‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 5 sur 399 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine des constellations. — Histoire et description. — Le pôle. — L'étoile polaire. — La Petite Ourse. — Les étoiles depuis deux mille ans.

« Ainsi, vous n'êtes pas satisfait? répondis-je à l'un des lecteurs enthousiastes de VAstronomie j^opulaire, qui m'assurait qu'en terminant la lecture de la 836' page de cet ouvrage, il avait trouvé ce volume beaucoup trop court.

ASTRONOMIE l'OPUL.\IHE. 106

. — Mais non, pas satisfait du tout. Vous m'avez mis en appétit. Je ne me doutais de rien, je n'avais pas goûté au fruit de l'arbre de la science. Maintenant, je suis bien plus affamé, bien plus altéré, bien plus amoureux de science qu'avant d'avoir subi l'influence si attractive d'Uranie.

— Pourtant vous possédez dans cet ouvrage tous les éléments de la connaissance de l'univers. Que désirez-vous de plus?

— Oui, sans doute, les éiéments. Mais cela ne me suffit plus. Vous avez soulevé un coin du voile : pourquoi ne pas faire tomber le voile tout entier? Le ciel est un livre que je veux lire maintenant. Les constellations m'intéressent, et vous avez glissé légèrement sur leur bistoire; cependant, ne représentent-elles pas l'image de la pensée humaine qui s'est reflétée dans les cieux? J'en lirais avec ardeur une description historique. J'aime Andromède enchaînée sur son rocher ; j'envie Persée qui vole à sa délivrance; j'ai même quelque sympathie pour la Grande Ourse qui depuis tant de siècles tourne sans fatigue autour du pôle, et quand je passe des régions boréales aux signes du zodiaque, mon imagination se transporte aux temps mythologiques où nos ancêtres vivaient en communication si intime avec la nature...

— Mais...

— • Pardonnez ma passion bien légitime pour une science aussi fascinatrice. Je voudrais connaître chaque étoile par son nom, je voudrais, lorsque le soir le ciel resplendit de tous ses feux, pouvoir épeler ces hiéroglyphes célestes et deviner quels mystères s'accomplissent là-haut; je voudrais savoir tout ce que l'on sait sur ces lointaines lumières aujourd'hui analysées par la chimie du ciel, connaître leur constitution physique, leur valeur, leur puissance, et pouvoir apprécier les richesses variées de chaque constellation; je voudrais...

— Mais...

— Oui ! je voudrais connaître les étoiles doubles et multiples, le système de Sirius, le monde de Castor, les couples qui étincellent de chatoyantes couleurs, les groupes stellaires...

— Mais...

— Les nébuleuses, genèses formidables de mondes en formation, les amas d'étoiles, univers lointains, les voies lactées qui lancent dans l'infini leurs courbes gigantesques, les...

— Mais...

— Les étoiles variables, dont la mystérieuse lumière subit des métamorphoses si extraordinaires, les étoiles nouvellement apparues

dans les cieux et que l'humanité craintive a pris pour des signes de la colère céleste, les étoiles rouge sang que le télescope...

— Mais enfin...

— ... nous montre figées au fond du firmament bleu. Oh! quelles splendeurs à contempler ! quelles richesses à acquérir! quelles jouissances à éprouver ! quelles heures délicieuses à passer encore dans l'étude de la nature, et cette fois-ci le télescope en main, en véritables astronomes. Oui : donnez-nous le supplément que vous nous avez promis.

— Enfin! m'écriai-je à mon tour, vous me permettez de vous répondre un mot. Je comprends votre enthousiasme pour l'Astronomie, pour la science universelle et éternelle. Mais si vous avez lu consciencieusement et exactement compris chacune des lignes des 836 pages de V Astronomie populaire, avouez-moi franchement qu'en certains passages un peu difficiles, les démonstrations mathématiques indispensables ont pu fatiguer quelque peu votre esprit et calmer l'essor de votre imagination. Or, si nous avançons plus loin dans la science, ces passages arides seront plus fréquents, les oasis deviendront plus rares, l'exploration sera plus sérieuse, il y aura plus de chiffres et moins d'images...

