ALDÉBARAN
1877 ('), je n'ai pas trouvé le compagnon juste où il aurait dû être si vraiment son déplacement n'était dû qu'au mouvement propre d'Aldcbaran, qui est parfaitement connu aujourd'hui, mais un peu plus à l'est, ou plutôt au sud-est, comme s'il était emporté lui-même dans l'espace par un mouvement particulier. On jugera du fait par l'examen du petit tracé ci-dessous {fig. 201), qui montre la direction et la vitesse du mouvement propre d'Aldébaran, ainsi que la direction et la vitesse du mouvement observé sur le compagnon. Ces mesures sont très difficiles, à cause de la faiblesse de la petite étoile, et nous ne sommes pas absolument sûrs de celles d'Herscliel , dont l'appareil
Fig. 201. — Mouvement observé sur le compagnon d'Aldébaran.
micrométrique était loin d'être aussi parfait que ceux d'aujourd'hui. Autrement, l'angle de 1781, comparé à celui de 1836, aurait suffi pour prouver que le mouvement du compagnon n'est pas parallèle et contraire à celui d'Aldébaran, ce qui devrait être si la petite étoile était absolument fixe et si la grande seule était en mouvement. Mais la mesure de Struve, en 1836, est assurément très précise, et je crois pouvoir affirmer avec la même confiance la précision de la mienne en 1877, car je l'ai précisément recommencée et vérifiée à cause du
(') Voy. mon Catalogue des étoiles doubles en mouvement, comprenant toutes les observations faites sur chaque couple depuis sa découverte, p. 25 et 161.
RICHESSES DE LA CONSTELLATION DU TAUREAU 28't
désaccord. Si donc nous traçons, à partir de 1836, une ligne parallèle et contraire au mouvement d'Aldébaran, c'est cette ligne (ponctuée sur la figure) que la petite étoile aurait dû suivre. Au contraire, elle marche suivant la ligne pleine tracée de 1836 à 1877. En résumé, voici les deux mouvements :
Aldébaran :
Direction =^ 156°; vitesse séculaire = 19". Petite étoile :
' Direction = 2C°; vitesse séculaire = 15".
(Au lieu de 336° et 19", parallèle et contraire au mouvement d'Aldébaran.) Il en résulte que cette petite étoile est animée elle-même d'un mouvement sensible. C'est la première fois qu'on découvre un mouvement propre dans une étoile aussi faible.
A toutes ces curiosités, ajoutons maintenant les amas d'étoiles qui enrichissent cette constellation. Nous ne nous étendrons pas sur les Hyadcs, attendu que les étoiles qui composent ce groupe sont si écartées, que leur association disparait aussitôt qu'on essaye de les observer au télescope ; une jumelle suffit amplement pour les faire apprécier complètement. Cependant, alors, on en découvre de nouvelles, et nous examinerons plus loin leurs mouvements propres pour savoir s'il y a là un véritable système stellaire. Les Pléiades foi^ment une république plus condensée, plus homogène; elles gagnent à être vues dans une jumelle, et encore davantage à être observées dans une petite lunette terrestre, à condition que l'oculaire soit faible et le champ très large. Dès que la lunette est un peu forte, elles perdent la grandeur de leur aspect, parce qu'on cesse de voir l'ensemble pour n'en avoir que la moitié, le tiers ou le quart sous les yeux. Mais on y gagne d'autre part, car, à mesure que le grossissement augmente, de nouveaux diamants viennent s'ajouter à ce riche écrin. Ce groupe classique et dont la célébrité liistorique surpasse celle des plus vastes constellations, mérite notre attention spéciale, et nous devons nous y arrêter avec un soin particulier.
Tout d'abord, l'accroissement du nombre des étoiles observées suivant les progrès de l'optique semble nous offrir un résumé en miniature des progrès généraux constatés dans l'étude générale du ciel ;
ÉTOILES OBSERVÉES DANS LES PI.tlA.'jCS.
