‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 132 sur 373 · ÉTOILES OBSERVÉES DANS LES PLÉIADES · texte numérisé non relu

ÉTOILES OBSERVÉES DANS LES PLÉIADES

Jusqu à rinvention des lunettes, vues ordinaires . . . ■ 6

Vues excellentes 7 à 10

Vues extraordinaires 14

Première observation télescopique, par Galilée (1610) 36

Carte de La Hire (1693) 64

— Jeaurat (1779) 103

- Wolf(1874) 625

ÀSTHONOMIB. — SUPPLÉMENT. 37

t90 LES PLEIADES

Il y a certainement plus d'un millier de soleils dans cette république. On n'a pas cessé d'en découvrir de nouveaux à mesure que les instruments employés ont eu une plus grande puissance de pénétration. La dernière carte ne va pas au delà de la quatorzième grandeur et s'étend sur un rectangle de 9 minutes de temps en largeur et de 90 minutes d'arc en hauteur^ dont Alcyone occupe à peu près le centre. Ce sont toutes les étoiles visibles, sur cette étendue, à l'aide d'un objectif de 31 centimètres d'ouverture. Les instruments plus puissants en montrent bien davantage, pénétrant jusqu'aux étoiles de quinzième et seizième grandeur.

Examinons en détail ce groupe si curieux. — Son étude vient de m'arrêter plusieurs semaines ^consécutives dans la rédaction de cet ouvrage : il ne sera pas sans intérêt de présenter ici les pièces de cette laborieuse enquête, mais elle est im peu longue, tout en étant résumée ici aussi succinctement que possible, et je demanderai la permission de l'imprimer en petits caractères afin de ne pas absorber une place trop étendue. Notre voyage céleste n'est pas encore fini.

Tout d'abord (commençons par le commencement), j'ai consacré principalement les belles soirées de septembre et octobre (1880) à Texamen attentif de ce groupe d'étoiles, et comme plusieurs vérifications valent mieux qu'une, quelques yeux différents des miens ont bien voulu me prôter leur concours. Un savant jésuite, dont la science déplore la perte récente, le P. Secchi, assurait que dans ces vérifications sur l'éclat et la couleur des étoiles, les astronomes avaient tort de dédaigner le jugement des yeux féminins. Je suis tout à fait de son avis.

n sera fort intéressant pour chacun d'essayer la portée de sa vue sur ce même groupe. Les yeux myopes ne distinguent là aucune étoile en particulier, mais seulement un amas nébuleux. Les vues ordinaires peuvent compter six étoiles,

ils voient ce groupe tel qu'il est représenté ici dans ce premier dessin \1^. 2^j. G8S SIX etoues sont :

!• Alcyone 3«,0

2» Electre 4,5

$• AUaa 4,6

4» MaTa 5,0

5« Mérope 5,5

6« Taygète 5,S

Les vues excellentes aperçoivent dix étoiles, et voient le groupe tel Pig.w.- Les six principale. Pléiade.. ^^^jj ^^ représenté /ïj. 203. Les

quatre étoiles ajoutées aux précédentes sont :

6rMi4t«r.

7« Externe au sud 6«,i

8» Pléione 6,3

9» Externe au nord 6,4

10» Cetono ^^

LES PLÉIADES

Enfin les vues très perçantes, ou les vues ordinaires aidées d'une jumelle,

•fl

Fig. S03. ^ Les dix pfffncipalM PldUuUM. Fig. 204. — Lm quatorze principales Pléladet.

parviennent à en découvrir quatorze et distinguent toutes les étoiles indiquées sur notre fig. 204. Les quatre nouvelles étoiles sont :

il« Au-dessous d'Atlas 6«,7 '

