‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 102 sur 411 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'Aigle et Antinous. — L'Écu de Sobieski. — La Flèche. — Ophiuchus et le Serpent. — Fin de la description de rhémisphére boréal.

Les constellations que nous allons étudier dans ce Chapitre sont les '. dernières qu'il nous reste à examiner de tout l'hémisphère céleste situé au nord du Zodiaque, région du ciel qu'il nous importait le plus de connaître en détail, puisque c'est celle qui règne constamment audessus de nos tètes, celle que nos regards peuvent interroger tous les soirs. Nul ne sera plus autorisé maintenant à ignorer le nom d'une constellation ou d'une brillante étoile ; car, à l'aide des descriptions qui précèdent, la géographie du Ciel n'est pas plus difficile à faire que la géographie de la Terre : l'uranographie peut être considérée comme établie aujourd'hui en des termes assez populaires pour que tout esprit désireux de la connaître puisse y arriver facilement, au prix d'une attention parfois un peu laborieuse, il est vrai, mais qui porte en elle-même sa récompense. La contemplation de l'univers se double du plaisir que nous éprouvons à nous sentir en pays de connaissance, et chaque fois que nous saluons dans les cieux une étoile par son nom, notre esprit se transporte jusqu'à elle, s'identifie avec son histoire, et vit un instant dans les grandeurs sidérales, dans l'immensité de la création, dans l'infini.

Nous avons déjà reconnu l'Aigle, dont la brillante étoile Altaîr, accompagnée de ses deux satellites, trône sur les rives de la Voie lactée, au sud de la Lyre et de la Croix du Cygne. Il n'y a rien de surprenant à ce qu'on ait donné à cette étoile, soutenue par ses deux voisines comme par deux ailes, le nom de l'oiseau colossal qui s'élève le plus haut dans les airs et symbolise la domination, la gloire et le triomphe. Les anciens se sont accordés à lui décerner ce titre, auquel se joint parfois celui d'Armiger Jovis, qui lui est synonyme. Les Arabes l'appelaient el-nars el-taïr « l'aigle volant », d'où est venu le nom à' Altaîr, donné à alpha (et non pas Afaïr, comme on l'imprime dans la plupart des livres d'astronomie).

Dès le temps de Ptolémée, la figure de Toiseau de Jupiter ne couvrait qu'une partie de la constellation de l'Aigle, et les étoiles

australes étaient réunies sous le nom d'Antinous, jeune homme d'une grande beauté qui se noj'a dans le Nil l'an 131 de notre ère, et que l'empereur Adrien regretta si tendrement, qu'il alla jusqu'à lui faire élever des autels, comme à un nouveau dieu, et à fonder une ville sous son nom. Ptolémée étant mort l'an 135, c'est donc entre l'an 131 et l'an 135 que le nom d'Antinous a été placé pour la première fois au ciel, et l'on aurait le droit de reprocher cette flatterie au savant auteur de VAlmageste, si, pour juger les hommes, nous ne devions avant tout nous placer nous-mêmes au milieu de leur siècle et de leurs mœurs, ce qui est toujours pour le philosophe un voyage plein d'étonnements et de surprises.

Quoique le corps d'Antinous ait été dessiné, à côté de celui de l'Aigle, sous la forme la plus distincte, cependant on n'en a pas fait une constellation absolument séparée, et Bayer a distribué les lettres de l'alphabet grec comme s'il s'agissait d'un seul canton de la géographie céleste. Ce sont les étoiles n, 6, t, x, >., v qui forment le corps du favori d'Adrien, enlevé au ciel par l'Aigle qui le tient fortement dans tj^s serres.

L'analogie des figures et du symbole a quelquefois changé Antinous en Ganymède emporté par l'oiseau de Jupiter.

J'ai réuni dans le tableau suivant toutes les étoiles nommées par Bayer, et j'y ai ajouté, jusqu'à la 6* grandeur exclusivement, celles qui étant en dehors du dessin n'ont pas reçu de lettres, et sont désignées par les numéros du catalogue de Flamsteed.

Toutes ces étoiles seront facilement trouvées dans le ciel à l'aide de noire fig. 161. Les trois étoiles principales pointent, au sud, vers 6, de 3' grandeur. De là, en revenant vers l'ouest, on trouve r et 8, puis, en remontant au nord-ouest, ^ et e. C'est comme une croLx irrégulière dont Altaïr formerait la tête et dont "k marquerait le pied.

La dernière colonne du tableau indique l'éclat actuel de ces étoiles. Si l'on veut se rendre compte de leur éclat antérieur, on peut examiner les indications des autres dates. La comparaison de ces vingt siècles d'observation est intéressante. Remarquons d'abord l'étoile e, qui n'a été enregistrée ni par Ptolémée, ni par Sûfi, ni par Ulugh Beigh, et qui apparaît pour la première fois dans le catalogue de TychQ-Brahé, à la fin du xvi* siècle, notée comme étoile de 3* grandeur. Les anciens ont observé sa voisine l, également de 3' grandeur. Il n'est pas douteux que si e avait eu le même éclat dans l'antiquité, elle n'aurait pas été éliminée par Hipparque, et surtout n'aurait pas échappé à la description si minutieuse de Sûfi. Con-

ciuons donc que cette étoile a augmenté considérablement d'éclat entre l'an 1430 et Tan 1590. Elle diminue actuellement et n'est plus que de quatrième grandeur.

PRINCIPALES ÉTOILES DE l'aIGLE ET d'aNTINOiJS

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