SYSTEME TERNAIRE DE C DU CANCER
temps que moi (qui consacrais alors exclusivement mon temps (1873 et 1874) à cette analyse des couples rapides) ; c'en est une troisième qu'il ait construit l'orbite apparente par la méthode graphique que j'employais comme première approximation de préférence à l'analyse mathématique; c'en est une quatrième qu'il ait envoyé sa découverte en France contrairement à ses habitudes allemandes et russes, etc. En raison de ces curieuses coïncidences, j'ai, le jour même de la publication de son travail dans les Comptas rendus, remis à l'Académie un pli cacheté constatant les résultats auxquels j'étais parvenu, indépendamment de l'astronome russe (ne pas lire rusé) et antérieurement à leur publication [ce document est toujours h l'Académie, et on le décachettera quand M. 0. Struve le désirera]. Mais ne perdons pas plus de temps en futilités et parlons de l'anomalie dont il s'agit.
Depuis la première mesure, faite en 1756 par Tobie Mayer, l'étoile C a parcouru 68°, non d'un mouvement uniforme, mais d'un mouvement irrégulier.
Les mesures de 1756 à 1826 sont trop incertaines pour essayer le tracé de la courbe ; mais à partir de 1 826 elles permettent ce tracé. Si l'on prend le milieu entre l'étoile A et l'étoile B, ce point voyage avec le mouvement circulaire de B et décrit d'année en année la courbe représentée par la flèche intérieure {fig. 243). C'est généralementà ce milieu mobile que se rapportent les mesures de C, car comme A et B sont presque de même éclat, on pourrait les prendre l'une pour l'autre et mesurer par inadvertance BG pour AC :
il est préférable de placer le point de ^ rc». ->., \ ^\J^K^ ^ départ entre les deux étoiles. Or, si l'on "** "'* ''• ^<<^ '\^
reporte sur un diagramme toutes les mesures faites à partir de ce point mobile, on obtient la singulière courbe que l'on voit au sommet du petit diagramme ci-dessus : l'étoile G avance d'un mouvement direct jusqu'en 1835, descend, rétrograde jusqu'en 1845, repart, un peu au-dessous de < la courbe primitive, jusqu'en 1854, tourne \ de nouveau, en rétrogradant, jusqu'en \ „^^ 1860, puis remonte, repasse en 1862 tout près du point où elle est passée en 1836, ^ ^^^ et repart d'un mouvement direct, en s'é- o^^^'
levant jusqu'en 1869-1870, pour redescendre lentement jusqu'à l'époque actuelle. Il y a là deux espèces d'épicycles irréguliers extrêmement curieux (fig. 243 :
érhplle de l-""" nmir 1") Fi3.?43.-Le système ternaire de ; du Cancer.
eLueue ue 1 puui 1 ]. Mouvement observé sur la troisième étoile.
On peut aussi , sur ce même dessin, pointer les mesures prises à partir de l'étoile A ; elles s'accordent avec les précédentes.
Tel est le mouvement des deux étoiles B et G autour de A supposée fixe. On le voit, le cours de B est régulier, mais celui de G est étonnamment compliqué. Nous avons là les deux mouvements tels qu'on les observe de notre observatoire terrestre.
Si l'orbite de la troisième étoile était tracée autour du point médian mobile,
SYSTEME TERNAIRE DE î DU CANCER
considéré comme centre de gravité, elle devrait reproduire dans l'espace une courbe semblable à celle de ce centre de gravité, avoir rétrogradé, en descendant, de 1826 à 1851, et en remontant de 1851 à 1864, et avoir suivi un marche directe à partir de 1864 en remontant jusqu'en 1875 pour s'abaisser ensuite. La dernière partie de la courbe tracée se conforme assez bien à cette hypothèse, car le mouvement est direct depuis 1864; la section de 1864 à 1858 s'accorde encore avec le déplacement du centre de gravité pendant cette période; mais de 1858 à 1864 l'étoile G remonte, ensuite rétrograde de 1854 à 1844 (suivre sur le dessin), puis revient de 1844 à 1832, sans que l'allure de notre flèche courbe justifie en rien cette sorte de boucle. Le déplacement du centre de gravité de
AB
-^ n'est donc pas seul en jeu dans la production de cette orbite.
Ainsi, l'étoile C ne tourne d'un mouvement régulier ni autour de A, ni autour du centre de gravité entre A et B, supposé situé entre ces deux étoiles.
n y a un tel fouillis (c'est le mot) dans les positions mesurées de 1837 à 1863, que la courbe précédente est loin d'être sûre, et qu'au lieu de cette double boucle on peut également tracer celle de la fig. 244 qui représente sans plus do
sûreté l'ensemble de ces positions. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'étoile G s'est arrêtée en 1837, a subi une double perturbation., est revenue vers le même point en 1863, et depuis a continué de marcher en sons direct, en traçant une courbe assez régulière qui s'abaisse depuis quelques années et va sans doute de nouveau s'arrêter et rétrograder.
