ETOILES DOUBLES DANS LA COURONNE
lointain soleil de la Couronne; peut-être leurs humanités ont-elles été en partie détruites par cet incendie; peut-être des révolutions incomparablement plus violentes que toutes celles de la politique ontelles agité ces pauvres êtres désespérés, pour un phénomène physique qui n'a été pour nous qu'un spectacle de simple curiosité.... Ainsi, si un souffle délétère empoisonnait demain l'atmosphère terrestre et couchait toute notre humanité dans la tombe, les titres de rentes de la bourse des grandes capitales de Mars et de Vénus ne baisseraient pas d'un centime.
La constellation de la Couronne boréale ne renferme pas beaucoup d'étoiles doubles ; il n'y en a guère que deux que l'on puisse recommander pour les instruments de moyenne puissance :
'( : grandeurs des composantes : 4 1 et 6'; blanche et verte ; distance =6",4; couple probablement orbital, mais mouvement trèslent(/îgi.98).
L'étoile (7, qui était autrefois, vers 1830, un couple serré à 1" et accessible seulement aux grands instruments, a vu depuis ses deux étoiles s'écarter lentement l'une de l'autre, et aujourd'hui elles sont séparées par 3",5 {fig. 99). Grandeur des composantes : 6' et 7°. Couple orbital assez rapide. L'angle, qui était à 347° en 1781, avait passé par le nord et s'était
1827 tfOS
avancé à 11° en 1802, à 90 en -"- ^^°-
1827, à 135 en 1836, à 150 en 1841. Il a continué de progresser, car la petite étoile était juste au sud de la grande, à 180° en 1855, et elle est actuellement (1880) avancée à 202°. Le mouvement va en se ralentissant.
Notre fig. 100 montre ce que nous en avons observé. On avait d'abord estimé la période de révolution à 195 ans, puis on l'a portée à 420, et maintenant nous la faisons de 846 ans ; si le mouvement continue à se ralentir, on trouvera dans l'avenir qu'elle est encore plus longue. La base d'observations est encore insuffisante pour une affirmation sûre, quoiqu'en prétendent certains mathématiciens — qui poussent avec ingénuité leurs calculs jusqu'aux dixièmes, aux centièmes et même aux millièmes sur des nombres dont les unités sont incertaines !
Fig. 100. -
Mouvement observé sur Tétoile double o Couronne.
LA COURONNE BOREALE
Plus intéressante encore, mais beaucoup plus difficile à dédoubler,
Fig. 101. — Orbite apparente de l'étoile double n Couronne.
est l'étoile -n, couple orbital excessivement serré (actuellement 0"6), et
■ 1- Rg'v°i'^'""' ■■ /f
Fig. 10?. — Oibite absolue de l'étoile double >l Couronne.
très rapide, l'un des plus rapides du ciel. Les deux composantes sont à peu près de même éclat (5' |), et il faut d'excellents instru-
LA COURONNE BOREALE
ments pour opérer le dédoublement. La révolution de ce double soleil autour de son centre de gravité s'opère en 41 ans, de sorte que depuis sa découverte, en 1781, ce couple a déjà parcouru plus de deux révolutions. J'ai représenté {fig. 101) l'orbite apparente telle que nous la voyons de notre observatoire terrestre ; elle est très allongée, son excentricité atteignant 0,86. Il n'en est pas de naême de l'orbite absolue, vue de face, dont l'excentricité n'est que de 0,27; c'est là [fig. 102) le vrai système de ce double soleil, dont chaque loyer illumine sans doute une famille de planètes éclairées ainsi simultanément ou successivement par « deux astres du jour, » étrange nature, absolument différente de tout ce que nous connaissons sur notre modeste petite planète.
On ne s'imagine pas, en général, combien extraordinaires peuvent être les orbites décrites par les mondes appartenant à ces systèmes d'étoiles doubles. En certains cas très simples, comme serait celui de notre propre système solaire si Jupiter était encore un soleil lumineux, on a 1° des planètes comme la Terre et Mars, suivant une orbite régulière autour du soleil principal, et en situation d'être illuminées pendant la nuit par un soleil d'une autre couleur ; on a aussi 2° des mondes tournant autour 'du soleil secondaire, comme le seraient alors les satellites de Jupiter, éclairés en même temps par le soleil primaii's plus lointain et moins important pour eux, et l'on a encore 3° des mondes tels que Saturne, Uranus et Neptune, gravitant suivant d'immenses orbites tracées extérieurement aux deux soleils. Mais il peut se présenter d'autres cas incomparablement plus curieux, que la mécanique céleste peut prévoir, et parmi lesquels je ne signalerai ici que celui d'une planète décrivant une triple spirale, symétriquement formée, avant de revenir à son point de départ. Dans un tel système, la planète partant, je suppose, du point marqué n° 1 {fig. 103), suit la ligne tracée et passe successivement par les points 2, 3,4, 5... 12, 13, 14, pour revenir au point 1 . Lorsqu'elle revient pour la seconde fois au point 3, sur le grand axe, elle a parcouru la moitié de sa révolution, qui dessine ainsi trois ellipses entrelacées. Quelles
Fig. 103. — Singulière orbite décrite par une planèta dans un système d'étoiles doubles.
singulières années, quelles bizarres saisons, de telles révolutions ne doivent-elles pas produire ! Mais le panorama de l'univers est infini, et chaque pas conduit à de nouvelles surprises.