CASTOR ET POLLUX
sidérale, comme elles le paraissent par leur rapprochement dans le ciel et par leur similitude. Cette opinion n*avait| en effet, rien que de très naturel et de fort plausible. Mais nous sommes aujourd'hui forcés de l'abandonner, car leurs mouvements propres déterminés d'une part par les observations méridiennes et d'autre part par les expériences spectroscopiques montrent là deux destinées absoliunent étrangères Tune à l'autre. La projection du mouvement propre sur le plan de la sphère céleste , c'est-àdire à angle droit sur notre rayon visuel, n'indique pas encore une différence essentielle, car elle nous donne :
MOUVEMENTS PROPRES DE CASTOR ET POLLUI •■ •M«a*ioB 4roiU. •■ décliMÛMm.
Castor — 0«0i3 — 0'08
Pollux - 0,048 —0,06
Fig. 231. — Mouvements propres de Castor et Pollux.
ce qui, dessiné sur le plan de la sphère céleste, se traduit par les deux flèches tracées sur la /îg. 231.
Pollux marche beaucoup plus vite que Castor et vogue plus directement vers l'ouest.
Mesuré dansle sens du rayon visuel, par le spectroscope, lo mouvement de chacune de ces deux étoiles se différencie plus radicalement encore, attendu que Tune d'elles (Castor) s'éloigne de nous, tandis que l'autre arrive vers nous dans le sens du rayon visuel. La vitesse de la première parait être de 45 kilomètres par seconde, et la vitesse de la seconde de 64. Sous cet aspect spécial, les deux étoiles suivent le mouvement indiqué sur notre fig. 232. En réalité, elles décrivent l'une et l'autre une ligne oblique, qui est la résultante des deux composantes horizontale
Fig. 232. — Mouvements de Castor et Pollux dans le sens du rayon vUueL
et verticale, mais que nous ne pouvons pas encore tracer exactement, parce que si la composante verticale peut être estimée en kilomètres, il n'en est pas de même de la composante horizontale, qui n'est donnée qu'en vitesse angulaire, puisque nous ne connaissons pas la distance de ces deux étoiles.
Castor est Vune des plus belles étoiles doubles du ciel ; c'est en même temps l'un des systèmes orbitaux les plus remarquables, et c'est le premier qui en 1804 ait fait constater à William Herschel le mouvement révolutif de deux étoiles l'une autour de l'autre, soupçonné, deviné, affirmé théoriquement, mais non démontré avant lui. Les deux étoiles sont de deuxième à troisième grandeur (2,5 et 3,0), très brillantes dans le champ du télescope, et à 5*^,6 de distance angu» laire, ce qui permet le dédoublement pour des instruments de faible puissance. Je vous en supplie, ne laissez pas passer la première occasion qui vous sera offerte de diriger une lunette vers cette étoile comme vers K de la Grande-Ourse. C'est là une observation charmante, et qui plonge toujours dans un étonnement bien légitime. Par une association d'idées anciennes, il arrive assez souvent que l'observateur novice nomme tout de suite les deux composantes Castor et PoUux. Il importe de ne pas laisser cette erreur se prolonger.
La première observation de ce beau couple a été faite en 1718 par Bradley et Pound, qui estimèrent que la direction des deux étoiles était parallèle à une ligne menée vers PoUux en laissant x à Touest. L'année suivante ils recommencèrent l'expérience et trouvèrent cette direction absolument parallèle à une ligne tracée de x à <j. Cette direction correspond à un angle de 356*.
Depuis cette lointaine époque, Castor a été l'objet d'une attention constante et d'une prédilection sympathique de la part des astronomes, et nous possédons plus de deux cents mesures, qui montrent à la fois la nature de Torbite et la lenteur avec laquelle elle est parcourue. Le mouvement peut se résumer ainsi :
DATES AlfOLB DISTANCE OESBRYATEUM
1719 356» 5'1 Bradley, PouDd.
1759 327 5 } Bradley, Maskelyne.
1779 303 5 i Chr. Mayer, William Herschel
1802 281 5 i William Herschel.
1820 267 5,4 J. Herschel, South.
1830 260 4,6 W. Struve, Dawes, Smyth
1840 254 4,9 Dawes, O. Struve, Kaiser.
1850 248 5,0 Madler, Jacob, Fletcher.
1860 243 5,3 Wrottesley, Powell, Secchi.
1870 238 5,6 Dembowskl, Talmage, Duner.
1880 234 5,C Wilson, Flammarion, Doberck.