— - Eh! Monsieur! nous prenez-vous pour des enfants de six ans? nous faites-vous donc l'injure de croire que nous lisions vos ouvrages par fainéantise et que nous n'ayons pas à cœur de nous instruire le plus possible sur les réalités sublimes de la création, au milieu desquelles la plupart des hommes vivent comme des aveugles! Non, non! Nous voulons nous distinguer du troupeau commun ; nous ne perdons pas notre temps dans la lecture des romans ; nous avons soif de science ; nous laissons l'ignorance et ses illusions à ceux qui s'en contentent; nous laissons les affaires matérielles de la vie, les ambitions de fortune ou d'honneurs d'un jour à ceux que ces petites choses intéressent; nous leur abandonnons même les faits et gestes du patriotisme de chaque clocher et de la politique de chaque fourmilière ; j'irai mèmeplus loin, etpuisque vous paraissez douter de mon enthousiasme, je vous avouerai nettement que, pénétrés du sentiment de l'universel et de l'infini, nous ne sommes plus Français, ni Prussiens, ni Anglais, ni Espagnols, ni Italiens, ni Autrichiens, ni Russes... Vous paraisez étonné! Mais non. Monsieur, nous ne sommes mèmeplus Européens, pas plus qu'Africains, Asiatiques ou Américains!.. Fourmilières que tout cela! enfantillages que toutes ces distinctions de drapeaux ! folies que tous ces gouvernements militaires ! infamies que ces boucheries internatio-

nales pour lesquelles on élève tous nos fils ! abominables criminels que tous ces chefs d'États et ces crocodiles de diplomates...

— Prenez garde ! Monsieur, vous pourriez manquer de respect aux institutions existantes et à l'administration. Si Ton vous entendait!

— Comment? ai-je prononcé un seul mot dont la logique et la justice ne soient pas surabondamment démontrées ? Mais, si l'on me poussait à bout, je déclarerais net que je n'ai même pas le patriotisme de la Terre, car la Terre n'est plus pour moi qu'un département du ciel. Non, je ne suis même plus terrestre ; je suis céleste, et je veux désormais connaître le ciel. Vous avez fait de moi, vous avez fait de tous les lecteurs qui vous ont suivi, des êtres célestes. Plaignez-vous ! La vraie patrie, c'est l'univers infini; la vraie religion, c'est l'ascension vers Dieu par l'étude de ses œuvres. Tout le reste, pardonnezmoi l'expression, tout le reste, c'est de la... farce.

— Décidément, Monsieur, vous n'y allez pas par quatre chemins. Le Ciel, je le conçois, vous fait oublier la Terre avec la société humaine ; mais je suis tranquille, car les intérêts de la vie, qui nous pressent de toutes parts, ne nous permettent pas de demeurer dans le bleu, et notre éducation nous a donné à tous le sentiment des devoirs sociaux qui régissent le monde moderne. La philosophie éclaire l'âme d'une calme clarté, même lorsqu'elle nous fait toucher du doigt les étonnantes petitesses dont l'humanité s'arrange et se glorifie. En vérité, si tous les lecteurs de mes ouvrages pensent comme vous, nous formons déjà un groupe, convaincu, d'êtres affranchis des erreurs antiques et grossières, et altérés de la vérité, de la vérité universelle, dont la science nous rapproche sans cesse.

Un scrupule pourtant m'arrête encore. Nous allons, comme vous le désirez, faire la description complète du ciel, constellation par constellation, étoile par étoile. C'est là un travail assez ardu, malgré tout son intérêt historique et scientifique. Pensez-vous vraiment que le peuple, le populaire, les lecteurs les plus nombreux soient prêts pour lire ces études techniques comme ils ont lu les descriptions précédentes? Vous, Monsieur, vous n'êtes pas précisément un homme du peuple, vous appartenez à la classe de la bourgeoisie éclairée ; mais les trente mille autres lecteurs de cette première édition ne tiennent peut-être pas autant que vous à s'instruire davantage dans la connaissance de l'univers.

