‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 92 sur 399 · LA VOIE LACTÉE · texte numérisé non relu

LA VOIE LACTÉE

à la conclusion que son télescope ne lui monti-ait pas moins de dix- ■ huit millions de soleils dans la Voie lactée tout entière! (')

Observons-la pendant ces heures favorables où elle s'élève très haut dans le ciel, emportée, comme tout le firmament, par le mouvement diurne qui élève les astres des vapeurs de l'horizon oriental vers les sereines hauteurs zénithales pour les abaisser ensuite vers l'horizon occidental : les belles nuits d'été sont les plus agréables pour cette contemplation, lorsque Cassiopée, le Cygne, l'Aio-Ie, le Serpentaire, le Scorpion, lancent dans l'espace cette courbe inmieuse et vaporeuse. Si la nuit est profonde, la lune absente, l'atmosphère limpide et transparente, on suit facilement cette traînée lumineuse qui s'étend le long du ciel entier comme un arc de grand cercle. Elle continue son cours sous la Terre et revient par nos antipodes rejoindre la partie visible sur notre horizon; si la Terre était supprimée ou rendue transparente, cette ceinture céleste apparaîtrait sans solution de continuité. Puisque la Voie lactée nous entoure de toutes parts, nous sommes dedans, et le premier point démontré par ce fait est que notre soleil est l'une des étoiles de la Voie lactée.

Si maintenant nous l'examinons plus minutieusement, nous ne tardons pas à reconnaître que ce n'est pas là une couche d'étoiles homogène et régulière, mais qu'il y a là des régions particulièrement blanches où les étoiles sont très nombreuses et très condensées, tandis qu'en certains points l'espace en paraît beaucoup moins chlro-é et presque dépourvu. Ainsi, on remarque une tache très brillante au nord et à Fouest des trois étoiles de l'Aigle, une autre dans l'Ecu de Sobieski et sous la Flèche du Sagittaire, trois autres près des étoiles «, Pet y du Cygne, une autre dans Persée, tandis que l'œil s'arrête avec étonnement sur une place très obscure entre « et y Cassiopée et sur une autre non moins curieuse dans le Cygne, donnant l'idée de vides dévastés à travers cette opulente région. Sa largeur ne varie pas rmomsque son intensité. Du Cygne, où elle présente sa plus grande ; étendue, elle se partage en deux branches surla constellation de l'Ai-lele rameau prmcipal court à travers Antinous, l'Ecu de Sobieski et h Sagittaire, tandis que l'autre se dirige vers le Scorpion, où il semble • s afiaiblir et disparaître. Ces rameaux se courbent pour se réunir dans

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l'hémisphère austral, au Centaure ; dans le Triangle austral, la Voie devient extrêmement brillante, puis elle passe par la Croix du sud, oîx elle présente une lacune, un vide, un trou encore plus étrange que dans le Cygne, connu des marins sous le nom de sac à charbon. Ensuite elle se rétrécit jusqu'à n'oflrir que 4 degrés de largeur, tandis qu'elle en a 16 dans le Cygne, et que ses deux branches s'étalent sur plus de 22 degrés entre Ophiuchus et Antinous. Plus loin, elle se dilate de nouveau et se termine en éventail à trois branches bien distinctes. De là, par les constellations du Grand Chien, de la Licorne, du Taureau et des Gémeaux, elle arrive irrégulièrement au Cocher, et de nouveau elle se dilate dans Persée et Cassiopée pour revenir au Cygne. On se formera une idée exacte de cette circumnavigation céleste par l'examen de notre fîg. 127.

La Voie lactée est donc une nébuleuse résoluble, un amas d'étoiles de forme irrégulière, non pas sphérique, mais au contraire aplati, répandu à peu près dans un même plan, avec des traînées d'étoiles qui s'enfuient dans l'infini. Nous nous trouvons à peu près dans son plan moyen, pas tout à fait dans ce plan, car elle ne dessine pas rigoureusement un grand cercle, mais plutôt un petit cercle tracé à 5 degrés du grand cercle qui lui serait parallèle. Nous ne sommes pas non plus au centre de cet amas d'étoiles, car sa densité nous paraît deux fois plus grande du côté de la XVIIP heure d'ascension droite que du côté de la VP, et par conséquent nous sommes plus près des régions oîi trône Sirius que de celles où se dessine l'Ecu de Sobieski. Maintenant, quelle est la forme exacte de notre immense nébuleuse ? Si nous pouvions en sortir et l'examiner d'un peu loin, la solution du problème nous serait sans doute assez rapidement acquise ; mais, noyés comme nous le sommes dans cette armée d'étoiles, comment en découvrir l'arrangement général et les limites extérieures? Malgré les beaux travaux et les ingénieuses recherches des deux Herschell, de William Struve, de Maedler, de Secchi, de Proctor, il serait prématuré de prétendre en faire le dessin, soit en forme d'île triangulaire, soit en forme d'anneau dédoublé, soit en forme de serpent.

■ Il est certain que les étoiles qui constituent les agglomérations lumineuses de la Voie lactée ne sont pas toutes d'égale grosseur, — par exemple de la dimension de notre soleil ou plus volumineuses encore, — mais qu'un grand nombre sont des soleils plus petits que le nôtre, et distribués en groupes innombrables, où des centaines, peut-être des milliers de soleils, au lieu d'être écartés à des trillions de lieues, ne le sont qu'à des milliards, des centaines de millions, ou moins encore.

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Toutes les étoiles visibles au ciel font-elles partie de notre nébuleuse? Probablement, car le nombre des étoiles, leur densité, augmente dans le ciel entier à mesure qu'on s'approche de la Voie lactée. Ainsi les jauges d'Herschel et de Struve donnent la curieuse proportion que voici :

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