VI NOTICE SUR LE P. SECCIII
fut appelé à Rome où il finit ses études classiques, s'adonnant surtout à la littérature grecque, et il fit même pendant un an le cours de grammaire au Collège Romain. Pendant ce temps, ses aptitudes pour les sciences s'étaient développées, et il fut chargé quatre ans de suite (1840-1844) de l'enseignement de la physique au collège de Lorette. Il n'avait pas encore pourtant trouvé sa voie, car il revenait alors à Rome et y commençait l'étude de la théologie, quand il fut chassé par la révolution de 1848 qui expulsa les jésuites et força le pape à se réfugier à Gaëte.
Le P. Secchi se rendit d'abord en Angleterre, à Stonyhurst, où son ordre avait depuis longtemps étabh un collège; puis ses supérieurs l'envoyèrent aux États-Unis, à Georgetown, près de Washington. Il y trouva un petit observatoire bien monté et où les R. P. Sestini et Curley avaient déjà fait quelques travaux; c'est là que, sous la direction du P. Curley, il commença à se vouer à l'astronomie. Il avait alors plus de trente ans, et jusqu'à ce jour son seul travail scientifique avait été un mémoire sur la mesure de l'intensité des courants électriques. Il ne fit pas, du reste, un long séjour en Amérique : son ordre était rentré à Rome avec le pape, et lui-même fut rappelé en 1850, pour être mis à la tête du petit observatoire du Collège Romain, illustré déjà par les travaux de Boscovich et de de Vico.
Le premier soin du nouveau directeur fut de reconstruire complètement l'observatoire, dont les instruments étaient insuffisants et l'emplacement défectueux. Il l'installa là où il est aujourd'hui, sur l'un des bras de l'église Saint-Ignace, et Je dota d'instruments nouveaux. Mais, sans même attendre la fin des travaux, il commença immédiatement quelques observations, parmi lesquelles il faut surtout citer celle de l'éclipsé de soleil du 20 juillet 1851 ; ce fut à ce propos, en effet, que le P. Secchi aborda l'étude du soleil, à laquelle il devait consacrer la plus grande partie de sa carrière.
Ayant pu se procurer un équatorial de Merz d'un pouvoir optique suffisant, le P. Secchi entreprit d'abord des recherches sur les étoiles doubles déjà observées par Herschel et
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Struve; il mesura de nouveau leurs positions réciproques dans le but de constater leurs mouvements, et revint sur ce sujet à trois reprises différentes, en 1856, 1866 et 1875. Aussi cette question, une des plus intéressantes, du reste, de l'astronomie stellaire, est-elle traitée avec le plus grand détail dans le dernier ouvrage du P. Secchi. Il analyse avec soin les résultats certains obtenus jusqu'à ce jour, rendant à chaque observateur la part qui lui est due, et dans la liste des savants qui ont apporté le plus de matériaux à cette étude, on ne peut guère lui reprocher que d'avoir oublié un seul nom, le sien.
En même temps, il profitait des qualités de son instrument pour étudier les nébuleuses, et il arrivait à résoudre en étoiles distinctes celles de la Lyre, d'Andromède et de l'Hydre, dont on trouvera les dessins dans son dernier ouvrage, avec ceux d'un grand nombre d'autres nébuleuses qu'il a également décrites.
Notons parmi celles-ci la grande nébuleuse d'Orion que le P. Secchi a minutieusement étudiée, et à laquelle il assigne une forme analogue à celle qu'avait indiquée Herschel, mais un peu différente en certaines parties de celle qu'on a déterminée à Cambridge et à Washington. Ces écarts sont, du reste , très - faibles et attribuables probablement à la différence de puissance des instruments employés pour ces études. Telle est en effet la conclusion à laquelle sont arrivés le P. Secchi et un grand nombre d'astronomes, sur cette grave question de la variabilité des nébuleuses; les différences que l'on remarque entre les dessins donnés par divers observateurs, doivent tenir à l'observateur lui-même et non à l'objet observé. Il paraîtrait inconcevable que, même au bout de quelques années, on pût apprécier un changement quelconque dans la forme d'objets dont la distance est telle, que leur lumière met plus de cinquante ans, peut-être un siècle, à parvenir jusqu'à nous. Si des changements ont lieu, il faudra probablement de longues séries d'observation^, peut-être des générations entières d'astronomes, pour les mettre nettement en évidence.
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L'année 1859 commença une ère nouvelle dans les études d'astronomie physique. Kirchhoff venait de démontrer que les raies noires observées par Fraunhofer dans le spectre solaire, étaient dues à l'absorption de la lumière par les vapeurs de corps simples dont on pouvait facilement déterminer la nature. Il retrouvait ainsi dans le soleil la preuve indiscutable de l'existence du fer, du titane, du calcium, du manganèse, de l'aluminium, du magnésium, du sodium, etc.
Cette brillante découverte amena l'attention sur les études spectroscopiques inaugurées par Fraunhofer, Lamont et Donati. Le P. Secchi fut, sinon le premier, du moins le plus ardent à suivre la voie qu'ils avaient tracée, et grâce à de nombreux perfectionnements qu'il apporta lui-même dans les méthodes d'observation, il alla bientôt plus loin que tous ses devanciers.
M. Rutherfurd avait montré déjà que toutes les étoiles ne donnent pas des spectres lumineux de même nature ; par des études continuées de 1863 à 1872, le P. Secchi parvint à ramener ces spectres divers à quatre types différents, qui correspondent probablement à des âges ou à des états différents des étoiles. Tandis que les unes semblent tout à fait analogues à notre soleil, d'autres paraissent sous un tout autre aspect que l'on peut sans trop de hardiesse attribuer, comme le fait le P. Secchi, à une température beaucoup plus basse. Le spectroscope pourrait donc indiquer non-seulement la composition chimique des astres, mais même en quelque sorte leur état physique.
Il n'est guère de questions d'astronomie stellaire sur lesquelles le spectroscope n'ait, du reste, apporté de nouvelles lumières. Appliqué à l'observation des étoiles variables, il permit de constater que, pour un grand nombre d'entre elles, le spectre lumineux changeait d'aspect avec le temps; la variabilité parait donc, dans ce cas, due à de réels changements qui s'effectueraient dans la constitution physique de l'astre