— Détrompez-vous. Les classes du peuple ne sont point du tout inférieures à celles de la bourgeoisie quand à l'aptitude à l'instruction; on remarque même assez souvent le contraire. D'ailleurs,

permettez-moi de vous le dire franchement : ce n'est pas à vous à suivre le peuple ; c'est à lui à vous suivre. Continuez à l'élever : il vous en sera reconnaissant. Ne vous préoccupez ni de ses goûts ni de ses tendances ; l'éducation actuelle commence à tout transformer. Vous n'avez pointa le flatter : vous n'avez aucune ambition politique, puisque vous avez si nettement refusé le mandat législatif que vos concitoyens vous ont offert. Et je vous en félicite. La politique et la science ne vont point ensemble. On peut même s'étonner que nos législateurs perdent tant de temps à bavarder sur mille projets de lois, au lieu de réformer simplement l'instruction primaire et secondaire : en deux générations, la France serait instruite dans les sciences exactes au lieu de rester sous la tutelle des idées du moyen âge. Les mœurs ne doivent-elles pas précéder les lois ? La grande, l'urgente question du jour, c'est donc la diffusion de l'instruction positive. Et qu'y a-t-il de plus intéressant que l'astronomie aujourd'hui? Au lieu d'être restée embrouillée dans des formules inextricables, cette science est devenue claire, méthodique, limpide, philosophique, séduisante : c'est la lumière même éclairant l'univers.

— Eh bien ! je vous l'avoue : il est préparé de longue date, ce complément dont vous souhaitez la publication avec tant d'insistance. Oui, nous allons faire la description méthodique du ciel, et nous allons passer en revue les curiosités de toute nature éparses dans le riche écrin de l'univers, de telle sorte que ceux qui posséderont cette seconde partie sauront désormais lire dans le ciel comme dans un livre. Continuons de nous instruire dans la réalité; consacrons nos meilleures heures à la science; entrons en communication de plus en plus intime avec la nature; vivons de la vie de l'âme, et montons encore dans la Lumière et dans la Liberté. »

Telle est la conversation que l'on aurait pu entendre le 15 janvier 1880, à minuit, sous les voûtes de l'Observatoire de Paris, à la sortie d'une conférence scientifique, et elle se trouve si à propos pour ouvrir ces nouvelles pages que je n'ai pu résister à la tentation de la reproduire ici.

La connaissance plus approfondie que nous désirons faire avec le ciel peut être inaugurée par l'étude historique et astronomique des constellations. C'est le premier fait de l'histoire de la science. Aussitôt que les hommes eurent remarqué les étoiles de la nuit silencieuse, dès qu'ils se furent demandé quelles pouvaient être ces lumières loin-

tain.es et quels services elles étaient capables de leur rendre, ils durent créer des groupes formés par les étoiles voisines entre elles, ou disposées suivant des lignes, en figures plus ou moins régulières. Ils ne tardèrent pas à leur donner des noms en rapport avec ces figures ou avec l'association apparente de ces étoiles aux saisons, aux faits météorologiques et climatologiques, aux dates des calendriers primitifs, aux souvenirs, aux fêtes, aux réunions ; dans la suite des temps, la politique et la religion ajoutèrent des noms nouveaux aux constellations anciennement remarquées, en transportant dans le ciel les héros que la reconnaissance ou la crainte voulaient immortaliser.

La formation des constellations a commencé par les plus apparentes et par les plus utiles aux besoins de l'humanité primitive, par la Grande Ourse, Orion, les Pléiades, les Hyades, Sirius et le Grand Chien, Aldébaran et le Taureau, Arcturus et le Bouvier, la Petite Ourse, le Dragon, etc. Dans la suite des siècles, on occupa les places restées vides. Le ciel se peupla successivement, et l'on pourrait remarquer dans les figures imaginées et dans les noms des astérismes les vestiges des époques de leur création, comme on remarque dans le plan d'une grande ville les noms des rues correspondant aux idées régnantes des différents siècles. Ainsi, par exemple, à Paris, toutes les rues anciennes portent simplement l'indicat.'on du but où elles conduisaient, ou le caractère local de la rue, puis elles reçoivent des noms de saints, donnés pendant tout le moyen cage et jusqu'au xvii° siècle; au xvin" siècle, les nouvelles rues sont baptisées de noms d'hommes d'Etat, de navigateurs, de savants; sous la première République et l'Empire, noms de philosophes, puis de généraux; sous la monarchie de Juillet, noms de fonctionnaires et de bourgeois plus ou moins célèbres; sous le second Empire, noms de batailles, de généraux et de savants; sous la République actuelle, noms de républicains et de savants... Insensiblement, les savants prennent la place des saints. Le parallélisme entre les deux procédés est même assez curieux. Dans les constellations : les Pléiades, les Hyades, les Ourses polaires, le géant Orion, la Vendangeuse, la Canicule, la Couronne, le Triangle, les Gémeaux; — Hercule, Andromède, Persée, Céphée, Cassiopée, Antinous;— la Colombe de Noé, la Fleur de Lys, les Chiens de Chasse, l'Ecu de Sobieski; — l'Horloge, la Boussole, la IMachine pneumatique, le Fourneau chimique ; — le Télescope d'Herschel, la Machine électrique, l'Atelier de Typographie, l'Aérostat. Puis, lorsqu'il s'est agi de faire la nomenclature des pays lunaires, ce sont des noms de savants que l'on a choisis; de même pour la géographie de ]\Iars et

