LA COURONNE AUSTRALE
32" degré. De Londres, qui est à 39 degrés du pôle, on ne voit qu'à 39" au delà de l'équateur — pratiquement qu'à 29 ; cependant l'œil ardent et passionné de William Herschel est allé chercher des étoiles doubles jusqu'au 35°. De Rochefort, Limoges, Clermont, Lyon, l'horizon atteint le 44' degré; de Périgueux, Grenoble, Turin, Milan, le 45°; de Montauban, Nîmes, Toulouse, Marseille, Nice, le 46" : le Scorpion, la Couronne et le Sagittaire y sont entièrement visibles. De nos cités d'Algérie, on atteint le 54" degré ; mais, remarque peu flatteuse, depuis un demi-siècle que cette belle province est conquise par les armes françaises, nous n'y avons pas encore établi un seul observatoire astronomique ! La brumeuse Angleterre en compte actuellement quarante, publics ou particuliers. C'est là une de ces incohérences dont les organisations sociales offrent à chaque pas les exemples les plus inexplicables.
Ne quittons pas cette région sans remarquer la petite constellation de la Couronne australe [fig. 279 et 283). Quoiqu'elle soit à peu près invisible pour nos latitudes, nous ne devons pas absolument la négliger. Ses étoiles sont comprises entre 37° et 44° de déclinaison, et pour la latitude de Paris elle rase l'horizon sud ; mais elle est visible de Marseille et de toute l'Italie.
C'est l'une des constellations anciennes de la sphère d'Eudoxe etd'Aratus; et sa création est certainement due à sa forme frappante, car elle ne se compose que de petites étoiles ; «, p et y sont de quatrième grandeur, et les autres de cinquième.
Les catalogues astronomiques font la plus étrange confusion entre ces étoiles. Examinez un instant notre petit dessin {fig. 283), les lettres inscrites sont celles dont on se sert actuellement pour désigner ces étoiles; mais, par une fâcheuse exception, ce ne sont pas du tout celles de Bayer. Notre a actuel correspond au y de Bayer, tandis que son a est notre 6, et ainsi pour toutes les autres, de telle sorte que les éditions modernes des catalogues de Ptolémée donnent pour toutes ces étoiles des identifications erronées ! Il serait trop long et trop peu intéressantîpour nous de discuter ces modifications, d'autant plus que cette constellation nous resteétrangère par son éloignement austral ; mais cette nouvelle incohérence n'en est pas moins singulière et malheureuse.
On voit sur l'atlas de Bayer, entre les étoiles rj et 6 (qui sont nos S etê) une magnifique étoile de seconde grandeur marquée \. Je n'ai pu retrouver son extrait de naissance.
Parmi les astres de cette constellation, signalons y, étoile double serrée, en mouvement orbital rapide, Vuna des plus rapides du ciel, dont la révolution s'opère en 55 ans. Les deux composantes sont de cinquième grandeur et demie, et leur écartement n'est que de 1",5. C'est l'un des beaux systèmes d'étoiles doubles que nous connaissions
Cl-JAPITRE XVI
Fin de la description du Zodiaque. — Les étoiles de l'automne. Le capricorne.
Etoiles doubles faciles à observer. — Le verseau.
Nébuleuses remarquables. — Origine des signes du zodiaque.
Nous arrivons ici aux deux dernières constellations du zodiaque, à celles que le soleil traverse en janvier et février et qui par conséquent passent au méridien à minuit en juillet et août, à dix heures en août et septembre, à huit heures en septembre et octobre. La première, celle du Capricorne, se fait remarquer principalement par ses étoiles « et |3, qui brillent dans la direction des trois étoiles de l'Aigle ( y, a, |3); la seconde, celle du Verseau, est reconnaissable à un groupe d'étoiles ( «, y» ?>")«) qui scintillent au-dessous du carré de Pégase, un peu à droite, c'est-à-dire au sud-ouest. Mais faisons successivement connaissance avec elles.