W Astérope (les deux réunies) 6,8

43* A gauche d' Astérope 6,9

14* Au-dessus d'Atlas et Pléione 7,0

Comme nous Tavons déjà vu, les principales de ces étoiles ont reçu des noms dès une haute antiquité, et ces noms sont ceux des filles d'Atlas, auxquels on a ajouté au xvi* siècle, Pater Atlas et MaUr PlHone , leur père et leur mère, que l'ingrate Mythologie avait laissés dans Foubli. Afin que chacun puisse facilement connaître ces noms et les appliquer directement à leurs astres respectifs, on les a inscrits ici sur un petit dessin spécial {fig. 205} qui ne contient que les étoiles nommées. La plus brillante est Alcyone,

qui est aussi ij du Taureau. «t «ac ^t ^ x «ix. a

^„ , ,, \. , Fig. Î05. — Noms donnés aux Pléiades.

Voici les positions exactes de ces neuf Pléiades, inscrites de l'ouest à l'est par ordre d'ascension droite

■ '•MtM

tir""

29i LES PLÉIADES

POSITIOlf àgtusllb (1880)

Atoantion droite DéoUnaiton

Celœno 3»»37-40* 23o54',7

Electre 37.45 23.44 ,1

Taygète 38. 4 24. 6 ,4

MaTa 38.41 23,59 ,8

Astérope 38.45 24.10,7

Mérope 39.12 23.34,4

Alcyone 40.21 23,44 ,0

Atlas 42. 2 23.41 ,2

Pléione 42. 3 23.46,2

La longueur de cette petite république, d'Atlas et Pléione k Gelsno, est de 4 minutes 23 secondes de temps, ou de 1* 6' d'arc; la largeur, de Mérope k Astérope, est de 36^. Dans le quadrilatère, la longueur, d'Alcyone à Electre, est de 36^ et la largeur, de Mérope k MaXa. est de 25^. Il semble que si Ton plaçait la pleine lune devant ce groupe de neuf étoiles, elle le couvrirait entièrement^ car elle parait k l'œil nu beaucoup plus grande que les Pléiades tout entières. Or il n'en est rien. Elle ne mesure que 31^ moins de moitié de la distance d'Atlas à Gelano; elle est à peine plus large que la distance d'Alcyone k Atlas, et tiendrait tout entière entre Mérope et Taygète sans toucher ces deux étoiles ! n y a là une illusion optique constante et bien curieuse. Quand la lune passe devant les Pléiades et ne les occulte que successivement, on a peine k en croire ses yeux.

Voyons maintenant ce que les anciens nous ont légué pour l'histoire de ce groupe classique.

Les Pléiades sont remarquées, nommées, observées, depuis plus de quatre mille ans, par les Chinois d'une part, et par les Égyptiens et les Ghaldéens d'autre part; Job les cite, au dix-septième siècle avant notre ère^ et Homère, comme Hésiode, au neuvième siècle. Eudoxe, Ératosthènes et Anaximandre en faisaient une petite constellation séparée du Taureau. Aratus, interprète d'Eudone, donne déjà leurs noms : « Electre, Alcyone, Celsno, Taygète, Stérope, Mérope et Mala. » Ce sont, ajoute-t-il, les filles d'Atlas. Elles sont au nombre de sept; cependant on n'en voit que six; « toutefois la septième ne peut pas tere perdue, car aucune étoile ne se perd. »

Ovide dit à son tour dans les Fastes :

c On compte sept Pléiades, mais six seulement se montrent d'ordinaire. »

Il cherche ensuite l'explication de cette variation d'éclat ; mais c'est, comme on va le voir, une fantaisie toute mythologique :

c Si la septième est cachée, c'est sans doute parce que six seulement ont reçu les baisers des dieux : Stérope a vu Mars honorer sa couche, Alcyone et la beÛe Celœno ont reçu Neptune en la leur; Maïa, Electre et Taygète ont passé tour à tour aux bras de Jupiter. Mérope, la septième^ a épousé Sisyphe, un simple mortel : elle en rougit et se cache de honte, o

Puis, comme si cette explication ne le satisfaisait pas tout à fait, le poète ajoute :

<( Après cela, celle qui est invisible pourrait bien être Electre, qui ne put supporter le spectacle de l'incendie de Troie et mit sa main devant ses yeux. »

Laissons la forme pour le fond. U n'en résulte pas moins pour nous ce fait qu'aux temps d' Aratus et d'Ovide on ne voyait ordinairement que six Pléiades, mais que la légende ou la tradition en comptait sept.

