‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 202 sur 399 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

La constellation géante de l'équateur. — Orion et ses splendeurs.

La grande nébuleuse d'Orion et son étoile sextuple.

Le Grand Chien. — Sirius et son système.

Si le spectacle du ciel étoile charme nos regards, captive nos âmes, sollicite mystérieusement nos pensées et nos rêves; si, à toute époque de Tannée et à toute heure de la nuit, la contemplation des tableaux célestes nous invite à l'étude des sublimes réalités de l'univers , combien les splendeurs sidérales devant lesquelles notre voyage uranographique nous amène en ce moment ne vont-elles pas davantage nous séduire, nous émerveiller, nous plonger dans une admiration plus profonde encore ! Nous sommes en face du plus beau paysage céleste qui se puisse voir de notre planète. Nous sommes devant la constellation géante chantée par Job, par Homère, par Hésiode, par toute l'antique poésie et par toute la science de nos pères. Nous sommes devant ce grandiose spectacle qui fascina nos aïeux et qui, dans l'avenir le plus reculé, charmera encore nos derniers descendants. L'humanité terrestre tout entière, de son berceau jusqu'à sa tombe, aura contemplé cette opulente contrée du ciel, et en fixant aujourd'hui nos regards sur ces brillantes étoiles, nous nous associons par la pensée à ceux qui ne sont pas encore nés sur notre planète, comme à ceux qui sont venus autrefois en ce monde et qui en sont partis !

Vers minuit en novembre, dans le ciel du sud-est ; vers onze heures en décembre et janvier, en plein sud ; vers dix heures en février et neuf heures en mars, dans le ciel du sud-ouest; vers huit heures en avril, à l'occident, cette géante constellation d'Orion frappe tous les regards et s'impose à l'attention même des plus indifférents. Les trois étoiles obliquement alignées, qui marquent sa ceinture ou son baudrier, signalent au premier coup d'œil sa position dans le ciel : on les a nommées, dès une haute antiquité, « les Trois Rois », et les habitants des campagnes voient là un râteau. Ces trois étoiles, de seconde grandeur, sont (î, Ê et ^; la première se trouve précisément sur la ligne de l'équateur. Cette position place Orion dans les conditions d'observation les plus favorables pour nous, n'étant ni trop haut ni trop bas

pour être examiné facilement, soit à l'œil nu, soit à l'aide d'instruments.

La figure du géant Orion se dessine dans le ciel par neuf étoiles principales. Au-dessus des Trois Rois ou du baudrier, on en remarque deux : celle de gauche, de première grandeur, mais légèrement variable, est « ou Bételgeuse : sa nuance est jaune topaze ; celle de droite, de seconde grandeur, est y ou Bellatrix. Entre ces deux étoiles, et un peu plus haut, on en distingue une troisième, qui paraît nébuleuse aux vues moyennes : c'est l, de troisième grandeur, sous laquelle deux de cinquième ajoutent une certaine nébulosité. Au-dessous des Trois Rois, vers la droite, on en admire une fort brillante, de première grandeur, bien blanche : c'est (3 ou Rigel ; elle est presque toujours plus lumineuse que «. Enfin, le quatrième angle du quadrilatère, l'angle inférieur de gauche, est marqué par l'étoile x, de quatrième grandeur, et au-dessous de la ceinture on remarque encore une étoile allongée, qui indique la place d'une épée suspendue cà la ceinture, ou qui, pour les habitants des campagnes, représente le manche du râteau, Ces étoiles seront très facilement reconnues en regardant le ciel un soir quelconque d'hiver et en le comparant à notre petite carte ci-dessous.

Il ne faut pas avoir une imagination superlativement vive pour découvrir dans cet arrangement d'étoiles un géant à la brillante ceinture, dont a et y marquent les larges épaules, X la tête, (3 et x les jambes; regardez directement au ciel par une belle nuit, et vous le reconnaîtrez. L'impression est surtout frappan+e au lever d'Orion : c'est vraiment un géant qui apparaît au-dessus le l'horizon et monte avec majesté dans les cieux.

La ligne oblique des Trois Rois, prolongée vers sa gauche, c'està-dire vers le sud-est, rencontre Sirius, la plus brillante étoile du ciel tout entier. Cette même ligne, prolongée vers sa droite, c'est-à-dire au nord-ouest, rencontre Aldébaran et les Pléiades, que nous connaissons.

Il y a encore un autre moyen bien facile de trouver Sirius, c'est de regarder les gémeaux. Castor et Pollux, que nous connaissons aussi, et de descendre tout simplement vers l'horizon : nous serons obligés de rencontrer Procyon, de première grandeur, et en continuant tout naturellement notre chemin visuel, nous arrivons encore à Sirius. Toutes ces étoiles éclatantes, la richesse de nos nuits d'hiver (Sirius, Rigel, Procyon, Bételgeuse, Aldébaran, Castor et Pollux, Bellatrix, S, f et ^ d'Orion), sont inscrites, telles qu'on les voit au ciel, sur la

carte de cette fertile contrée {fig. 302). C'est, sans comparaison, la plus belle page du grand livre du ciel.

