‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 12 sur 411 · SU · texte numérisé non relu

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Il est bien certain aussi que l'étoile e n'appartient pas aujourd'hui à la 3* grandeur, comme au temps de Tycho, de Bayer et d'Hévélius; elle n'est même pas une brillante de la 4" (je l'ai trouvée inférieure à x le 10 mars 1880). Or, cette variabilité, déjà'indiquée par ce fait, est confirmée par les observations de Flamsteed et Piazzi, qui l'ont notée seulement de 5" 1/2. De plus, c'est une étoile double, dont Struve a noté les composantes 4,0 et 7,6 en 1832, Smyth 5 1/2 et 9 1/2 en 1833, Wrottlcsloy 5 1/2 et 9 en 1859, Duner 4 et 8 en 1867, 5 et 7 en 1871, 3 et 7,5 en 1872. Nous avons donc là certainement une étoile variable,

et le plus curieux est que ses deux composantes varient. L'amiral Smyth écrivait en 1833 que e et o Dragon sont égales et de 5"^ grandeur 1/2. Le 18 mars 1880, je les ai comparées et ai trouvé o d'une grandeur entière au-dessous.

L'étoile A, non remarquée jusqu'au quinzième siècle, a été vue de 3' grandeur par Tycho en 1590 et par Hévélius et 1660, et très certai nement, si elle avait brillé d'un pareil éclat au temps d'Hipparque, elle aurait été incorporée au Dragon, dans le troisième repli duquel elle se trouve. Elle descendit à la 4* grandeur et est aujourd'hui de 5*. Au contraire, l'étoile w, située dans la môme région du ciel, et qui a été notée de 6* grandeur jusqu'au xv* siècle, s'est élevée à la 4* du xvi" au xvin% et est aujourd'hui de 5*. L'étoile a, comme nous l'avons vu, s'est élevée à la 2* grandeur au xvn' siècle ; l'étoile |3 a atteint le même éclat à la fin du siècle dernier, ainsi que y, tandis que e descendait, au xvnf , au-dessous de la 5^ grandeur. L'étoile tt, notée toujours de 4* ordre, et même de 3^ au xv* siècle, est de 5^ aujourd'hui; p est descendue de 3 | à 5 |, pour remonter à la 4" ; e est tombée de 5 à 6; fjt est de 5| aujourd'hui, moins brillante que sa voisine 17 et presque égale à une septentrionale qui forme un triangle avec elles. Quelques autres fluctuations sont probables. Certaines étoiles présentent, au contraire, une stabilité d'éclat bien remarquable : exemple V et h, ce qui prouve que, s'il ne faut pas attribuer une précision absolue à ces estimations de grandeur, l'accord entre elles est néanmoins assez satisfaisant pour que l'on puisse conclure à une variation réelle quand l'écart surpasse une grandeur entière ; d'ailleurs, toute équivoque est impossible quand la comparaison fait changer l'ordre de l'éclat comparatif. Ainsi, par exemple, aux seizième et dix-septième siècles, a surpassait |3 et y, tandis qu'aujourd'hui l'ordre d'éclat est : 1° Y 3» s,ç

Ces variations sont d'autant plus sûres, que les appréciations de chacun des onze observateurs de la liste précédente sont absolument indépendantes les unes des autres. Ainsi le ciel n'est point aussi immuable, aussi inaltérable qu'il le parait : c'est la brièveté de notre ' vie qui nous le fait croire éternel.

Anciennement la figure s'arrêtait à >, que Ton appelait « la dernière de la queue »; et Baj'^er termine son dessin sans étoile; maintenant, on remarque une étoile de 4* grandeur (Piazzi, IX, 37) qui prolonge la queue jusque près du pôle. Cette étoile a dû augmenter d'éclat, ainsi que celle qui forme un trait d'union entre elle et a

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Fig. 13. — L'étoile double v du Dragon.

La constellation du Dragon réserve à l'étudiant du Ciel des curio. sites digues d'occuper les meilleures heures de ses plus belles soirées, d'autant plus facilement que cette région, ne descendant jamais audessous de l'horizon de la France, est perpétuellement visible pour nos latitudes.

J*engagerai les commençants à diriger d'abord leur lunette vers l'étoile v, de 4" grandeur, avec laquelle nous avons déjà •fait connaissance ; ils découvriront, non sans un certain plaisir, que cette étoile se compose de deux de 5" grandeur, très écartées (6'2"). Une jumelle grossissant 3 à 4 foic suffit pour les dédoubler. Ces étoiles sont remarquées depuis deux siècles (Flamsteed, 1690), et, il y a cent ans, William llerschel croyait qu'elles avaient changé de position l'une par rapport à l'autre. C'était là une conclusion prématurée. La comparaison des observations faites depuis un siècle prouve, au contraire, qu'elles restent fixes l'une par rapport à l'autre, mais qu'elles sont animées d'un mouvement propre commun dans l'espace, et que, par conséquent, elles forment un système physique. Si, ce qui est assez probable, elles gravitent l'une autour de l'autre, comme depuis deux siècles elles n'ont certainement pas tourné de plus de 2 degrés, elles emploient peut-être 36 000 ans, 360 siècles, pour tourner de 360 degrés ou d'une révolution entière! Quel œil mortel pourrait contempler sans intérêt ces deux soleils, perdus dans le fond de l'espace, à une distance inimaginable de nous, et écartés l'une de l'autre à plusieurs milliards de lieues (quoique pour nous ils paraissent se toucher), qui sont emportés tous deux ensemble, comme deux frères jumeaux, dans une destinée commune, et qui sans doute, distribuent autour d'eux, aux terres célestes bercées dans leur attraction et dans leur lumière, les rayonnements féconds d'une vie étrange et mystérieuse !