LES PLÉIADES W

uÀÊn

. iMttllJ*.

uainu.

Si 068 sept étoiles éCldent bien celles gui portent encore ces noms aujoord'hui, Atlas était alors moins brillant que de nos jours, et Astérope (nom dérivé de Stérope) pouvait être la septième, la plus petite des sept.

Hais voici des documents à la fois plus importants et plus embarrassants.

Ptolémée, contemporain d'Ovide, ne signale dans son catalogue que quatre Pléiades. On doit penser que c'étaient les plus brillantes, et Tintérét actuel pour nous est de chercher à les identifier. Les voici, avec les positions en longitude et latitude données par Ptolémée :

A La boréale du cdté occidental.. . .

B L'australe du même côté

0 Au sommet suivant et le plus étroit.

D L'externe et petite du côté du nord.

Pour trouver quelles sont celles de nos Pléiades actuelles qui correspondent à celles-là, il faut calculer la longitude et la latitude actuelles de ces étoiles; piiiSi comme la précession des équinozes n'altère pas les latitudes, mais fait rétrograder les longitudes de 1* en 71 ans et demi, et les a reculées de 24^ 28^ pour les 1750 ans qui s'étendent de notre époque (1880) à celle de Ptolémée (130), il faut retrancher cette quantité des longitudes actuelles pour obtenir les positions correspondantes à l'époque de Ptolémée. Voici les résultats de ce calcul :

LomiUiét. LaUlidè.

L'a» 1S80. Vêm 180.

Electre 57o44' 33M6' 4M0'

Celaeno 57.46 33.18 4.21

Taygèto 57.54 33.26 4.31

Maïa • 58. 0 33.32 4.23

Méropc 58. 1 33.33 3.56

Astérope 58. 5 33.37 4.34

Alcyone 58.49 33.51 4. 2

Atlas 58.41 34.13 3.54

Résultat fantastique : il n'y a aucune correspondance entre ces positions et celles de Ptolémée. Pour mieux juger de la divergence vraiment surprenante qui se manifeste entre les deux états, traçons sur une même figure nos Pléiades calculées comme elles viennent de l'être et celles de Ptolémée [fig. 206). Los quatre étoiles de Ptolémée sont toutes

extérieures à la figure moderne. Est- | jy <i Tu m ju m w V^\ <b a j, y F i ce à dire pour cela que Ptolémée ou Hipparque ont bien observé, et que leurs étoiles existaient réellement Ui, tandis que les nôtres n'existaient pas?Non, assurément, car d'une part nous savons qu'il y avait déjà six ou sept Pléiades, et d'autre part, la rédaction de Ptolémée concorde assez bien avec la réalité, si ses mesures ne ooncordentpas. Sa première étoile est c la boréale du côté occidental »; ce doit être Taygète. La deuxième est « l'australe du même côté » ; ce doit fitre Uérope. La troisième est t au sommet suivant et le plus étroit •; ce doit être

Fis. 906.-LatPiéiadet de Ptolémée.

294 LES PLÉIADES

Atlas. Quant à la quatrième, « externe du côté du nord », elle est tout simplement introuvable.

n n'7 aurait rien de surprenant à ce que les anciens, dépourvus d'instruments de précision,eussent dans leurs mesures icarU ces étoiles les unes des autres» et à la rigueur on peut admettre que les trois étoiles marquées ici des lettres ABC sont celles de Ptolémée. Mais il s'en suivrait que la plus brillante de nos Pléiades, Alcyone, n'était pas remarquable à cette époque-là, et qu'Electre était également moins brillante que de nos jours. La plus brillante était alors l'externe du nordy actuellement introuvable, et encore, par surcroît d'incohérence, Ptolémée l'appelle petite^ et la fait plus grande que les autres, de quatrième grandeur!

