours avec un éclat qui surpassait celui du soleil ; elle occupait la quatrième partie du firmament , et elle mettait quatre heures à se lever et à se coucher.
En 339 , elle avait un très-grand développement , et elle traînait à sa suite une immense queue qui semblait toucher la terre.
En 1303, elle était, disent les chroniques du temps, dune grandeur effrayante, et la peste suivit de près son apparition.
En 1456, elle avait des dimensions plus extraordinaires
encore; elle occupait le tiers de la partie visible du ciel,
et sa queue était encore sur l'horizon alors que sa tête avait
disparu depuis quatre heures. A cette époque, elle excita
dans toute l'Europe une profonde consternation , soit à * <6
cause de sa vive clarté, soit surtout parce que le peuple, alors esclave des superstitions astrologiques , croyait cette apparition liée aux plus graves événements qui se passaient alors, aux succès des armes mahométanes.
Le pape Calixtc II ordonna des prières publiques où l'on conjurait à la fois la comète et les Turcs.
Depuis, sans jamais s'écarter dans sa marche de la route que les lois de la pesanteur universelle lui ont tracée, elle a toujours été en diminuant d'intensité.
Jusqu'ici, mesdames, quelque étendues qu'aient été nos excursions, nous ne sommes pas sortis de chez nous; les divers mondes que nous avons visités ne sont que les parties d'un tout que l'on pourrait comparer à plusieurs petits États confédérés formant une sorte de république, sous la protection d'une grande puissance, qui est le soleil. Ainsi en nous arrêtant à Uranus, nous n'étions pas sur une terre étrangère, mais bien sur le rivage d'une mer inconnue, immense, infinie peut-être comme l'éternité. C'est dans ce vaste océan que nous allons pénétrer, mais en marchant avec prudence et sans trop nous éloigner des frontières de notre confédération.
Nous disions, en parlant du soleil, que si, comme cela paraît certain, cet astre a un mouvement de translation et est emporté dans l'espace avec tous les corps célestes dont il est le centre, il faudrait en conclure qu'il obéit à une force
m LES ÉTOILES.
plus puissante que la sienne, et qui régirait tous les systèmes de l'univers. Or, chacun de ces systèmes a pour centre un soleil comme le nôtre, et il est maintenant démontré que chaque étoile est un de ces soleils répandant la lumière et la vie sur les planètes, les satellites, les comètes qui les environnent. Il doit donc y avoir entre chaque étoile une distance égale à celle qui existe entre notre soleil et Tétoile la plus voisine.
Nos pères n'étaient-ils pas bien présomptueux de croire que chaque individu respirant sur notre terre avait son étoile au ciel? Certes l'idée ne manquait pas de grandeur; aussi souriait-elle particulièrement aux hommes d'élite, dont la pensée se trouvait en quelque sorte à l'étroit dans notre monde : Napoléon croyait fermement avoir son étoile au ciel ; c'était aussi la croyance de Jules-César. L'ingénieux artiste dont les derniers travaux font tout le prix de cet ouvrage trouvait les étoiles trop belles pour qu'elles ne fussent que des rois ou des empereurs, et il en fit des femmes.
La preuve que les étoiles ne sont pas toutes à une égale distance de nous, ainsi que le croyaient les Grecs, c'est que celles que nous pouvons voir nous apparaissent sous des grosseurs fort différentes , ce qui a permis aux astronomes de les classer par grandeur, depuis les plus grosses, ou de première grandeur, jusqu'aux plus petites, ou de septième grandeur, après lesquelles viennent les nébuleuses.