L'étoile 0 est également double, et intéressante. Grandeurs des composantes : 4f etSJ; distance : 32"; la plus brillante étincelle d'une limpide lumière jaune d'or ; la seconde est nuancée de lilas. Beau

groupe, facile à observer. D'après la comparaison que j'ai fait^, ies mesures anciennes avec les modernes et avec les miennes, j'ai concl».''. que ces deux étoiles ne se connaissent pas et forment un groupe de perspective : la moins brillante est sans doute éloignée au delà de la plus brillante à une distance prodigieuse, peut-être plus- grande que la distance même qui sépare la première de la Terre.

L'étoile tj' présente un intérêt d'un autre ordre. Elle est double aussi, et depuis l'année 1755 que nous avons les yeux sur elle, ses deux composantes n'ont pas varié de position, quoiqu'elles soient réunies entre elles par les liens de l'attraction et soient emportées dans l'espace par un mouvement propre commun. L'éclat des composantes

Fig. 14. — L ctoilo double o du Dracron.

Fi?. 15. — L'étoile double <b du Diairnn.

est respectivement 5* et 6" grandeur; mais, à l'œil nu, ces deux étoiles n'en font qu'une de 4 1/2. Distance =: 31". Jaune et lilas. Beau contraste. — L'étoile u, angle opposé à ^ dans le losange (J*, X, 9, u me paraît variable : l'observer de temps en temps.

On peut aussi chercher l'étoile 40, située non loin de e Petite Ourse, et que l'on trouvera en s'aidant de notre petit carte de la p. 16. C'est une étoile de 5® grandeur, qui se dédouble en une étoile de 5* 1/2 et une de 6". Ecartement 1= 20". L'étoile 17, au bout de la tête, sur le prolongement de $, v et p, est une belle étoile triple, dont deux composantes sont de 6* grandeur et la 3* de 6 1/2 : distances 4" et 90".

Ce sont là les principales curiosités étoilées de cette région du ciel que l'on puisse observer à l'aide d'instruments de moyenne puis-

NÉBULEUSE GAZEUSE AU POIJ] DE LKCLIPTIQUE 33

sance ('). Mais il y a dans ces parages uii spectacle céleste à contempler, qui ne le cède en rien aux précédents et qui nous transporte vers des horizons encore plus inattendus et plus immenses. Environ au milieu du chemin entre l'Étoile polaire et Gamma du Dragon, justi;ment sur le pôle de l'écliptique, près de l'étoile Oméga, se trouve l'uiu; des plus curieuses nébuleuses qui existent. Elle offre l'aspect d'un disque planétaire ou d'une étoile qui n'est pas au foyer de l'instrument et a la forme d'une ellipse mesurant 23 secondes de longueur sur 18 de largeur. Sa lumière est bleuâtre et au centre brille une petite étoile de onzième grandeur qui paraît être le noyau de ce monde en formation. Eh bien, c'est cette nébuleuse qui, ayant été examinée la première au spectroscope, a prouvé par la révélation de sa constitution chimique qu'il y a de véritables nébuleuses à l'état gazeux. De-

i. •„«-.j-^ „ . „ Fig. IG. — La nébuleuse du pôle de Iccliptioue.

puis cent cmquante ans, en 114

effet, les astronomes étaient fort embarrassés pour décider s'il y a de véritables nébuleuses gazeuses, et l'intérêt du sujet n'a fait que grandir depuis que William Herschel a exprimé la pensée que ces amas sont des portions de la matière primitive qui s'est condensée en étoiles, et qu'en les étudiant, nous étudions en même temps quelques-unes des phases par lesquelles les soleils et les planètes ont passé.

L'agrandissement continu de la puissance télescopique n'a pas donné à la science le dernier mot du problème des nébuleuses, car à mesure que les instruments d'optique devenaient plus immenses et plus pénétrants et permettaient de résoudre en étoiles un plus grand nombre de ces nuées, ils amenaient la découverte de nébulosités

(') Couples de la même constellation, plus difficiles à dédoubler :

t) 3e et 10". Distance = 4", 7, jaune pâle et bleuâtre.

e 5« et 8". Distance=- 2",^, or et azur. La petite étoile varie d'éclat de Te à 10*.

ix 5* et 5e. Distance = 2", 5. Système orbital rapide. C'est la première étoile de la tête du Dragon (au bout de la langue). Les Arabes la nommaient Arrakis « le Danseur. » Ce couple a tourné de 64^ depuis cent ans; il doit avoir une période de 6G(J uns environ.

ASIT.ONO.MIE POPUL.\inE. MO SUPPLÉVENT. 5

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