N'y aurait-il pas eu quelque erreur de transcription dans les copies de VAlma^ gestûj qui pendant quatorze siècles ont précédé l'invention de l'imprimerie? On peut d'autant mieux le soupçonner, que sur les huit nombres des longitudes et latitudes de ces étoiles, il y en a quatre qui répètent le même chiffire (3* 400- N'avons-nous aucun moyen de contrôler les faits? L'histoire de l'astronomie est muette là-dessus pendant neuf cents ans; mais au dixième siècle l'astronome persan Abd-al-Rhaman al-Sûfi déclare qu'il donne la description du Ciel tel qu'il Cobserve lui-mime; et en effet, chaque fois qu'il remarque une différence entre Ptolémée et lui, il ne manque pas de la signaler. J'avais donc l'espérance de trouver en lui quelque éclaircissement du mystère; mais il se trouve que luimôme ne signale que quatre Pléiades, qu'il considère comme étant les mômes que celles de Ptolémée. Les voici :

Cnaétif, I.tnttili- LAtitadt.

A La plus boréale du côté antérieur 5« 44*52' 4*3(K

B La méridionale du même côté 5 45.12 3.40

C Ausommetsuivantetdansrendroitleplusétroit. 5 46.22 3.20

D Hors de leur côté boréal, petite brillante.. . . 4 46.22 5. 0

Sûfl a ajouté 12*^42' aux longitudes de Ptolémée pour les amener à son époque. Je ne pense pas qu'il les ait mesurées ^ mais il les a observées et trouvées telles que

Ptolémée les avait vues. « Il est vrai, re« ^, ^ marque-t-il, que les étoiles des Pléiades sont

au nombre de plus de quatre; mais je me borne à citer celles-ci, parce qu'elles sont très proches l'une de l'autre et que ce sont les plus apparentes, v

Reconstruisons une double figure, comme précédenunent, afin d'examiner de nouveau la môme correspondance : nous trouvons que, pour l'aspect général du groupe, c'est encore Taygète, Mérope et Atlas qui se rapprochent des trois premières étoiles de Sûfl. Quant à la quatrième, « la petite wt orrr r «iai a a a^n . ,x . . brillauto au uord », elle est tout aussi in-

Flg. 207. — Les Pléiades de Sûfl {i* siècle . ^ , , , ' , ^ , , ,

trouvable que dans lexemple précédent. — La conclusion est la môme pour l'écartement; car, depuis Ptolémée, ce sont les mômes instruments rudimentaires qui étaient restés en usage. Elle est aussi la môme pour l'observation entière du groupe: 1* les mesures n'ont pas unegiandé

LES PLÉIADES

précision et les erreurs peuvent dépasser un degré; 2* la plus brillante des Pléiades n'était pas Alcyone. A moins d'admettre que Hipparque, Ptolémée et Sûfl n'ont pas su voir et reproduire ce groupe comme un enfant saurait le foire aujourd'hui, nous sommes forcés de conclure que de grands changements se sont opérés dans cette région du ciel. Ce n'est pas le groupe qui a tourné, en amenant Alcyone du nord à l'est, et ce ne sont pas non plus les étoiles qui ont changé de place, car les mouvements propres sont assez bien déterminés aujourd'hui pour que nous sachions que depuis mille et deux mille ans les déplacements n'ont pu être qu'insensibles. C'est l'éclat qui a pu et qui a dû varier.

