ÉTOILES DOUBLES DANS LE TAUREAU
Toutes ces étoiles variables, sur lesquelles nous venons d'appeler l'attention, se signalent particulièrement aux amateurs, qui bien facilement peuvent vérifier à l'œil nu l'état du ciel étoile, noter les éclats Irelatifs et constater eux-mêmes les variations lentes ou rapides qui peuvent se produire. Rien n'est plus intéressant, du reste, que de s'exercer ainsi, pendant les belles nuits d'automne ou même d'hiver, à reconnaître les étoiles d'une constellation comme celle-là, à estimer les grandeurs et à inscrire les principales par ordre d'éclat, en commençant par la plus brillante. C'est un exercice scientifique, et c'est en même temps un exercice philosophique qui fait vivre nos intelligences au milieu des grands horizons du ciel.
Il y a dans le Taureau, outre X, dont nous avons déjà parlé, cinq variables régulières connues : R, S, T, U, V. Mais ce sont toutes des étoiles télescopiques, qui ne peuvent être suivies qu'à l'aide d'instruments assez puissants.
Les étoiles doubles de cette constellation se font d'abord remarquer, comme nous l'avons vu, par les couples très écartés signalés plus haut, notamment par celui de 6' et 0^, perceptible à l'œil nu. Los deux étoiles sont de quatrième grandeur (4,2 et 4,5) et forment^ un beau couple pour une jumelle. Leur distance est considérable : 337" ou 5' 37% un peu plus grande que celle de e Lyre (207"), mais cependant beaucoup moins que celle de Mizar et Alcor (il' 48" ou 70S"). Il est certain que ces deux soleils forment un système stellaire, car depuis la première mesure faite par Flamsteed en 1696, la position relative des deux étoiles n'a pas varié du tout (toujours 346" et 337"), quoique l'étoile principale soit animée d'un mouvement propre assez rapide. Comment regarder maintenant ce couple, si facile à reconnaître à l'œil nu, sans songer que ces deux modestes étoiles sont d'énormes soleils qui roulent ensemble dans l'immensité, emportant au sein des profondeurs insondables les destinées confiées à leur puissance?
Moinsbrillants, mais non moins intéressants,semontrentles couples
de ff' <7\ composé de deux étoiles de cinquième grandeur, écartées à 430"; et de k' )c% composé d'une étoile de cinquième grandeur et d'une de sixième, écartées à 340". Observations faciles à faire pour les commençants. Une jumelle suffit. Entre x' et y.\ il y a une petite étoile double très serrée.
A l'aide d'une petite lunette, on peut observer t, de quatrième grandeur et demie, dont le compagnon , de huitième grandeur, brille à 62" de distance; ainsi que l'étoile 88 d, de même éclat, dont le compagnon, un peu plus faible encore, brille à 68".
ALDFJBARAN
9 est un peu moins facile : 6° et 8° |, à 56". x forme un couple un peu plus serré et fort élégant : 6^ et 8% à 19".
39 A*, à l'est de A, au tiers de la distance entre les Pléiades et Aldébaran, est une étoile triple, de sixième grandeur et demie, cà peine visible, accompagnée de deux de 9% l'une à 26", l'autre à 37". Groupe de perspective intéressant; la troisième étoile se rapproche en ligne droite de la première.
111 (près de 119, au sud de ç) : 6* et 9% à 75"; mouvement rectiligne de la petite étoile : groupe de perspective. ' Nous inscrivons ces observations par ordre de difficulté, et nous
Fig. 199. - L'étoile triple 39 A- du Taureau. Ffg. 200. - Aldébaran et son co.npagrion.
compléterons cette liste par Aldébaran lui-même, qui laisse apercevoir à côté de lui un petit compagnon de onzième grandeur, très difficile à distinguer , non seulement à cause de son exiguïté, mais aussi à cause de l'éclat fulgurant de cet ardent soleil, qui éclipse tout le ciel environnant. Il faut une bonne lunette pour reconnaître nettement ce petit compagnon. Sa distance est pourtant de 115".
Depuis la première mesure, faite par William Herschel en 1781, cette distance s'est élevée de 95" à 115". L'angle est de 36% avec un léger déplacement vers le nord, et ce mouvement s'explique par une ligne droite tirée vers 26% avec une vitesse annuelle d'environ 0", 15.
Il serait naturel d'attribuer ce mouvement relatif de la petite étoile au mouvement propre d'Aldébaran lui-même, qui passerait ainsi devant une lointaine étoile, fixe au fond des deux. C'est ce que les astronomes ont admis jusqu'ici. Mais^ en mesurant ce groupe en