L'opinion du vulgaire, que le nombre des étoiles est incalculable, est à la fois fausse et vraie. Le nombre des étoiles que nous pouvons voir à l'œil nu, dans la plus belle nuit, ne dépasse pas quinze cents, ce qui fait trois mille pour toute l'étendue du ciel, dont nous ne voyons qu'une moitié. Donc, certains auteurs anciens, qui ne pouvaient soupçonner qu'il y eût d'autres étoiles que celles qu'ils voyaient, dépassaient les bornes de l'hyperbole en comparant le nombre de ces astres à celui des grains de sable de la mer. Mais depuis que la découverte des lunettes a permis de pénétrer plus avant dans l'immensité, on a pu dire avec raison que le nombre des étoiles est incalculable; peut-être même est-il infini. Herschell, avec ses excellents télescopes, a compté quarante-quatre mille étoiles dans un espace de huit degrés de longueur sur trois de largeur, ce qui donnerait proportionnellement, pour toute l'étendue du ciel, un total de soixante-quinze millions d'étoiles , non compris les nébuleuses, non plus que les étoiles formant la voie lactée, que le vulgaire nomme le chemin de saint Jacques , et qui présente l'aspect d'une ceinture blanche sur le ciel, dans les belles nuits d'été. Or, il est maintenant hors de doute que la voie lactée n'est autre chose que la lumière produite par une quantité prodigieuse d'étoiles, trop éloignées pour que nous puissions les voir distinctement.
i^es astronomes, ainsi que nous l avons vu ailleurs», ont
pu calculer la distance qui sépare chaque planète du soleil, et nous savons qu'Uranus se meut autour de cet astre lumineux à une distance moyenne de six cents millions de lieues. Partant de ce point , ils ont voulu connaître la distance qui sépare la terre des étoiles, et ils ont trouvé, au moyen de calculs que nous ne rapporterons pas ici , mais dont l'exactitude est incontestable, que la vitesse de la lumière, étant de soixante-dix mille lieues par seconde, et par conséquent nous arrivant du soleil en huit minutes , doit mettre six ans pour nous arriver de l'étoile la plus voisine, et qu'un boulet de canon, qui franchit sept lieues par minute, lancé de la terre vers l'étoile la plus prochaine, et ne perdant rien de sa vitesse, mettrait deux millions d'années pour y arriver. Cela est effrayant, n'est-ce pas? Eh bien, la distance où nous sommes des étoiles les plus éloignées aperçues par tterschell est telle, que leur lumière ne met pas moins de six mille ans pour arriver jusqu'à nous, de sorte que, si, comme cela paraît hors de doute, les étoiles, de même que les hommes, naissent, vivent, meurent et disparaissent, nous devons voir encore la lumière d'une de ces étoiles six mille ans après que cette étoile a cessé d'être.
Nous venons de dire que les étoiles meurent et disparaissent ; cela est démontré non-seulement par les observations de nos ancêtres, qui ont compté des étoiles que nous ne voyons plus, mais par nos propres observations. On a vu,
en effet, dans l'espace d'un siècle, des étoiles perdre successivement de leur intensité de lumière, et disparaître tout à fait ; d'autres sont apparues tout à coup. Au temps de Jésus- Christ, par exemple, on vit apparaître au ciel une étoile nouvelle. Environ quatre cent cinquante ans après, parut une autre étoile, dont la lumière eut le plus brillant éclat pendant vingt jours, après quoi elle disparut complètement. Le célèbre astronome Tycho-Brahé , dont nous avons déjà parlé, observa, en 1572, une étoile dont l'éclat était si vif, qu'elle était visible en plein jour. L'intensité de sa lumière demeura la même pendant seize mois, après quoi cette lumière, de blanche qu'elle était, devint jaune, puis rouge, puis enfin s'évanouit tout à fait, sans avoir changé de place. La même chose arriva en 4 604, époque à laquelle apparut une étoile très-brillante qui, après s'être montrée pendant un an, disparut pour ne plus reparaître. D'autres étoiles sont soumises à des variations périodiques dans leur éclat et leur couleur. On a même pu observer la période de plusieurs. Par exemple, une de ces étoiles auxquelles on a donné le nom d'étoiles changeantes passe en trois jours de la deuxième grandeur à la quatrième, et revient à la deuxième dans le même espace de temps. Une autre, de deuxième grandeur, devient de troisième grandeur tous les six jours. Une autre encore, après avoir brillé du plus vif éclat pendant quinze jours, disparaît entièrement , pour reparaître au bout de trois cent trente-quatre jours. Les causes
de ces phénomènes sont inconnues; on en est sur ce point aux conjectures , champ trop vaste pour que nous entreprenions d'y chercher la vérité.
