Les quat:e phases principales de Vénus
et paraît encore un peu plus grande (63 à 64 secondes), mais c'est alors un disque absolument noir, et ce n'est plus un astre, à proprement parler. Après être passée à sa conjonction inférieure, les phases se repi'oduisent en sens contraire chez l'étoile du matin. Le petit dessin qui précède représente les aspects de Vénus, pour l'observation dans les instruments moyens, à l'échelle adoptée ici de | millimètre pour 1".
Le plus petit instrument d'optique suffit pour reconnaître les phases de Vénus. Les lunettes de 50 et 75 millimètres les montrent admirablement ; celles de 95 et 108 permettent déjà de remarquer les échancrures formées par les hautes montagnes, le long du cercle intérieur d'illumination, et de comparer les deux cornes du croissant, qui ne sont pas absolument égales. Parfois on peut suivre très loin leurs fines pointes. Des instruments plus puissants, et des circonstances atmosphériques e.xceptionnelles, tant sur Vénus que sur la Terre, sont nécessaires pour permettre de distinguer les taches de sa surface, qui sont bien plus difficiles à apercevoir que celles de Mars. Nous ne voyons jamais ce globe de Vénus qu'obliquement éclairé, tandis que Mars se présente de face. Mais tandis que Mars ne s'approche jamais à moins de 14 millions de lieues de nous, Vénus arrive jusqu'à 11 millions, seulement en de mauvaises conditions d'observation, puisque c'est son hémisphère obscur qui est tourné vers nous. Aux époques de son plus grand éclat, son diamètre est de 40" : une lunette grossissant 47 fois montre donc Vénus telle que nous voyons la Lune à l'œil nu, et il n'est pas rare d'entendre les personnes qui observent pour la première fois les phases de Vénus s'écrier que c'est la Lune qu'elles ont sous les yeux.
Cette planète est presque exactement du même volume que celle que nous habitons, son diamètre étant au nôtre dans le rapport de 954 à 1000. Son atmosphère est plus élevée et plus dense que celle que nous respirons ; ses années sont plus rapides, ses saisons plus brusques, ses climats plus extrêmes; sa rotation s'accomplit en 23 heures 21 minutes 24 secondes.
Les données qui précèdent sur les périodes de visibilité de Vénus, jointes à celles qui concernent les planètes Saturne, Jupiter et Mars, suffisent assurément pour que tout observateur un peu attentif du ciel connaisse désormais perpétuellement les positions approchées de ces quatre mondes ainsi que leurs époques d'apparition, et il est presque superflu de rien ajouter à l'égard de Vénus. Aucune carte de son mouvement ne serait utile, puisque la belle planète ne brille que le soir ou le matin et qu'elle éclipse ses lointaines sœurs les étoiles. Constatons seulement, pour ne plus la perdre de vue, au moins dans notre esprit, qu'elle est actuellement (octobre 1881) étoile du matin, qu'elle va se rapprocher du Soleil pour passer derrière lui le 20 février 1882, qu'elle se dégagera ensuite lentement de ses rayons, s'en écartera déjà assez en mai et juin pour briller le soir dans les feux du couchant; le 15 juin elle retardera de 2'' 7°" sur le Soleil; le 15 juillet de 2'' 33"', le 15 août de 2" 42", le 15 septembre de 2'' 44™; sa plus grande élongation arrivera le 26 septembre; puis l'étoile du soir retardera de moins en moins sur l'astre du jour; le 15 octobre, ce retard ne sera que de 2'" 41'°, et le 15 novembre de l"" 47"" ; se resserrant chaque soir de plus en plus vers le Soleil, elle passera exactement devant lui le 6 décembre, passage
de Vénus visible k Paris. Si le ciel n'est pas couvert, en cette mauvaise saison, ne laissons pas s'évanouir cette occasion unique d'observer ce rare phénomène céleste, car le prochain passage n'aura lieu qu'en Tan 2004, dans 122 ans, ei malgré le proverbe qui prétend qu'il ne faut jurer de rien, il est extrêmemen. probable qu'un grand nombre d'entre nous auront les yeux tout à fait fermés à cette époque, et que Vénus ne les intéressei-a plus guère... à moins pourtant que nous ne soyons alors ressuscites justement sur cette patrie voisine, ce qui malgré ses climats un peu brusques vaudrait sans doute mieux que rien.
Étoile du matin de juin h décembre 1881 ; étoile du soir de mai à octobre 1882; étoile du matin de janvier à juin 1883; étoile du soir de novembre 1883 à avril 1884; et ainsi de suite, les oscillations de Vénus ne peuvent jamais être confondues avec les mouvements réguliers de Saturne, Jupiter et Mars, et nul observateur un peu attentif ne peut se tromper dans l'identification de ces planètes. Enfin, au besoin, la période de 584 jours peut servir pour se représenter ces oscillations elles-mêmes, puisque les élongations du soir précèdent la conjonction inférieure et que les élongations du matin la suivent; voici donc, par surcroît, ces conjonctions :
1881 2 mai.
1882 6 décembre.
1884 11 juillet.
On trouvera les époques suivantes en ajoutant perpétuellement 584 jours. Ainsi l'observateur du ciel pourra désormais suivre les mouvements de Vénus aussi bien que ceux des autres planètes.