Quelle pouvait être cette quatrième étoile, alors plus brillante que les autres? n y a actuellement au-dessus du groupe, à 53^ de déclinaison au nord d' Alcyone et à 34' d'ascension droite plus à l'ouest, une étoile de ?• grandeur, qui correspondrait assez bien à la position de Ptolémée et Sùfi, par 5* de latitude et sur la même longitude qu'Atlas- C'est sans doute là notre mystérieuse inconnue. BUe n'est pas dans le catalogue de Lalando (1800), ni dans celui de Piazzi (1800), ni dans cdui de d'Agelet (même époque), ni dans celui de Bessel (1825), ni dans celui d'Armagh (1829-1854), ni dans celui de Washington (1845-1877), ni dans ceux de Raddiffe, ni dans ceux de Rumker, ni dans le B. A. C, ni dans Bradley, ni dans Flamsteed, ni dans les observations de Greenwich, ni dans celles de Paris Cependant elle a été observée par Argelander, elle est gravée sur son grand atlas, et c'est le n* 571 de sa zone + 24% par 3>»39»27' et 24^32',2 (1855). On la trouvera sur notre fig. 208, qui est une reproduction de cette partie de la carte d' Argelander corres- *~^ - '^"^'""""^ ' ' ■ '

pondant à cette région du ciel, et qui nous montre les environs des Pléiades en même temps que les Pléiades elles-mêmes. L'étoile dont il s'agit est entourée d'un petit cercle. Je l'ai observée récemment et l'ai trouvée de V grandeur : elle est sur le prolongement d'Electre à Maïa ; au delà, sur le môme alignement, on en voit une de 6*. — Elle est aussi sur la carte des Pléiades de Lahire (1693) et sur celle de Cassini (1708). C'est probablement là une étoile variable, et U n'est pas impossible que ce soit la brillante

des anciens. . . -,. v o^o i^

Mais continuons notre enquête. Quatre cent soixante-dix ans après Sûfl, le

petit-fllsde Tamerlan, Ulugh-Beigh, obsei-vant le ciel à son tour, ne signale.

Id aussi, que quatre Pléiades, qu'il décrit dans les termes suivants :

GnaàêWT, LM>gitii4«.

A A l'extrémité boréale du côté précédent 5« 52«1'

B A rextrémité australe du même côté 5 52.16

0 A l'extrémité suivante, au lieu le plus étroit . . . • 5 52.49

D Externe, petite, au côté boréal ♦ &^-^«*

FIg. 206.— Les environs des Pléiades.

LES PLÉUDE8

C'est toujours la description de VÀlmageste qui se continue, et cependant Ulugh-Beigh déclare, comme Sûfl, qu'il a observé lui-même Tétat du ciel et corrigé les erreurs de Ptolémée. Les positions ne sont pas les mêmes, et elles se rapprochent davantage de l'état moderne. Construisons, comme précédemment,

une figure comparative et examinons-la.

On voit au premier coup d*œil que la figure d'Dlugh-Beigh est un peu trop basse et un peu trop à gauche, autrement dit un peu trop au sud-est. Quant à Tidentification, je laisse au lecteur le soin de trouver luimême quelles sont les étoiles qui corres* pondent le mieux. On croirait presque que la figure s'est tournée de près d'un angle droit.

Copernic vient à son tour (1540). C'est toujours la même description littéraire à peu près:

Fig. 209. - Lm Pléiadet d*Ulugh-Beigb (XI* siècle).

A A Textrémité boréale du côté précédent 5« 55<»30'

B A l'extrémité australe du même cêté 5 55.50

G A l'angle le plus aigu, et suivant 5 57. 0

D La petite, séparée des extrêmes (ad extremis eectà). 5 56. 0

Gns^MT* ÏAWgHiêà» LtliU^t.

Les positions sont encore plus incohérentes que précédenunent, comme on peut en juger par la fig. 210, que j'ai tracée à la même échelle que les précédentes.

Ce serait peine perdue d'essayer aucune identification : les positions ne correspondent même pas au texte de la description ! Il est certain que l'immortel astronome n'a pas fait ici d'observation personnelle; il a seulement reproduit le Catalogue de Ptolémée en faisant la correction de précession et avec des fautes nouvelles. Cette figure ne ressemble pas plus aux Pléiades qu'à n'importe quoi.