On nomme fixes les étoiles qui paraissent ne pas changer de place ; mais cette stabilité n'est qu'apparente , car il est aujourd'hui bien constaté que les étoiles, au moins celles de première grandeur, ont un mouvement semblable à celui du soleil , et l'on a même pu calculer que quelques-unes ne parcouraient pas moins de quatre-vingts millions de lieues par année.
Si , comme nous l'avons dit , il est très-facile de compter les étoiles que nous pouvons voir même avec les meilleurs instruments, il serait beaucoup moins aisé de leur donner à chacune un nom : le vocabulaire d'aucune langue n'y pourrait suffire; et puis comment retenir ces myriades de noms, et appliquer chacun à l'étoile qui l'a reçu, sans hésitation et de manière à trouver sur-le-champ l'astre sur la seule indication de son nom? La plus vaste mémoire n'y pourrait suffire. C'est ce que comprirent parfaitement les astronomes de l'antiquité, et, comme ils étaient gens d'imagination, ils divisèrent en douze constellations la bande d'étoiles qui sont successivement cachées par le mouvement de la terre autour du soleil, de telle sorte qu'à chacun des douze mois de l'année, le soleil semblant entrer dans une de ces douze
constellations, les mois purent être désignés par les constellations correspondantes.
Ces douze constellations forment ce qu'on appelle le zodiaque, comme nous l'avons déjà dit au commencement de cet ouvrage. L'invention du zodiaque remonte à la plus haute antiquité , ainsi que le prouve l'énorme pierre appelée zodiaque de Denderah , sur laquelle sont gravés les douze signes , découverte en Egypte et transportée en France en 1821 par MM. Saulnier et Lelorrain. Le zodiaque des anciens contenait donc le plan des orbites que parcourent le soleil et les planètes; mais cette bande, zone du zodiaque, avait pour limites deux grandes parties du globe , l'une au nord, l'autre au midi. Pour classer les étoiles de ces deux parties, les astronomes modernes adoptèrent le procédé des anciens ; ils les divisèrent en constellations dites boréales ou septentrio?iales , et en constellations australes ou méridionales , et ils donnèrent à chacune de ces constellations un nom d'homme, d'animal, de plante ou d'instrument. Nous avons déjà donné les noms des signes du zodiaque; voici ceux des constellations boréales et australes.
Constellations boréales. La Grande-Ourse, la Petite-Ourse, Céphée, le Dragon, Cassiopée, Andromède, Pégase, le Triangle-Boréal , Persée , le Cocher , la Girafe , le Lynx , le Bouvier, la Chevelure-de-Bérénice, la Couronne-Boréale, la
Lyre, le Cygne, l'Aigle, Antinous, le Dauphin, le Petit-Cheval, la Flèche, Hercule, le Serpentaire.
Constellations australes. La Baleine, le Poisson-Austral , Orion, le Petit-Chien, le Grand-Chien, le Lièvre, l'Éridan, l'Hydre, le Vaisseau, la Licorne, le Centaure, le Loup, le Solitaire, le Télescope, l'Autel, la Couronne-Australe, la Grue, le Phénix.
Ici , mesdames , sont les colonnes d'Hercule de l'astronomie, au delà desquelles tout est mystère ou néant. Sans doute , aujourd'hui comme toujours , le présent est gros de l'avenir; peut-être un jour quelque nouveau Christophe Colomb , après avoir trouvé le moyen de parcourir ces espaces immenses et inconnus , viendra vous en dire l'histoire et les merveilles.
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