LES NÉBULEUSES
plus pâles OU plus lointaines, et l'on voyait apparaître ces formes fantastiques, ces agrégats de lumière diffuse qui ne semblent point dus à de véritables amas de soleils innombrables situés à des distances de plus en plus inaccessibles. L'analyse spectrale, en supposant qu'elle fût applicable à des objets si excessivement faibles, devenait évidemment une méthode d'investigation très propre à faire reconnaître s'il n'y a que des amas d'étoiles ou s'il existe de véritables nébuleuses gazeuses.
Dès Tannée 1864, l'astronome anglais Huggins avait choisi pour premier essai d'analyse la petite nébuleuse dont nous parlons. Sa surprise fut grande, lorsqu'en regardant à travers la petite lunette de l'appareil spectral, il reconnut que son spectre n'avait plus cette apparence de bande lumineuse colorée qu'une étoile aurait fait naître, et qu'au lieu de la bande continue, on n'apercevait plus que trois raies brillantes isolées. Cette observation suffisait à résoudre le problème depuis si longtemps agité, du moins pour cette nébuleuse particulière, et pour prouver qu'elle était, non un amas d'étoiles distinctes, mais une nébuleuse véritable. Un spectre de cette nature, autant- du moins que les données acquises permettent de l'affirmer, ne peut être produit que par la lumière émanée d'une matière à Vétat de gaz. On pouvait donc en conclure, dès ces premières observations, que la lumière de cette nébuleuse n'émane pas d'une matière solide ou liquide incandescente, comme la lumière du soleil et des étoiles, mais d'un rjaz luinineux.
Il était important de reconnaître, si cela devenait possible, par la position de ces raies brillantes, la nature chimique du gaz ou des gaz dont ces nébuleuses sont formées. Les mesures prises de la plus bril-
Fig. 17. — Spectre de la nébuleuse du pôle de l'écliptique.
lante de ces lignes montrent qu'elle occupe dans le spectre une position très voisine des raies les plus brillantes du spectre de l'azote. La plus faible des raies coïncide avec la raie verte de l'hydrogène. Mais la raie moyenne du groupe des trois lignes qui forment le spectre de la nébuleuse n'a son identique dans aucune des raies intenses des spectres des éléments terrestres connus. Il y a là un état de la matière inconnu pour nous. On voit un spectre continu excessivement faible
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provenant du centre de la nébuleuse, d'an noyau très petit, mais plus brillant que le reste de la masse. L'observation nous apprend à peu près certainement que la matière du noyau n'est pas à l'état de gaz. comme celle de la nébulosité qui l'entoure. Elle consiste en une matière opaque qui peut exister à l'état de brouillard incandescent, formé de particules solides ou liquides.
Le résultat nouveau et inattendu auquel venait de conduire l'examen spectroscopique de cette nébuleuse frappa de surprise les astronomes et les engagea à étudier attentivement les autres créations analogues qui sont disséminées dans l'étendue des cieux. Le résultat de cette analyse a été qu'un grand nombre de nébuleuses sont composées de véritables gaz, — de gaz flamboyants visibles à des milliers de milliards de lieues d'ici !
Lors donc que nous observons cette pâle nébuleuse bleuâtre située au pôle de l'écliptique, nous savons que c'est là un amas de matière gazeuse incandescente, déjà muni d'un noyau central de condensation, et nous devinons dans cette lueur lointaine l'ardente genèse d'un nouveau monde. Nous assistons d'ici à la création ! ... Là brille déjà un embryon de soleil ; là se prépare un système planétaire. Que dis-je ! le rayon lumineux qui nous arrive en ce moment de cette région de l'infini en est peut-être parti il y a plusieurs millions d'années, et peut-être qu'en ce moment une ou plusieurs planètes sont déjà formées, fécondées, habitées, et peut-être qu'il y a là aussi des yeux qui nous contemplent, et pour lesquels, notre histoire étant également en retard de plusieurs millions d'années, notre système solaire n'est encore qu'une nébuleuse circulaire, vue justement de face : ils se demandent si un jour notre nébuleuse deviendra soleil et planètes et ne se doutent pas que nous existons déjà et que nous pourrions leur répondre! Voix du passé, vous devenez maintenant les paroles de l'avenir, tandis que le présent, l'actuel, disparait pour les regards échangés à travers les vastes cieux , à travers l'infini, à travers l'éternité!
La petite nébuleuse avec laquelle nous venons de faire connaissance est la 31^ de la IV^ classe du Catalogue de William Ilerschel, et est désignée, pour cette raison, sous le chiffre H. IV, 37.
L'étude de chaque constellation nous réserve ainsi des enseignements inattendus. Les deux premières que nous venons d'analyser offrent, comme on le voit, des curiosités variées dont l'inspection peut faire l'emploi agréable de plusieurs charmantes soirées ; il suffit, pour les observations télescopiques, d'être muni de l'un des quatre instru-