‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 108 sur 411 · SERPENT · texte numérisé non relu

SERPENT

. •(99) ■ OPHÎUCHUS.

20 mX

Bcildiice

Fig. 174. — Principales étoiles dOphiuchus et du Serpent.

Le tableau ci-après présente les principales étoiles qui la composent, avec la comparaison des observations faites depuis deux mille ans. Plusieurs m'ont donné, je l'avoue, un assez grand embarras pour leur identification, et cette comparaison m'a montré que Bayer n'a pas observé lui-même cette région du ciel, car il est impossible d'admettre qu'elle ait subi depuis son époque tous les changements qui en résulteraient. Il y a surtout un groupe d'étoiles qui pourrait nous remplir de perplexité : c'est celui des étoiles 6, l, o, t, A, i» et c de la carte de Bayer. La différence est telle qu'on n'imaginerait pas qu'il

'LA UONSTKLLATiON DOl'lIIUOIIUS

s'agisse là du même canton de la sphère céleste. Du reste, déjà, à Paris, il nous est assez difficile de bien observer cette région,- car elle ne s'élève qu'à une faible hauteur au-dessus de notre horizon du sud, et pendant la courte durée de son apparition (août), le crépuscule, Je clair de lune, les brumes ou les nuages, réduisent de beaucoup les heures d'observation. Bayer a eu les mêmes difficultés à Augsbourg. (Mais tout en concluant qu'il n'a pas vérifié personnellement ce groupe, cela ne prouve en rien qu'il n'ait pas observé toutes les autres constellations faciles à vérifier pour la latitude qu'il habitait.)

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION D'OPHIUCHUS DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION

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LA CONSTELLATION DOPHÎUCHU8 24t

Je reproduis ici, comme document instructif, quatre dessins de ce groupe, qui montrent quelles incohérences existent encore aujourd'hui dans les cartes astronomiques et quelles difficultés s'opposent parfois à la sûreté des identilications (c'est ce qui amène souvent des longueurs inattendues et des retards désespérants dans des travaux de la nature de celui-ci). Le premier de ces dessins est celui de Baver

Fig. 17b. — Variations dans les cartes célestes.

(1603), le second, celui de l'atlas de Flamsteed (1753), le troisième, eelui de l'atlas de Bode (1800); le quatrième représente l'état réel actuel du ciel. Cette comparaison montre que le groupe de Bayer n'existe pas. Et il n'a jamais existé, car dès le dixième siècle de notre ère, l'astronome persanAld-al-Rahmanal-Sùfi décrivant le ciel d'après ses propres observations, signale ces étoiles dans l'ordre suivant :

« La 12® (ïi) se trouve sur le genou droit; c'est une brillante étoile de la 3* grandeur, située au bord occiderital de la petite branche de la Voie lactée. La 13* il] se trouve au-dessous, vers lesud ; elle est des moindres de la 4* grandeur. La 14" (A) est la précédente des quatre étoiles qui se trouvent dans la jambe droite, c'est aussi une petite de la 4* grandeur. La 15* (6) suit immédiatement; c'est une brillante de la 4®. La 16® {b) incline un peu vers le nord; elle est des moindres de la 5*. La 17® (c) la suit de très près et est des moindres de la 5'. Ces quatre étoiles sont dans la jambe droite. La 18® (58) suit ces quatre étoiles immédiatement, inclinant un peu vers le nord ; elle est aussi des moindres de la cinquième. »

Cette description correspond encore à peu près à Tétat actuel du ciel. Une légère différence provient du mouvement propre de A qui emporte rapidement cette étoile vers le sud-sud-ouest en l'éloignant de Ô; mais depuis le temps de Sùfi, depuis 9i20 ans, le déplacemenf n'a été que de 19' 28" ou de moins d'un tiers de degré.

24S OPHIUGHUS.— L'ETOÎLB TEMPORAIRE DE 1604

L'étoile r de Bayer n'existe pas et n a jamaiis existé. Cette lettre doit donc être ciracée de la constellation. Cependant on la voit encore sur beaucoup de catalogues etde cartes modernes. L'étoile ode Bayer n existe pas davantage. On a donné cette lettre à l'étoile du n" 67 de Flamsteed, située dans le groupe que l'on voit à gauche dey; c'est encore là une équivoque nuisible. L'étoile appelée depuis 6 ne correspond pas à la position de celle qui porte cette lettre sur l'atlas de Bayer. Celui-ci a pris dans le catalogue de Tycho-Brahé plusieurs étoiles qui étaient marquées comme ayant une latitude boréale, tandis qu'elles en avaient une australe. L'étoile l a été appelée p par Flamsteed, ô par Bode, et les astronomes suivants ont tout simplement supprimé la lettre pour couper court à tout embarras, sans paraître s'apercevoir que loin de le diminuer, ce procédé l'augmentait encore.

Au milieu d'une telle confusion, dont on pourrait trouver plusieurs exemples en d'autres points de cette constellation, il est difficile de décider sur la variabilité de ces étoiles. Ainsi, 0 paraît variable si l'on compare Hévélius (1660) à Bayer (1603) et à Tycho (1590); mais sur ï'atlas d'Hévélius, il y a là la môme incertitude que sur les autres. L'étoile [/- paraît varier de 4 à 5 1/2; elle est à peine plus brillante en ce moment (août 1880) que sa voisine p, xvii, 99, qui varie sans doute aussi elle-même. L'étoile l paraît diminuer d'éclat. L'étoile X a été vue de 4* par Tycho; de 5' par Sûfi, Ulugh Beigh, Piazzi ; de 6" par Flamsteed, Argelander, Heis; elle est actuellement de 4,7. L'étoile 36 A varie de 4 à 6. L'étoile 45 d n'a été notée que de sixième par Flamsteed et surpasse aujourd'hui la cinquième. Enfin l'étoile 71 a diminué d'éclat jusqu'à devenir invisible à l'œil nu.

Deux étoiles temporaires ont brillé, en 1604 et 1848, dans cette constellation d'Ophiuchus. La première a été observée par Fabricius, et par Kepler qui écrivit un ouvrage entier sur elle : De stellà nova in pedeSerpentàrii. Comme la fameuse étoile de 1572 dont nous avons rapporté l'histoire en décrivant la constellation de Cassiopée, elle surpassait, le jour de son apparition (10 octobre 1604), les étoiles de première grandeur et Jupiter lui-môme, atteignant presque l'éclat de Vénus. Sa scintillation était d'une vivacité extraordinaire. En janvier 1605, elle était encore plus brillante que Antarès, mais un peu inférieure à Arcturus. Elle descendit à la deuxième grandeur en février, à la troisième en mars, puis l'observation devint impossible, cette région du ciel disparaissant alors au-dessous de l'horizon. Lorsqu'on la rechercha six mois plus tard, elle avait disparu pour l'œil nu; il était d'ailleurs impossible de la suivre au delà de la vision

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