‹ Les étoiles; essai d'astronomie sidérale (volume 2)Chapitre 111 sur 152 · SIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PARTIE

INTRODUCTION

Le titre de cette partie est certainement hardi; nous n'aurions pas osé l'écrire si le grand Herschel ne nous avait précédé dans cette voie; on verra d'ailleurs le sens dans lequel le prennent les astronomes, et sur quels éléments ils fondent leur opinion.

En apparence, il n'y a pas de chose plus capricieuse que la distribution des étoiles sur la voûte céleste. Elle défie toute hypothèse et toute fantaisie. Pourtant il doit y régner un certain ordre. Si l'on avait jugé capricieuses les positions des satellites de Jupiter ou de Saturne en les observant pendant une seule soirée, on aurait commis une erreur, parce qu'on ne connaissait pas leurs orbites de révolution. Croire que les étoiles n'ont pas d'autres dispositions que celles que nous voyons serait une erreur du même genre. Leur apparence est subordonnée aux orbites qu'elles décrivent dans l'espace, dans des temps incalculables pour la courte durée de nos générations; il ne sera sûrement jamais donné aux habitants de notre petite planète de démêler les lois de ce grand système.

Néanmoins il y a certaines formes générales que la science a découvertes et qui peuvent nous donner l'idée d'un certain ordre dans la distribution de ces masses dans l'espace.

Même pour l'observateur le plus inattentif, il saute aux yeux que les étoiles sont très-agglomérées dans certaines régions et très-rares dans d'autres. Si donc nous abandonnons la prétention de découvrir les lois des systèmes, et si nous nous contentons d'étudier leur distribution générale, notre recherche nous conduira à de nombreuses et importantes conséquences. Mais, avant d'en venir à des idées théoriques quelconques sur la distribution réelle, il est nécessaire d'examiner la distribution apparente.

Bien qu'il soit impossible de pénétrer complètement le mystère de la constitution du monde, néanmoins les travaux exécutés jusqu'ici sur une large échelle par les astronomes nous fournissent déjà de nombreux matériaux pour éclairer un peu notre ignorance. En pareille matière, nous devons toujours avoir devant les yeux la belle devise d'Herschel, suivant laquelle il faut éviter les deux extrêmes : d'abord de fabriquer les mondes à notre fantaisie, parce qu'ainsi nous n'arriverions jamais à connaître la nature, et que ce serait du temps perdu de s'en occuper; ensuite, de se montrer trop timide dans les conjectures, parce qu'ainsi on perd le fruit des observations qui doivent précisément vous conduire à connaître la composition et la structure de l'univers *.

Pour procéder avec ordre dans ce vaste sujet, nous examinerons : V la distribution apparente des grandes étoiles; 2° celle des étoiles moindres; nous analyserons les tra-

1. Herscliel, Philos, traus. 1785, p. 213, On the cojistruction of the Heavcns.

vaux les plus importants et les plus récents, qui n'ont pas encore la notoriété qu'ils méritent ; 3° la distribution réelle qu'on peut supposer existant dans l'espace, en comparant les résultats obtenus à l'aide des diverses hypothèses dont les astronomes ont fait grand usage jusqu'ici, avec ce qu'on peut déduire des recherches récentes d'un autre genre.

Page 1