Il faut avouer que cette enquête est véritablement remarquable en surprises désagréables. Mais ayons de la persévérance et continuons.

Tycho-Brahé observe le ciel, restaure l'as-

-.. «.. , «w. . . ^ s tronomie sidérale et nous donne la descrip- Fig. 210. — Les Pléiadas de Copernic .. . ^ •. «

(XVI* liède). tion smvante du même groupe :

GnB4«ir. LMiciUi4«.

!• L'occidentale des trois brillantes 5«

2« La petite, proche de l'occidentale 6

3« Au milieu» et la plus brillante 3

4* Celle qui est à la pointe, à Test 5

4Mi'

LES PLÉIADES

Id, Alcyone parait pour la première fois. Nous commençons enfin à appro-

cher de la réalité, comme on peut en juger par notre diagramme comparatif {fig. 211). La première, la troisième et la quatrième étoiles de Tycho-Brahé sont évidemment Electre, Alcyone et Atlas ; les positions coïncident à une minute d'arc près, ce qui est vraiment extraordinaire, quand on songe aux instruments employés avant rinvention des lunettes. Voici, en efTet, les positions de ces trois étoiles, calculées pour Tan 1600, et celles de Tycho

Fig. 211.- lAê Pléiadat de Tycho (1500).

Ungitiidt

Electre 53M9'

Alcyone 54.24

Atlas. 54.46

Ti.fc.

uImM*

Ti<to

MlMlU TyelM

4.6 5 Cette harmonie nous rafraîchit un peu, après tous les tracas par lesquels nous

venons de passer; en arrivant ici, nous éprouvons un peu la sensation du cahne après rorage, du paysage clair et parfumé après la poussière, du ciel pur après les nuées sombres et la tempôte. Les grandeurs mêmes de ces étoiles sont satisfaisantes. Il y a une erreur de 4' en longitude et de 6' en latitude pour sa deuxième étoile qu'il annonce comme « proche de l'occidentale » , ce qui ne convient guère à Mérope, car elle n'est pas plus proche d'Electre que d' Alcyone, au contraire. Nous serions conduits à admettre que cette étoile n'est pas Mérope, mais le n* 7 de Bessel (120 de Wolf ), qm correspond exactement à la position de Tycho, si justement, vers la môme époque, Moestlin, le maître de Kepler, n'avait vu et mesuré dans les Pléiades les onze étoiles reproauites {fig. 212), où Ton voit Mérope à da place ei non l'étoile n» 7 dont nous venons de parler. Cette carte ancienne des Pléiades a été faite il y a trois cents ans, le 24 décembre 1579; elle correspond d'une manière remarquable avec l'état actuel du ciel. L'étoile du bas doit être notre n* 7 {fig, 203) et Tétoile du haut doit être notre n« 9. Moestlin n'a pas indiqué les grandeurs.

Nous pouvons considérer cette carte comme la plus ancienne que les annales de l'astronomie nous aient conservée.

Pourquoi Tycho n'a-t-il signalé que quatre Pléiades? Sans doute parce que, les observant à propos d'une occultation, il n'a eu que ces quatre à mesurer. ^^^' ^*^- - ^^ PWadai do Bayer (1630}

Tycho-Brahé, qui a calculé les positions de son Catalogue pour l'an 1600,

ASTRONOMIB SUPPLÉMENT. 38

Fig. 212. - Les Pléladea de HoesUin (1571»).

298 LB3 PLÉIADES

observait vers Tan 1590. En 1603, Bayer publiait, dans la carte de son Atlas, consacrée au Taureau, le petitdessin des Pléiades, reproduit ici (fig. 213) : il correspond

à peu près exactement à ce que nous voyons aujourd'hui. Taygète est un peu plus petite que Mala.

En 1610, Galilée dessina la première carte des Pléiades vues dans une lunette, et il la publia plus tard dans son Nuntius Sidereus ou Courrier du Ciel. Elle comprend 36 étoiles, comme on le voit dans la reproduction ci-contre {fig. 21 i).