pour les détails de certaines nébuleuses. Dans les noms des rues de notre grande capitale : rue Montmartre, .rue des Martyrs, rue Pierre- Levée, rue de Vaugirard, rue de Grenelle, rue des Fossés, rues du Bac, du Four, des Boulangers, Poissonnière, des Petits-Champs, du Mail, Vide-Gousset; — rues Saint-Denis, Saint-Martin, Saint- Jacques, Saint-Honoré, Saint-Antoine, Saint-Louis, Saint-Sauveur, Saint-Marc, Saint-Lazare; — rues Montmorency, Suger, Sully, Colbert, Louvois, Vauban, Duquesne, Choiseul; — rues Malherbe, Corneille, Boileau, Racine, Bossuet, Maupertuis, Voltaire, J.-J. Rousseau, Réaumur, Buffon, Cassini; — rues Bonaparte, de Rivoli, Marengo, des Pyramides, du Caire; — rues Rambuteau, Cuvier, Linné, Laplace; — boulevard Sébastopol, pont de l'Aima, rues de Solférino, Turbigo, Magenta; Copernic, Galilée, Kepler, Newton; boulevard Arago; - — rue du Quatre-Septembre, rue de Châteaudun; rues Herschel, Washington, Lincoln, Michelet, Edgard Quinet, etc. Les opinions et préoccupations de chaque époque se reflètent dans les noms inscrits au Ciel comme sur la Tei're.

Il est intéressant pour nous d'entrer en communication plus complète avec ces mystérieuses figures de la population sidérale. De même que les cartes sont utiles pour voyager, ainsi les cartes du ciel sont utiles pour se reconnaître dans cette immense étendue. Sans doute, si c'était à recommencer, si les sciences étaient logiquement formées toutes d'une pièce et sortaient entières d'un cerveau créateur, comme Minerve qui, dit-on, s'échappa tout armée du cerveau de Jupiter, on n'inventerait ni ces figures mythologiques, ni leur histoire; de même que si l'on faisait aujourd'hui la géographie logique de notre planète on n'inventerait ni les ridicules frontières, éternels sujets de la dispute des riverains, ni les animosités nationales qui forment le canevas du roman souvent dramatique de l'humanité. Mais nous sommes bien obligés de prendre les choses comme elles sont, et notre esprit ne peut que s'attacher à en tirer le meilleur parti possible. D'ailleurs, les étoiles les plus importantes du ciel étant incorporées dans ces configurations, notre instruction uranographique serait incomplète si ces figures nous restaient inconnues, et un atlas céleste est le complément naturel d'un traité général d'astronomie.

Remarquons, avant d'entrer dans le détail de nos constellations, que, tandis que les voyageurs sont obligés de parcourir la terre et de se déplacer pour en explorer les diverses contrées, le mouvement apparent de la sphère céleste, qui pousse les astres d'oznent en occident, amène sous les yeux d'un observateur assis dans un belvédère les

diverses régions du ciel étoile. Une fatalité irrésistible semble faire surgir de l'orient tous les astres qui, suivant l'expression d'Homère, servent de couronne au ciel, tandis qu'à l'occident ils disparaissent sous l'horizon. La nature complaisante semble dire à l'homme, pour les astres : Contemple, et contemple sans peine.

Pour cette description, nous reproduirons ici, en dix-huit planches, le meilleur, le plus complet et le mieux gravé de tous les atlas célestes, celui de Bode, composé au commencement de ce siècle, lequel ne sera jamais ni surpassé, ni égalé, attendu que l'histoire des constellations n'occupe plus maintenant que la seconde place dans les ouvrages astronomiques : ces dix-huit gravures formeront ici un atlas représentant les constellations anciennes et modernes du ciel tout entier. Notre fig. 3 (p. 9) en est la première planche.

Commençons par le pôle nord. La Petite Ourse, Ursaminor, lui

semble attachée par la queue et tourne en vingt- quatre heures autour de ce point fixe comme autour d'un pivot, en sens contraire du mouvement des aiguilles d'une montre.

