LE CORBEAU
augmenté d'éclat depuis les anciennes observations, et même depuis le siècle dernier ; il est probable qu'au temps de Bayer, les quatre premières étoiles étaient de troisième grandeur comme anciennement : / aura augmenté d'une demi-grandeur, mais elle oscille, puisqu'en 1831 elle était moins brillante que |3 ; a aura diminué d'une grandeur entière, d'autant plus qu^elle est aujourd'hui plus petite que t , à l'opposé de ce qui existait au temps de Tycho et de Bayer. (U me semble qu'en augmentant d'une grandeur les notations de Bayer, on explique une partie des divergences.)
L'étoile 23675 Lalande varie également sur une certaine amplitude, car Heis l'a estimée de cinquième, Argelander de sixième, Lalande de septième, et Piazzi ne l'a pas vue du tout. Elle est en ce moment (24 mai 1881) de 5,8. C'est une étoile double qui paraît composée actuellement de deux astres de 6*|, écartés à 5'' 8. Très beau couple.
Près de cette étoile, à l'ouest et entre deux autres marquant à peu près le nord et le sud, on admire un beau triangle équilatéral dans l'intérieur duquel brille une belle petite double — qui devient même triple avec un grossissement suffisant. L'étoile au nord de ce triangle céleste est double aussi, et suivie par deux autres en ligne droite avec elle.
L'étoile 23726 Lalande, actuellement de septième et demie, présente les mêmes témoignages de variabilité que sa voisine : Heis l'a observée à l'œil nu et estimée de cinquième grandeur, tandis que Gore en 1875 ne la voyait que de huitième. Elle est, comme la précédente, absente du catalogue de Piazzi.
C'est assurément là une région remarquable en variabilité.
Il y a là aussi une variable dont la période est connue, R du Corbeau, qui oscille de 7 à 12 en 318 jours; son dernier maximum est arrivé le 10 juin. Cette variable se trouve par 12^ 13" et — 18* 35' de déclinaison, à 2^ au sud-est de y. Elle est rougeàtre. Les étoiles a et ^ sont également rougeàtres.
Signalons encore, comme étoile double, l'étoile d : 3* et 9*, à 2V. La petite est très difficile à bien voir.
Telles sont les étoiles les plus intéressantes de cette longue province de l'Hydre, de la Coupe et du Corbeau.
Ptolémée a ajouté à sa liste deux «fxop^pami, ou « informes » extérieui-es à la pro«» vince : la première s'accorde, à un degré près, avec l'étoile 30 Licorne sur laquelle nous nous sommes arrêtés naguère; mais la seconde est introuvable. Ptolémée, Sûfl et Ulugh-Beigh en donnent les positions suivantes .
540 L'irVBRE. - LE CHAT DE LALANDE
Ptolémée (130). . . ii* 0' — iS* 0' 3*
6ûfi(960) 4«23 42 — 16 0 4
Ulugh B6igli(1430). 4 29 4 — 10 12 4
Les poBitioiis de Ptolémée et Sûfl donnent pour notre époque :
155»28' — lO*©'
ce gui correspond à une région du Sextant où il n*y a aucune étoile, non seulement de troisième grandeur, mais même de guatiiëme ou de cinquième (à peu près au milieu du chemin entre X de THydre et 15 du Sextant). Devons-nous en conclure que cette étoile ait disparu du ciel f Un tel événement serait grave. Cherchons encore. Ulugh-Beigh donne pour latitude— lO* 12' au lieu de — 16* 0'. Eh bien I c'est la position de l'étoile 15 Sextant. Et cette position correspond avec le texte de Sûfi qui dit qu'elle se trouve au nord de X et presque au milieu do la distance de cette étoile à Régulus. Ce qui nous montre, comme déjà nous Tavons remarqué dans im cas analogue, que Sûfl a inspecté le ciel sans prendre les mesures à l'astrolabe, tandis que Ulugh Beigh a personnellement tout remesuré.
Constatons, à ce propos, que les comparaisons que nous avons eu Toccasion de faire dans le cours de cet ouvrage nous conduisent à conclure que depuis Ptolémée jusqu'à Ulugh-Beigh , c*est-à-dire pendant 1300 ans, les Arabes n'ont point remesuré les positions abso* lues des étoiles sur la sphère céleste : ils se sont contentés d'adopter celles du Catalogue de Ptolémée, toujours recopiées, avec les erreurs qu'elles pouvaient comporter. Il en a été de môme des chrétiens qui, pendant ces treize siècles, avaient complètement négligé l'étude du véritable ciel : le premier Catalogue d'étoiles original est celui de Tycho-Brahé (1580-1600).
On n'a pas été sans remarquer, sur notre fig. 340, au-dessous de l'Hydre, un Chat. C'est le Chat de Lalande, dessiné pour la première fois sur cette carte XIX de Bode, publiée en 1799. € U y avait déjà trente-trois animaux dans le ciel, dit Lalande; j'en ai mis un trentequatrième. }» L'astronome français avait une prédilection particulière pour les chats (et encore plus pour les araignées, qu'il mangeait, dit-on, avec le plus succulent plaisir); mais cette dernière constellation est plus que superflue, et elle a disparu d'elle-même des cartes modernes. — C'est la dernière qui ait été créée. — Les petites étoiles qui avaient servi à l'organiser sont retournées à l'Hydre et à la Afac/iine pneumatique.
Cet appareil scientifique a été placé là par Lacaille, comme nous l'avons vu, et formé à l'aide de petites étoiles isolées entre le Navire et l'Hydre. L'auteur de cette constellation moderne a désigné, comme Bayer, les plus brillantes par les premières lettres de l'alphabet grec.