‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 133 sur 411 · I.E TAUREAU · texte numérisé non relu

I.E TAUREAU

n'en aurait guère trouvé, car ce n'est pas ce genre de beautés qui intéressait le plus le royal chasseur du Parc aux cerfs. — Messier, fort heureusement, cherchait des comètes pour son plaisir personnel, et, chemin faisant, il trouvait des nébuleuses dont la contemplation

faisait tressaillir son cœur d'astronome. Vue dans une lunette ordinaire, la nébuleuse dont nous parlons offre l'aspect d'une tache laiteuse ovale {fig. 225) mesurant 5' 1/2 de longueur sur 3' 1/2 de largeur. Un instrument plus puissant permet de découvrir une extension de la nébulosité vers les angles, qui donne à la figure un aspect presque rectangulaire.

Le grand télescope de Lord Rosse métamorphose encore plus complètement cet aspect en jetant sous les yeux de l'observateur le monstre sidéral reproduit ici (^gi.226), qui a fait donner à ce lointain univers le nom de nébuleuse de l'écrevisse. Quelques étoiles se projettent sur cette nébuleuse, mais elle ne se résout pas elle-même en étoiles.

Nous arrivons maintenant à la constellation des Gémeaux, qui succède vers l'orient à celle du Taureau, et qui se fait reconnaître à tous les yeux, par ses deux étoiles caractéristiques, Castor et Pollux, brillantes de deuxième grandeur. Il serait superflu de chercher en dehors de ces deux étoiles fraternellement associées dans leur cours céleste la cause ou l'origine du nom donné à cette constellation, car ces deux astres brillent sous la voûte étoilée comme deux frères jumeaux réunis par la même destinée. Ils commencent à se lever à l'est en novembre, trônent dans le ciel de décembre à avril et descendent à la fin de mai sous l'horizon occidental. On les voit toujours ensemble, et il n'y a rien de surprenant à ce qu'on les ait qualifiés de frères jumeaux. Cette

Fig. 226. — La nébuleuse du Taureau, vue dans un grand télescope.

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explication de leur nom me paraît toute simple, et par cela mc'iie beaucoup plus probable que celle de Dupais, Fi-ancœur,Dulaure, etc., qui pensent que ce nom a été donné à cette partie du ciel parce qu'elle présidait à l'époque de la g-ermination et annonçait la fécondité.

Les anciens appelaient les Gémeaux tantôt Castor et Pollux, tantôt Apollon et Hercule; ces quatre personna<^es étaient du reste tous les quatre fils de Jupiter. La première appellation a prévalu. La dénomination de Dioscures (littéralement enfants de Jupiter) a été réservée à Castor et Pollux. Si l'on en croit l'auteur de 17/iade, leurs mères auraient été cette fameuse Léda dont on a tant parlé, et la belle Tyndare, plus modeste sans doute, ou moins originale dans ses goûts, car sa renommée n'est pas descendue jusqu'à nous. Le culte des Dioscures était répandu dans toute la Grèce et l'Italie. Castor et Pollux étaient les dieux tutélaires de l'hospitalité. On croyait aussi qu'ils avaient le pouvoir d'apaiser les tempêtes et qu'ils apparaissaient sous la figure de flammes légères au sommet des mâts et dans les vergues des navires. C'était là le phénomène électrique connu sous le nom de feux Saint-Elme. Nous les voyons encore sculptés aujourd'hui sur les portails d'un grand nombre de cathédrales.

On trouve parfois de singuliers rapprochements entre les peuples les plus éloignés ethnologiquement et historiquement.Ainsi, une race humaine tout entière a récemment disparu de la surface de notre planète : la race des Tasmaniens, en Australie, dont le dernier survivant est mort en 1876. Eh bien, cette race sauvage avait cependant une sorte d'astronomie rudimentaire; Castor et Pollux étaient pour eux deux Noirs, les inventeurs du feu, aujourd'hui transportés parmi les étoiles.

Les Gémeaux ont été représentés dans les atlas célestes sous différentes formes. Généralement ils sont dessinés , comme sur notre fig. 196 (p. 281), sous l'aspect de deux enfants accolés, dont l'im. Castor, tient une lyre, et dont l'autre, Pollux, porte une massue; ce sont clairement là les attributs d'Apollon et d'Hercule, dont nous parlions tout à l'heure. A une certaine époque on les a retournés et on ne les a plus dessinés que vus de dos ou de profil, près de l'Écrevisse. (Revoir la fig. 106, p. 156). Au xv' siècle, on leur a mis des ailes et on en a fait des anges, comme on le voit sur les éditions d'Aratus et d'Hyginus de cette époque. Sur certaines cartes du xvii* siècle , ils sont séparés et debout, Pollux est armé d'une lance et d'une massue, Castor porte d'une main sa lyre qui parait être devenue une cage (c'est une sorte de cythare verti-

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caio), et de l'autre un petit bâton, servant sans doute à jouer

de cet instrument. Sur l'atlas ^^^^^^ de Bayer , Pollux est armé d'une faucille. La place nous manque pour reproduire tous ces curieux dessins ; mais pourtant je ne puis résister au plaisir de vous offrir ici d'une part {fig. 227) ces deux petits héros que j'extrais d'une carte pu- Fig. 227. —Dessin des Gémeaux, au XVII» siècle. bliéc à Amsterdam au Commencement du règne de Louis XIV, et d'autre part {fig. 228) une autre représentation des Gémeaux non moins curieuse assurément,

extraite de V Astronor)iie du roi Alphonse X (douzième siècle), et sur laquelle le commentateur paraît avoir voulu ressusciter Adam et Eve, les deux premiers jumeaux de la création. Mais nous n'avons pas le temps de nous appesantir plus longtemps sur ces aspects particuliers de l'histoire des constellations, car les étoiles nous réclament, et parmi celles qui nous attendent ici, plusieurs peuvent compter parmi les plus intéressantes du ciel tout entier.

Outre les deux étoiles principales Castor et Pollux, qui ont reçu les lettres a et p de la constellation, les Gémeaux renferment une autre étoile de deuxième grandeur, y (au pied de Pollux en descendant vers « Orion), et six de troisième grandeur : a, e, ç, n, 9 et |tx. Ç est variable, comme nous le verrons, et /x a augmenté d'éclat. On apprendra à connaître les étoiles de cette constellation et à les trouver dans le ciel à l'aide du tableau ci-dessous et de la fig. 229 qui le complète.

La comparaison des éclats observés depuis deux mille ans met en évidence quelques variations intéressantes. Et d'abord Castor et Pollux sont présentés par tous les anciens comme égaux et de deuxième grandeur. Flamsteed fait Castor de première, mais il n'a inscrit qu'une seule fois sa grandeur dans toutes ses observations de Greenv^^ich, de sorte que ce témoignage perd de son importance intrinsèque. A l'opposé, Piazzi a fait Castor moins brillant que Pollux,

Fig. 228. — Dessin des Gémeaux, au XII' siècle.

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