L'arrêt de 1837 correspond à l'époque de l'aphélie des étoiles formant le couple A et B. La plus grande vitesse correspond à l'époque du périhélie de ces deux étoiles. Nous pouvons nous demander laquelle des deux étoiles A et B exerce la plus puissante influence attractive sur la troisième étoile. Il semble que ce soit B, car si l'on trace la courbe sur l'ensemble des positions mesurées, en supposant B fixe et A tournant autour, on obtient la fig. 245, sur laquelle la courbe se montre plus développée et moins compliquée. Il y a encore l'arrêt de 1837, et un abaissement de la trajectoire ; mais, à partir de 1846, le mouvement est direct; il arrive à un maximum de vitesse en 1851-1852, époque à laquelle l'étoile A s'est trouvée en conjontion et où les trois astres étaient en ligne droite; puis on remarque un ralentissement et un abaissement de 1858 à 1863, et ensuite l'orbite subit une inflexion qui paraît reproduire par sa direction comme par sa forme celle du centre de gravité de 1863 à 1880.
Enfin, pour épuiser la discussion de cet intéressant problème, j'ai encore tracé 1-a courbe du mouvement, non plus autour de A ou de B fixes, avec la
244. — Courbe possible de la troisième étoile du système Ç du Cancer
SYSTÈME TERNAIRE DE ç DU CANCER
centre de gravité mobile, mais autour de c(! centre de gravité lui-môme supposé fixe. Effet, si l'étoile G subissait uniquement l'influence de ce centre de gravité (su ;)posé coïncidant avec le milieu entre A et B), son mouvement autour de ce centre devrait être uniforme et régulier. Or, il n'en est rien, comme on peut en juger par la fig. 246. L'arrêt de 1837 se manifeste toujours. 11 en est de même de l'accélération de 185I-1H52. On remarque un ralentissement en 1855 et une nouvelle rétrogradation. Puis la courbe reprend en sens direct et s'infléchit pour se rapprocher de nouveau du centre en arrivant à l'époque actuelle. Il faut donc que de 1836 à 1847 et que de 1855 à 1865 le centre de gravité ait été abaissé et reculé, ou, pour une cause quelconque, ait agi moins fortement. Le premier cas s'expliquerait par la prépondérance de l'étoile B, à l'aphélie, et dans la section inférieure de son cours. Ensuite, les trois étoiles arrivant en ligne droite, il y
Fip. ?!.'). — Courbe décrUe par la Irois'ème étoile en supposant la deuxième immot)ile.
F/g. ?.'if). — Co'jrbe décrite pnr \r\. troisième (5t3ile autour du centre de ligare supposé lixe.
aurait eu recrudescence de vitesse dans le mouvement de la troisième; puis B Aurait opéré de nouveau une sorte d'enrayement jusqu'en 1365, où l'approche du périhélie aurait de nouveau ranimé le mouvement orbital.
Si l'on admet que les trois étoiles aient la même masse, et si l'on trace l'orbite elliptique de B autour de A supposée fixe, on constate que, lorsque B est au périhélie et en conjonction, le centre de gravité des trois soleils se trouve en dehors de l'orbite de B, entre B et G, au sixième de la distance de B à G. Au contraire, lorsque B est à l'aphélie et en opposition, le centre de gravité des trois corps se trouve dans l'intérieur de l'orbite de B, au dixième de la distance de A à G. Dans le premier cas, l'étoile G subit une attraction plus énergique et sa trajectoire doit paraître s'élever, puisque le centre de gravité s'élève lui-même. Dans le second cas, cette troisième étoile doit s'abaisser et en môme temps se ralentir. Les deux circonstances du second cas, l'aphélie et l'oppositicn, se sont présen-
tées de 1837 à 1852; les deux circonstances du premier, le périhélie et la conjonction, se sont présentées en 1869 et 1874. L'aspect de nos deux premières figures, dans lesquelles le mouvement est rapporté à A supposée fixe et B mobile, s'accorde assez bien avec ces conditions. D'autre part, l'accélération de mouvement en 1851-1852, mis en évidence par les deux figures suivantes, conduirait à penser que l'étoile A a eu à cette époque une plus grande influence sur C, accroissant alors sensiblement sa vitesse. Le troisième corps a été chassé sur soi; orbite avec plus d'énergie en 1832, 1851 et 1870 qu'en 1843, 1862 et 1880. Il ^ a là une sous-période de dix-neuf ans assez singulière.
