DENSITÉ DES ÉTOILES PAR RAPPORT A LA VOIE LACTÉE
Dans la Voie lactée 122 étoiles par champ de 15'
à 15 degrés de part et d'autre 30 — —
On voit que les étoiles sont en moyenne trente fois plus nombreuses dans le plan de la Voie lactée que vers ses pôles, et que la densité va en croissant progressivement. D'un autre côté, les petites étoiles sont relativement plus nombreuses que les grandes dans et vers la Voie lactée qu'en s'en éloignant.
Il n'y a rien d'impossible, toutefois, à ce qu'à travers des espaces pauvres ou vides de notre amas, nous percions dans l'infini et y découvrions des étoiles qui nous soient étrangères. Certains amas d'étoiles, comme celui de la Chevelure de Bérénice, paraissent être indépendants. Les nébuleuses surtout semblent former un système étranger à celui de la Voie lactée. Leur distribution sur la sphère céleste est précisément contraire à celle des étoiles : la plus grande densité se manifeste près des pôles de la Voie lactée. On aura une idée très exacte de la distribution des nébuleuses par notre fig . 1 28, reproduite d'après une communication de mon laborieux collègue Proctor à la Société royale astronomique de Londres. Chacun des points de cette figure marque la place d'une nébuleuse irrésoluble ; il y en a 4053 : on voit qu'elles semblent fuir la Voie lactée et que leur plus grande agglomération s'établit justement à angle droit avec cette zone. C'est là un fait extrêmement remarquable. C'est comme si l'univers des nébuleuses était complémentaire de l'univers sidéral. Dans ce cas, les nébuleuses, considérées dans leur ensemble, ne seraient pas plus éloignées de nous que les étoiles. Cela ne les empêche pas de planer à des trillions de lieues de nous, et cela n'empêche pas non plus un certain nombre d'entre elles d'être sans doute au delà de notre propre univers.
Pendant les belles nuits de juin et juillet, tournez-vous vers l'est et élevez vos regards vers la Voie lactée, déjà assez haute dans le ciel vers dix heures du soir, et vous ne tarderez pas à remarquer dans cette
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zone laiteuse une grande croLx formée d'étoiles assez brillantes. Cette belle constellation passe le soir au zénith de Paris en août et septembre, et on peut encore l'admirer en octobre et novembre lorsqu'elle descend avec lenteur vers l'horizon occidental. La tête de cette grande croix est formée, à l'est, par une belle étoile de deuxième grandeur (presque de première), a. La croisée de la Croix est marquée par une étoile de deuxième ordre également, mais moins brillante, y; les deux côtés sont indiqués par ^ et e, de troisième grandeur, et le pied est marqué au loin, vers l'ouest, par p, charmante étoile, de troisième grandeur aussi, mais particulièrement belle dans une lunette, car c'est l'une des
Fig. 128. — Distribution des nébuleuses
étoiles doubles les plus ravissantes et les plus faciles à observer. En certaines heures calmes et profondes de la nuit, où la Voie lactée devient lumineuse comme une mer phosphorescente, cet arrangement peut rappeler vaguement l'aspect d'un cygne étendu, surtout à cause de la blancheur qui s'y manifeste, et l'on peut concevoir que l'idée en soit venue aux anciens contemplateurs de la voûte céleste, qui cherchaient avec tant de persistance des emblèmes de la vie, des rapports et des aspects.
Mais ce qui frappe au premier coup d'oeil jeté sur le ciel dans cette région, c'est la forme de cette vaste croix, manifeste et indépendante du ton lumineux ajouté par la Voie lactée. Aussi n'y a-t-il rien de surprenant à ce que le novateur Schiller, dans sa tentative de christianiser le ciel mythologique, essayée en 1627, ait substitué à l'ancien
astérisme des païens une croix portée par sainte Hélène, la mère de Constantin, à laquelle la tradition attribuait, comme on sait, la découverte de la vraie croix sur laquelle Jésus avait rendu le dernier ■soupir, et qui était égarée depuis trois cents ans.
Les anciens avaient identifié le cygne céleste avec l'oiseau dont le perfide Jupiter avait emprunté la forme pour séduire l'innocente Léda.
Fig. 129. — La Croix du Cygne dans la Voie lactée.
Cependant ils ne sont pas tous d'accord sur ce point délicat. Hipparque et Ptolémée la nomment simplement Ornithos, l'oiseau. Manétlion l'appelait, plus vulgairement, la Poule. Eratosthènes lui maintient son titre de Cygne. Les Arabes du x' siècle en avaient fait un pigeon, et aussi une poule. Ce dernier nom lui est resté pendant tout le Moyen Age. Mais, à dater de la Renaissance, le Cygne a repris le dessus. « du Cygne porte aussi le nom de Deneb, abrégé de l'arabe dheneb- €d-dajkjeh (la queue de la poule), p se nomme aussi Albireo, mot qui n'a rien d'arabe, et doit être une dérivation de ab ireo, originaire d'une traduction latine de VAlmageste oîi l'on a écrit euris pour
omis, d'où le latin irio, puis ireo, ce qui n'a plus de sens du tout.
On n'a pu découvrir aucune parallaxe ni aucun mouvement propre à Deneb, ce qui indique une distance inconcevable et un volume gigantesque. Les études spectroscopiques montrent qu'elle s'approche de nous de jour en jour. Mais il faudrait des millions d'années pour qu'oUe arrivât à nous éclairer comme un second soleil descendu des cieux.
Le tableau de la page suivante et la figure qui l'accompagne ren-
Fig. 130. — i^a Croix et Sainte Hélène, constellation chrétienne au xvii» siècie.
ferment toutes les étoiles de cette belle constellation, qui sont visibles à l'œil nu pour une vue moyenne. On remarquera, par la comparaison des observations faites depuis deux mille ans, que plusieurs de ces lointains soleils ont certainement varié d'éclat.
Et d'abord, il est manifeste que l'idée ne saurait venir à personne aujourd'hui de donner la seconde lettre à [3, dont l'éclat est inférieur à y, J et e. Cependant il est probable que ce n'est pas elle qui a varié, mais que les trois autres ont augmenté d'éclat.
L'étoile n, qui était une brillante de la quatrième grandeur du temps d'Hipparque, a été notée de cinquième aux x° et xv' siècles,
ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CYGNE DEUX MIL^E ANS D'OBSERVATION