BELLE ÉTOILE TRIPLE DANS LE CANCER
Struve, est généralement désignée sous une lettre erronée et qui pei;t induire en erreur. Les uns, comme SmyLh, Webb, etc., la nomment <t' : or elle n'est pas du tout dans le groupe des a. D'autres,comme Herschel, Struve, la nomment i' : or elle est fort loin de t. 11 me semble que pour éviter toute confusion, le mieux est de lui laisser tout simplement son numéro classique, c'est-à-dire 57 FI.
Les observateurs très patients pourront aussi chercher à droite de v' : ils trouveront là un joli couple , de 1" et 7*1, dont les composantes sont
,, r ^„ n r\ 1. n Fig. 24t. — L'étoile triple î du Cancer.
écartées a o",9. On 1 appelle
aussi u', mais c'est encore là une confusion regrettable : c'est le n" 24
de Flamsteed, invisible à l'œil nu.
Nous arrivons ici au groupe le plus curieux de cette constellation, à la fameuse étoile triple Ç du -.
Cancer, qui est l'une des plus intéressantes du ciel entier — nous pourrions même dire la plus importante au point de vue spécial des systèmes multiples, car c'est là le premier système ternaire que nous ayons pu analyser dans tout l'univers.
Cette étoile se présente dans le champ de la lunette sous l'aspect reproduit ci-dessus {fig .241).
L'étoile la plus brillante, que nous appellerons A, a pour grandeur 5,0; sa voisine, que nous appellerons B , a pour grandeur 5,7 ; la troisième, que
nous appellerons C, a pour grandeur 5,4. La deuxième (B) touii-.e très rapidement autour de la première; la troisième circule auto m de ce couple, mais avec une grande lenteur.
ASTRONO.MIE. — SUPPLÉMENT. 43
ISUS»
Fig.242. — Orbite apparente de i du Cancf-r.
338 SYSTEME TERNAIRE DE ï DU CANCER
Depuis la première mesure faite en 1781 par William Herschel, l'étoile B a déjà parcouru presque deux fois son orbite; elle est repassée en 1840 au point oii elle avait été vue en 1781, et depuis 1840 elle a déjà accompli les deux tiers d'une révolution nouvelle. J'ai calculé cette orbite en 1873, et trouvé 61 ans pour la durée de la révolution ; mais cette durée ne doit pas être constante, à cause de l'action perturbatrice de la troisième étoile. L'orbite apparente, telle que nous la voyons de la Terre, est presque circulaire; mais l'étoile A n'est ni au centre ni au foj'^er de cette orbite apparente, de sorte que la distance varie suivant une proportion assez forte : de 0",4 à i",2. L'orbite réelle est plus allongée; la projection de son grand axe forme un angle considérable avec le grand axe apparent, comme on peut en juger par la figure précédente, qui représente l'orbite tracée sur l'ensemble de toutes les observations précises faites depuis 1825. — L'échelle est de 2°^ pour 1".
C'est là un couple orbital très serré et fort rapide. Mais son intérêt s'accroît considérablement par Tsxistence de la troisième étoile qui forme un système physique avec les deux premières et gravite lentement autour d'elles. Examinons en détail les caractères de ce triple système.
Mes recherches sur les étoiles doubles m'ayant conduit, dans le cours de l'année 1873, à analyser toutes les observations faites sur ce groupe remarquable, j'ai été frappé de la forme irrégulière affectée par le mouvement de la troisième étoile. Construisant l'orbite apparente, comme j'avais l'habitude de le faire pour les couples d'étoiles doubles en mouvement rapide, je trouvai des stations et des rétrogradations inattendues, et une courbe en forme d'épicycloïde. Tournant et retournant les observations dans tous les sens, je ne cessai pas de trouver cette irrégularité constante, et au mois de mars 1874 je communiquai ce fait si curieux à plusieurs astronomes, qui partagèrent mon étonnement (notamment à MM. Faye, Président du Bureau des Longitudes ; Paul et Prosper Henry, de l'Observatoire de Paris; Gonzalès, de Bogota, alors à Paris ; Charles Boissay» rédacteur des Mondes, etc.). Avant de présenter ce résultat à l'Académie des sciences, comme j'avais l'habitude de le faire, je voulus le compléter par les mesures récentes les plus précises que je pourrais obtenir, et j'écrivis à cet égard à M. Otto Struve, directeur de l'Observatoire de Poulkowa, pour lui demander communication de ses dernières mesures sur ce remarquable système. L'astronome russe ne me répondit pas; mais quelques mois après, tandis que M. Faye et moi attendions sa réponse, il crut mieux faire, sans doute, en l'envoyant à l'Académie elle-même et en révélant au monde savant cette singularité de l'orbite de la troisième étoile de Ç du Cancer. C'est une coïncidence bien remarquable que M. Otto Struve ait justement fait cette découverte après avoir reçu ma lettre ; c'en est une autre non moias curieuse qu'il se soit justement occupé de l'analyse de cette étoile en même