Elle se compose essentiellement de sept étoiles disposées suivant une figure analogue à celle de la Grande Ourse, mais en sens contraire. C'est à Thaïes, au septième siècle avant notre ère, que l'on rapporte la dénomination de cette constellation, qui s'appelait auparavant, chez les Phéniciens, la Queue du Chien, la Cynosure. Ces navigateui-s avaient remarqué sa fixité dans la région boréale du ciel et s'en servaient pour se diriger sur la Méditerranée : elle leur assura pendant près de mille ans la prépondérance sur les mers. On l'appelait aussi la Phénicienne. Dans la mythologie, la Grande Ourse est la nymphe Callisto, et la Petite Ourse est son chien. Chacun sait que, prenant la forme trompeuse de Diane, Jupiter séduisit un jour Callisto, nymphe favorite de cette déesse, et qu'il en eut un fils, nommé Arcas : c'est ce que les jeunes filles apprennent dans leur mythologie en faisant leurs a humanités. » Jupiter, voulant honorer ces deux êtres, ne pouvait certainement rien faire de mieux que de les transporter au ciel. Mais il y a si longtemps de cela qu'ils n'y sont plus : la nymphe s'est métamorphosée en ourse, quoiqu'elle n'en eût guère l'humeur, si l'on en croit la

les regards instruits ou indolents, attentifs ou rêveurs, qui se sont attachés sur ces étoiles du pôle et leur ont confié leurs espérances, leurs souvenirs, leurs chagrins ou leurs joies? comment ne pas songer à ces yeux qui sont morts, tandis que toujours brillent là-haut ces lumières célestes allumées dans l'infini?

Oui, il y a trois mille ans, cette étoile (3 de la Petite Ourse était ^l'étoile polaire de l'humanité, et c'est sur ses rayons fidèles que les Phéniciens se dirigeaient. On l'appelle encore aujourd'hui Kocab, de l'arabe Kaucab-al-Shemali, « l'étoile du nord », écho des temps anciens. Chez les Chinois, l'Etoile polaire actuelle, a, s'appelle « le grand souverain du ciel auguste », |3 s'appelle a l'étoile souveraine », y le « prince impérial » ; les étoiles environnantes portent des noms rappelant ceux de la cour du Céleste Empire.

Depuis tant de siècles qu'on les observe, ces étoiles sont-elles restées invariables? Pour le savoir, remontons à l'origine et comparons les grandeurs d'éclat qui leur ont été assignées depuis le premier catalogue, depuis Hipparque.

ÉTOILES DE LA PETITE OURSE, OBSERVÉES A l'OEIL NU DEPUIS DEUX MILLE AÎ.'S

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Ce sont là, nous l'avons dit, les 14 étoiles de la Petite Ourse que l'on voie facilement à l'œil nu. La division de l'éclat des étoiles en six ordres de grandeur, qui date de plus de vingt siècles, est fondée sur une appréciation naturelle de l'œil, car il se trouve que le rapport d'éclat entre chacun des six ordres adoptés est le même pour tous les