Jusqu'à l'invention des lu::cttcs, vues ordiiiaircs G
Vues excellentes 7 ù, 10
Vues extraordinaires li
l'rcîuière observation télcscopique, par Galilée (IGlOj oG
Carte de La Hire (1693) 64
— Jeaurat (1779) 103
— Wolf (1874) . . . a j1 025
290 LES PLEIADES
Il y a certainement plus d'un millier de soleils dans cette république. On n'a pas cessé d'en découvrir de nouveaux à mesure que les instruments employés ont eu une plus grande puissance de pénétration. La dernière carte ne va pas au delà de la quatorzième grandeur et s'étend sur un rectangle de 9 minutes de temps en largeur et de 90 minutes d'arc en hauteur, dont Alcyone occupe à peu près le centre. Ce sont toutes les étoiles visibles, sur cette étendue, à l'aide d'un objectif de 31 centimètres d'ouverture. Les instruments plus puissants en montrent bien davantage, pénétrant jusqu'aux étoiles de quinzième et seizième grandeur.
Examinons en détail ce groupe si curieux. — Son étude vient de ni'arrèter plusieurs semaines consécutives dans la rédaction de cet ouvrage : il ne sera pas sans intérêt de présenter ici les pièces de cette laborieuse enquête, mais elle est un peu longue, tout en étant résumée ici aussi succinctement que possible, et je demanderai la permission de l'imprimer en petits caractères afin de ne pas absorber une place trop étendue. Notre voyage céleste n'est pas encore fini.
Tout d'abord (commençons par le commencement), j'ai consacré principalement les belles soirées de septembre et octobre (1880) à l'examen attentif de ce groupe d'étoiles, et comme plusieurs vérillcations valent mieux qu'une, quelques yeux différents des miens ont bien voulu me prêter leur concours. Un savant jésuite, dont la science déplore la perte récente, le P. Secchi, assurait que dans ces vérifications sur l'éclat et la couleur des étoiles, les astronomes avaient tort de dédaigner le jugement des yeux féminins. Je suis tout à fait de son avis.
Il sera fort intéressant pour chacun d'essayer la portée de sa vue sur ce même groupe. Les yeux myopes ne distinguent là aucune étoile en particulier, mais seulement un amas nébuleux. Les vues ordinaires peuvent compter six étoiles,
ils voient ce groupe tel qu'il est représenté ici dans ce premier dessin ijftg, ir02J. Ces six etoiies sont :
Grandeur.
1" Alcyone 3',0
2» Electre 4,5
3» Atlas 4,6
4» Maïa 5,0
5» Mérope 5,5
6» Taygèto 5,8
Les vues excellentes aperçoivent dix étoiles, et voient le groupe tel Fig. 202.- Le. siï principales Pléiades. ^^..^ ^^^ représenté fig. 203. Les
quc.lre étoiles ajoutées aux précédentes sont :
Grandeur,
7" Externe au sud 6»,1
8" Plcione fi, 3
'J' Externe au nord S, 4
10" Celseno 6,5
LES PLEIADES
Enfin les vues très perdantes, ou les vues ordinairas aidées d'une jumelle.
Pig. 203. — Les dix principales PieiaSai. Fig. 204. — Les quatorze principales Pléiades.
parviennent à en découvrir quatorze et distinguent toutes les étoiles indiquées sur notre fig. 204. Les quatre nouvelles étoiles sont :
11» Au-dessous d'Atlas
12° Astérope (les deux réunies) .
IS'^ A gauche d' Astérope
14» Au-dessus d'Atlas et Pléione.
Grinltdr.
Gomme nous l'avons déjà vu, les principales de ces étoiles ont reçu des noms dès une haute antiquité, et ces noms sont ceux des filles d'.4tlas, auxquels on a ajouté au xvi' siècle, Pater Atlas et Mater Pléione , leur père et leur mère, que l'ingrate Mythologie avait laissés dans l'oubli. Afin que chacun puisse facilement connaître ces noms et les appliquer directement à leurs astres respectifs, on les a inscrits ici sur un petit dessin spécial {fig. 205) qui ne contient que les étoiles nommées. La plus brillante est Alcyone, qui est aussi ») du Taureau.
^, . . , ... ^ , Fig. 205. — Noms donnés auï Pléiades.
Voici les positions exactes de ces neuf Pléiades, inscrites de l'ouest à l'est par ordre d'ascension droite