Le Capricorne est, comme on le sait (fig. 290), un animal mythologique dont la tête rappelle celle d'un bélier et dont la queue ressemble à celle d'un poisson. Dans la disposition des étoiles qui le composent, il n'y a guère que les deux brillantes, « et (3, qui aient quelque rapport avec la figure, en représentant une corne toute droite, élevée vers l'Aigle, vers le haut du ciel. Macrobe, au cinquième siècle de notre ère, nous assure que ce symbole du Capricorne a eu pour but de rappeler que lorsque le soleil atteint ce signe du zodiaque, il arrive au plus haut de son cours, « ce qu'il est naturel de représenter par une chèvre, dont l'habitude est de grimper toujours ». Il y a deux mille ans, en effet, le soleil était dans le Capricorne au tropique d'hiver et dans le Cancer au tropique d'été, et encore aujourd'hui les géographes ont l'habitude de tracer sur les globes et planisphères terrestres un cercle à 23" au sud de l'équateur qu'ils appellent le tropique du Capricorne, et un pareil à 23° au nord nommé le tropique du Cancer : ce sont les lieux géographiques au zénith desquels le soleil arrive respectivement le 21 décembre et le 21 juin. Mais nous avons déjà vu que les constellations sont plus anciennes que la formation du zodiaque, et que le zodiaque n'a été tracé qu'après coup, à travers des figures inégales et
hétérogènes, n'ayant aucun rapport primitif avec le cours du soleil. Le mouvement séculaire de la précession des équinoxes remonte actuellement vers le nord toute cette partie du ciel et rend visibles pour nos latitudes des étoiles qui leur étaient cachées autrefois. Actuellement, c'est le Sagittaire qui s'éloigne à 23 degrés de l'équateur et occupe la contrée la plus australe du zodiaque.
On trouvera, comme nous le disions tout à l'heure, les étoiles « et p du Capricorne en se servant de la direction indiquée par les trois étoiles principales de l'Aigle; puis dans )a même direction, au delà
de p du Capricorne, le triangle formé par o, t:, et p qui marque l'œil du Capricorne.
L'étoile X du Capricorne est une double très écartée, vi- /' (Z ' sible à l'œil nu pour les vues
/ ^,^ excellentes : 3* et 4° gran-
•g / deur, écartement = 376"; ou
/ 6' 16". — Les anciens ne l'ont
/ pas dédoublée : ni Ptolémée
/ ni Sùfi ne la signalent à cet
/ égard. Ils ont remarqué la
/ petite étoile v qui est à 43' de
/ distance de a. Les Arabesnom-
^*'^^ maient a et (3 Sad al-dzâbih
^'ft . (^ « le bonheur du boucher » et
/ ^ « les égorgeuses», parce qu'ils
ViTt, ^^ regardaient la petite v comme
une brebis égorgée dans son
Fig. 285. — Alignement pour trouver le Capricorne. i jj • t i
abattoir. — La plus ancienne mention de l'étoile a comme double est celle de Bayer (1603).
La constellation elle-même est peu apparente : elle ne compte comme étoiles brillantes que quatre étoiles de 3' grandeur («, p, y, â) et cinq de quatrième, assez éclatantes. Parmi ces étoiles, plusieurs présentent des variations séculaires fort curieuses. Ainsi, par exemple, au dixième siècle de notre ère, Sùfi déclare que « Ptolémée a noté Ç trop brillante en la faisant expressément de quatrième, tandis qu'elle n'est que de quatrième et demie ». Or elle est aujourd'hui, comme du temps de Ptolémée, des brillantes de la quatrième et mieux encore 3,7), tandis que de 1590 à 1756 on ne l'a jamais vue que de cinquième.
9 a subi une diminution et une recrudescence analogues. t et X peuvent être stables vers 4 1/2.
<p, M et A sont descendues toutes de la quatrième à la sixième grandeur et sont revenues à la quatrième. C'est là une fluctuation bien
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