intervalles et qu'il y a la même différence d'impression optique entre la 4" et la 5" grandeur, par exemple, qu'entre la 2' et la 3". Aussi tous les observateurs ont-ils suivi (souvent même à leur insu et avec le désir de faire des jugements indépendants) cette classification en quelque sorte normale. Sans doute, il n'y a pas là la même précision que s'il s'agissait de mesures photométriques, mais comme nous ne nous occupons pas ici de l'éclat des étoiles mesuré à un centième près, ces indications suffisent pour notre but, et d'ailleurs nous sommes bien obligés de nous en contenter, si nous voulons faire une comparaison séculaire^ puisque l'antiquité et le moyen âge ne nous en ont pas laissé d'autres. Chacune de ces séries est indépendante. On a contesté la valeur de celle de Bayer, et Delambre a même traité un peu cavalièrement l'œuvre de cet astronome. (Il faut avouer d'ailleurs que l'académicienprofesseur Delambre était un de ces astronomes-fonctionnaires qui ne comprennent rien au ciel et qui seraient mieux à leur place dans une caserne que dans un observatoire.) Cependant, cette œuvre a son importance, non seulement par l'avantage d'avoir substitué une simple lettre grecque à une phrase entière , mais encore parce que ces lettres sont vraiment une indication de l'éclat, quoi qu'on en ait dit. En effet, si Bayer ne suit pas l'ordre de l'éclat décroissant pour la constellation entière, du moins il procède de grandeur en gi'andeur : ainsi, par exemple, l'étoile la plus brillante a reçu la première lettre (a) ; s'il y a quatre étoiles de cette même grandeur, elles seront a, p, y, (J; s'il y en a cinq de la grandeur suivante, elles seront s, ?,•/), 6, i; et ainsi de suite, chaque ordre de grandeur recevant successivement des lettres consécutives, se suivant dans le sens de la figure. La comparaison de ces observations faites de siècle en siècle nous permettra donc de savoir si certaines étoiles ont varié d'éclat depuis l'origine de ces observations, et cette connaissance est si importante pour l'étude de l'univers, que nos lecteurs ne trouveront certainement pas déplacés ici ces petits tableaux techniques qu'il sera si intéressant (quoique un peu laborieux) de construire pour chaque constellation. Ces chiffres s'expliquent d'eux-mêmes. Remarquons cependant que Argelander et Heis désignent les plus brillantes de chaque grandeur en leur ajoutant le numéro de la grandeur précédente, et les moins brillantes en leur ajoutant le numéro de la grandeur suivante : ainsi à Petite Ourse, marquée 4.5, est notée comme une faible de la 4' (^ 4 |) tandis que FI. 5 marquée 5.4, indique une brillante de la 5" (= 4 |). Pour moi, j'ai trouvé plus commode de les estimer en dixièmes.

Si l'on compare avec soin ces notifications d'éclat faites de siècle

en siècle sur les étoiles de la Petite Ourse, tout en tenant compte des incertitudes inhérentes à ces appréciations individuelles faites généralement à l'œil nu, et dépourvues de la précision des mesures photométriques, on remarque que les étoiles p, y, e, Ç, n'ont probablement pas varié d'éclat, tandis que «, anciennement moins brillante quep, est actuellement du même ordre. Ainsi, l'Etoile polaire a augmenté d'éclat : au temps de Bayer, elle était déjà aussi brillante que P, mais anciennement elle lui était inférieure. Plus curieuse encore, l'étoile FI. 5 paraît flotter de la 3° à la 6" grandeur. 9 n'a pas dû varier, et si Bayer lui a donné une lettre, tandis qu'il n'en donnait pas à FI. 5 (qui est plus grande sur son propre atlas), c'est évidemment parce qu'elle appartient au corps de l'animal, tandis que la seconde est en dehors. Quanta FI. 11, il faut une bonne vue pour la dédoubler dey, car elle est plus petite que le Cavalier du second cheval du Chariot de la Grande Ourse (Mizar et Alcor), et pour moi je ne la distingue qu'en m'aidant d'une jumelle. Les observations ne sont pas suffisantes pour décider sur les trois dernières.

Si nos lecteurs se plaisent à chercher et à reconnaître ces étoiles dans le ciel, ils feront la remarque assez curieuse que les petites étoiles se voient plus facilement lorsqu'on ne les regarde pas que lorsqu'on les regarde : il faut détourner un peu l'œil pour les mieux saisir. Le fait doit être dû à ce que le centre de la rétine est plus fatigué, plus usé par la vision constante, ou à une augmentation de visibilité produite par la réfraction du cristallin. (Les dames se servent souvent du même procédé pour observer leurs voisins; mais ce n'est pas pour le même motif. )

Cette première constellation renferme quelques curiosités célestes intéressantes à connaître et à observer.

L'Etoile polaire doit être signalée en première ligne. C'est ime étoile double intéressante. La petite étoile qui l'accompagne est de 9° grandeur 1/2 et écartée à 18 secondes (18") de distance angulaire. Une lunette de 75 millimètres d'ouverture est nécessaire pour distinguer ce compagnon, encore faut-il que l'observateur jouisse d'une bonne vue et que le ciel soit bien pur. Il tourne lentement autour de la Polaire. Depuis les premières mesures d'PIerschel jusqu'à celles que j'ai faites tout récemment, c'est-à-dire depuis cent ans, la petite étoile a tourné autour de la grande de cinq degrés seulement (correction faite de l'effet produit par la précession des équinoxes) : à cette vitesse, ou plut(jt à cette lenteur, elle n'emploierait pas moins de 7200 ans pour accomplir sa révolution!

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