Ce curieux système ternaire est le premier exemple que le cie\ sidéral nous ait offert du fameux problème des trois corps, que nul géomètre n'a encore pu résoudre, et qui, par sa nature indéterminée, se trouve même encore aujourd'hui au-dessus des esprits mathématiques de Tampleur des Newton, des d'Alembert, des Laplace et des Leverrier. De tels problèmes ne peuvent encore aujourd'hui, dans leur transcendance, être présentés que comme de simples curiosités naturelles à contempler.
Quoi qu'il en soit, les terres habitées qui gravitent autour de ces trois soleils doivent éprouver les plus singulières perturbations dans leur cours. Qu'est-ce que les dix pauvres mouvements de la Terre à côté des centaines de nutations et de librations que tous ces mondes doivent subir en réagissant ensuite mutuellement les uns sur les autres! Les soixante balancements compliqués de notre lune, qui ont déjà fait le désespoir de tant d'astronomes, ne sont que des jeux d'enfants lorsqu'on les compare aux fluctuations sans nombre que subissent dans leurs années, dans leurs mois, leurs saisons, leurs climats, leurs jours et leurs nuits, les humanités illuminées par ces trois soleils. Quels magnifiques observatoires pour l'étude de la mécanique céleste! Que les astronomes qui habitent en ces régions exceptionnelles doivent être enchantés de leur sort! Ne serait-il pas équitable que Newton fût réincarné là, comme complément logique de sa vie terrestre?... Pour moi, je ne regarde jamais cette étoile, qui scintille d'une calme lumière dans l'alignement de Castor et Pollux, sans m'intéresser à ces balancements mystérieux et sans rêver au calen* drier fantastique de ce lointain univers.
Telle est la curiosité principale de la constellation du Cancer. Nous lui trouverons un pendant un peu plus loin, dans le Scorpion. Ajoutons encore à notre galerie de tableaux célestes, avant d'arriver à la majestueuse constellation du Lion, une jolie nébuleuse, ou, pour mieux dire, un remarquable amas d'étoiles, qui gît vers le milieu de
la distance qui sépare e de l'Hydre de $ du Cancer, tout près de «, à l'ouest. C'est un riche amas (Messier 67) que l'on peut presque observer à l'œil nu, qui ne mesure pas moin.'< de 25' de diamètre, et qui se compose d'un grand nombre d'étoiles de 10" et de ir grandeur; William Herschel en avait déjà compté plus de deux cents en 1783. L'ensemble affecte un peu la forme d'un bonnet phrygien.
Kig. •J47. — La nébuleuse M. 67
La constellation du Lion, à laquelle nous arrivons en ce moment, est l'une des plus grandes figures du ciel : le géant Orion et le char du Nord, seuls, la dominent par la majesté de leur aspect. Elle s'étend, en effet, sur quatre heures d'ascension droite, comme on a déj.i j>u le remarquer {fig. 238), couvrant GO degrés de longitude et 30 de latitude. Les principales étoiles qui la dessinent sont brillantes, de deuxième et troisième grandeur (Régulus atteint même le premier ordre d'éclat), et le quadrilatère, ou pour mieux dire la figure polygonale esquissée par la disposition de ces soleils, donne l'idée d'un animal d'une grande force qui regarde vers le couchant et s'avance noblement dans la direction du mouvement diurne.
Le Lion se lève en janvier, occupe l'orient en janvier et février, monte dans le ciel du sud en mars et avril, trône sur nos nuits étoilées pendant la saison charmante du printemps, descend en juin vers l'occident; sa tête touche l'horizon occidental vers les premiers jours de juillet, et il est entièrement couché vers le 15 août. — Nous parlons toujours pour l'heure moyenne que nous avons choisie : 9 heures du soir. Si l'on observe deux heures plus tard, on s'avance d'un douzième, c'est-à-dire d'un mois, sur l'aspect du ciel; quatre heures plus tard, on s'avance de deux mois. Les amis des étoiles qui seraient impatients de les reconnaître n'ont donc qu'à veiller pour les attendre.
L'étendue de cette constellation, l'exiguïté relative de celle qui la précède, suffiraient pour nous apprendre que la division du Zodiaque en douze signes correspondant aux douze mois de l'année est postérieure à la formation des constellations. Chaque signe zodiacal occupe un douzième de la eeinture complète, soit 30 degrés. Or, jamais le Lion ni le Cancer n'ont eu aucun rapport avec ce partage, le premier par sa grandeur, le second par sa petitesse. La divisioD en douze
parties a été postérieure à la formation des constellations principales, dont les plus apparentes ont été les premières remarquées, les premières établies. Parmi les constellations zodiacales en particulier, le Taureau, les Gémeaux, le Lion, la Vierge, le Scorpion, le Sagittaire les Poissons , doivent être antérieures au Cancer, au Bélier , au Capricorne, au Verseau et à la Balance. Le nombre de douze n'a été arrêté qu'à la formation du Zodiaque, c'est-à-dire après l'observation faite du cours annuel du soleil.