Leur position correspond bien à Tétat actuel, quoique MaTa soit un peu trop haut et Celœno beaucoup trop bas. L'étoile la plus brillante est Alcyone, de quatrième gran- Fig. 214. - lm Pléiades da Oaïué* (1610). deur ; Atlas, Méropo, Maïa, Taygète

et Electre sont de cinquième; Pléione et les deux Astéropes sont de septième; Gelaeno est de sixième. On en voit une autre, non loin d'elle, de môme grandeur ; deux au sud (les n"^ 11 et 7 de notre fig. 204), et deux au nord (le n"" 13 de notre dessin et une autre). D'après le dessin de Galilée, Pléione eût été alors moins brillante que Celsno et que notre n« 11 (FI. 26); c'est le contraire aujourd'hui.

On trouve dans VAlmagestum Novum de Riccioli (1651), au chapitre De StelUs fixis, p. 399, une description du groupe, dans laquelle il est dit que la plus brillante du quadrilatère est Maïa, mère de Mercure, de troisième grandeur. Viennent ensuite, dit-il, formant avec elle le quadrilatère, Stérope, Taygète et Gelaeno; puis Electre, Mérope et Alcyone. Il faut croire qu'à cette époque les noms étaient distribués autrement que de nos jours, car nous venons de voir, par les observations de Tycho, Bayer et Galilée, que c'était bien alors notre Alcyone actuelle qui était la plus brillante. Riccioli ajoute : a Michel Florentins Langrenus les a observées et en a fait le dessin exact, qu'il m'a envoyé et sur lequel il a ajouté deux étoiles jusqu'alors innommées, qu'il a appelées Atlas ctPIéione. Je ne sais si ce sont celles que Vendelinus prétend avoir observées comme nouvelles. » Riccioli, malheureusement, ne publie pas ce dessin. Dans son Astronomia refor* mata (1665), il donne (p. 266) les positions des étoiles du groupe, nommées comme nous les nommons aujourd'hui. Les voici, avec les longitudes et les latitudes calculées, dit-il, pour l'an 1700 :

Grindtor.

Electre 5«

CelaBno 7

Taygète 5

MaTa 6

Mérope 5

Astérope 7

Alcyone 3

Atlas 6

LoMgttud*

Lalilodi

LES PLÉIADES

S6^ SSl

Les longitudes sont en moyenne de 30^ trop faibles, et correspondent, non pas à Tépoque de 1700, comme le disent tous les Catalogues, mais à trente-six ans auparavant, à raison de 50*,3 par an. Cette date (1664) est précisément celle de la rédaction de l'ouvrage. Seulement l'auteur a avancé Alcyone, qui se trouve à

peu près à sa position pour 1700 ; et j^g ^^

il n'a fait que pour cette étoile son calcul de précession, de sorte que si Ton dessine les Pléiades avec les nombres de Ricdoli, Alcyone vient se placer à gauche d'Atlas, en dehors du groupe, comme on le voit {fig, 215). Le plus curieux est que, en reproduisant ce Catalogue, depuis deux siècles, les astronomes ne se soient jamais aperçus de la transposition.

Ricdoli a fixi vers cette époque Fig.tu. — LetPiéUdMdeBiooiouueoi).

les noms donnés aux Pléiades. Nous

devons remarquer toutefois qu'il avait donné le nom d'Astérope, non pas à l'étoile double qui le porte aujourd'hui , et située de son temps par 65n'

et 4*34', mais à l'étoile située entre Taygète et Maïa, aujourd'hui de neuvième grandeur et notée alors de septième.

Vers la môme époque, Hévélius décrit aussi ce groupe si célèbre et donne les positions suivantes pour l'an 1660 :

Gr.

La brillante 3*

A Tangle occidental . . 5

A l'angle oriental.. . 6

Précéd . la brillante . . 6

La préc. des inférieur . 5

La suivante des infér. 5

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