L'idée d'un géant est naturellement inspirée par cette magnifique constellation ; et, dès la plus haute antiquité, nous voyons, en effet, cette figure personnifiée par un Géant poursuivant les Pléiades, ce qui nous montre, d'autre part, que cette constellation a été remarquée et nommée, dès l'origine, à la même époque que les Pléiades et antérieurement à la représentation du Taureau. Hésiode conseille d'observer les levers et les couchers de ces étoiles ; c'est, en effet, cette

^ Castor fléUdes

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Fig. 303. — Orion et son cortège.

indication qui constituait alors tout le calendrier des cultivateurs et des navigateurs. La tête du Taureau a été dessinée quelque temps après, et depuis cette époque, Orion, qui de la main gauche tient une peau de bête ou une toison, et de l'autre lève une lourde massue, a l'air de se préparer à assommer le Taureau, qui se précipite sur lui, les cornes menaçantes. Retournez les feuillets de cet ouvrage même jusqu'à la page 281, et vous reverrez en détail toute cette scène (fig. 196).

Dans cette seule constellation, on ne compte pas moins de deux étoiles de première grandeur, quatre de deuxième, sept de troisième et douze de quatrième.

ASTRONOiMIE. — SUPPLÉMENT. 37

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Pindare chante en lui le géant du ciel ; Plaute semble le traiter d'assassin ou d'égorgeur (Jugula) : ce titre convient d'ailleurs à tout chasseur comme à tout militaire; Manilius l'appelle le dominateur du ciel; les anciens Hébreux saluaient en lui Nemrod, le premier chasseur; Job, Ézéchiel et Amos le qualifiaient Késil, ce qui veut dire inconstant, à cause du mauvais temps d'automne et des périls de la navigation à l'équinoxe (c'est même de là que Rabelais a plaisamment appelé le concile de Trente a le concile de Késil » , cà cause des tempêtes qu'il souleva dans son sein). Le titre de nimbosus, de pluviosus , à'aquosus lui est donné par tous les auteurs latins. Polype attribue la perte de la flotte romaine dans la première guerre punique

Fig. 303. — Un Orion du xiii» siècle (Alphonsu X).

Fig. 304. — Un Orion du xv" siècle (Hyginus).

à l'obstination des consuls qui, malgré l'almanach séculaire des pilotes, persistèrent à naviguer « à l'époque du lever d'Orion et de Sirius». Les Arabes nommaient Orion al-djabbar et al-Jauza, « le Géant » : « On reconnaît, disent-ils, les deux larges épaules, la tête indiquée par un nuage, la ceinture et le sabre. » Au xvii" siècle, Schiller essaya de métamorphoser la vieille figure païenne en celle de saint Joseph, qui ne devait guère s'y attendre, car il n'a jamais brillé dans l'histoire par son ardeur belliqueuse, au contraire... ;enfin, en 1807, l'Université de Leipzig proposa de substituer le nom de Napoléon « le grand conquérant du monde » à celui de l'antiqut chasseur. ïl serait interminable de suivre toutes ces métamorphoses Les deux dessins reproduits ci-dessus, comparés à notre fig. 196, suffiront pour en donner une idée. L'un nous montre un chasseur assez pacifique, l'autre un guerrier en fureur, prêt à tout déconfire.

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION d'ORION DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.

Etoiles

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ÉTOILES —127

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12104 LaL 0

Le mot Orion lui-même est un nom propre très ancien. Le mot grec ôriôn représente, dès la plus haute antiquité, le héros céleste dont il s'agit ici. Le mot le plus voisin, ôrios, signifie saison. Un mot analogue, ôra, signifiait d'abord saison, année et heure. Ce sont là, évidemment, autant d'inspirations astronomiques. Plusieurs étymologistes, notamment l'amiral Smyth , ont cru reconnaître aussi là une parenté avec le musicien Arion, qui séduisit jusqu'aux dauphins et dut la vie à celui qui le sauva des flots, et fut, en récompense, élevé au rang des constellations. (J'avouerai même ici, en passant, que d'éminents linguistes, qui m'ont fait autrefois l'honneur de chercher l'étymologie de mon nom, ont associé cette origine à la belle constellation qui nous occupe, en composant ce nom des deux mots Flamma. et Orion ou Avion.... Si cette étymologie était réelle, je regretterais de n'avoir encore presque rien fait pour la justifier, et je me verrais engagé, sans aucune peine d'ailleurs, à me consacrer encore plus passionnément au culte des étoiles, afin de ne pas faire mentir le vieil adage : Noblesse oblige!) (')

Après avoir reconnu les étoiles fondamentales de cette grande figure céleste, regardez avec un soin plus minutieux, et vous trouverez que la nébulosité de la tête est formée de trois étoiles : J, ç' et ç^. Ptolémée ne les signale pas et se contente de qualifier A de nébuleuse; mais Sùfi dit déjà, au x' siècle de notre ère : « Ce nuage consiste en trois petites étoiles voisines, formant un triangle. » Elles aff"ectaient donc déjà la même disposition que de nos jours. La distance angulaire de X à y* est de 27', et celle de cp' à ç' est de 33'. Le disque de la pleine lune entrerait entre ces deux étoiles, ce que vous trouverez inconcevable en les examinant. On ne croirait jamais, en regardant ce triangle, qu'il est aussi grand que le disque de la lune.

(') Au lieu de cette étymologie latine qui est peut-être plus ingénieuse qu'authentique, Lorédan Larchey, dans son Dictionnaire des noms propres, donne l'étymologie gallo-romaine flammcron, « qui apporte la lumière ». Mais il faut avouer qu'elle n'est pas moins difficile à réaliser dignement.

Tycho-Brahé est le premier qui ait mesuré la position des deux ç et qui en ait indiqué la grandeur.

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