Nous pouvons même tenir pour certain que le Lion était autrefois encore plus gigantesque qu'il ne Test aujourd'hui. Au temps d'Abdal-Rahman Sùfi, les Arabes nommaient encore Prsesepe al-natsra « le milieu du nez » ou la fossette entre les deux moustaches, et ils appelaient les deux étoiles qui suivent la Crèche, y et ^ du Cancer, almincharaïn mincharai al-âsad « les deux narines du Lion », al-natsra étant le museau. Ils nommaient aussi les deux étoiles avec la nébuleuse fûm al-âsad « la bouche du Lion ». D'autre part, les premières étoiles de la Vierge et la chevelure de Bérénice représentaient les jambes et la queue du Lion. Eratosthènes avait déjà dit en parlant du Lion : « Il a 17 étoiles, plus 7 obscures qu'on appelle les boucles de cheveux de Bérénice-E vergeté. » Ces traditions, comparées à l'aspect même du ciel, nous invitent à tracer l'esquisse du Lion d'après tout cet ensemble, et l'on peut voir par le dessin qui en résulte [fig. 248) que l'idée d'un lion gigantesque a pu facilement naître de la disposition de cet assemblage d'étoiles.
Aujourd'hui, le Lion est relégué dans le quadrilatère formé par les étoiles p, (î, y et «, qui en dessinent en quelque sorte la charpente; en avant, à l'ouest, les étoiles n, y, ^, /a et e tracent une courbe qui indique la position de la tête du roi des carnassiers. Ces étoiles sont faciles à reconnaître dans le ciel, en se servant de notre ficj. 249, et les autres se découvriront également sans beaucoup de peine.
Dans la mythologie, ce Lion céleste passait pour être l'apothéose de celui que tua Hercule dans la forêt de Némée. Au moyen âge, les cabalistes y voyaient le Lion de la tribu de Juda, et quelques commentateurs chrétiens l'un des lions de la fosse de Daniel. Dans l'ancienne météorologie, le Lion était associé aux chaleurs de l'été. En astrologie, on lui attribuait une grande influence, et ceux qui naissaient sous son signe étaient destinés aux honneurs et à la fortune. Son étoile la plus brillante, «, que l'on nomme depuis bien des siècles ■«le cœur du Lion», était appelée par les Grecs Basiliscos, parce
LE LION. — ULGULUS
que, dit Geminus, ceux à la naissance desquels elle préside directement, passent pour être de race royale. Ce nom de Basiliscos (littéralement : Petit Roi), est devenu chez les Arabes Al-Maliki, <i la royale », comme on le voit dans Sîifi et Ulugh-Beigh. Copernic, le premier, a traduit ce mot dans le latin Regulus, qui veut dire également Petit Roi. Tycho lui donne les deux titres : Regulus et Basiliscus : c'est le premier qui a été universellement conservé. Ce nom de Régulus ne vient donc pas, comme on l'a parfois supposé, de celui du général romain qui vainquit les Carthaginois et eut la courageuse
Fig. Ikfi. — Etoiles formant la figure du Lion.
folie d'aller se faire martyriser par eux, mais d'un titre attaché à la prétendue influence astrologique de ce lointain soleil.
La deuxième étoile du Lion par ordre d'éclat, p, a reçu le nom de Denebola, dérivé de dzanab al-asâd a la queue du Lion » : on a d'abord prononcé Dzenebalaâd, et l'on a fini par Denebola. C'est du darwinisme dans la linguistique, et il n'est pas plus contestable que celui de l'histoire naturelle, quoique susceptible, lui aussi, de certaines interprétations aventureuses et erronées. — Sans l'imprimerie, qui a fixé les mots , les Italiens auraient peut-être fini par appeler cette étoile Debola, et les Français la débile.
ASTRONOMIiî. — SUPPLÉMENT. 44
iiê LE LION. — RÉGULUS
Regardez avec attention le resplendissant Régulus, le Cœur du Lion : c'est sur lui que se réglait aux siècles antiques le calendriei primordial des vénérables astronomes delà Chaldéeetdela Babylonie; c'est cette étoile que, la clepsydre à la maiuy les veilleurs de nuit de la tour de Babel observaient pour déterminer les équinoxes et les solstices; c'est cet astre dont Tymocharis et Aristillus ont mesure avec soin la longitude, et c'est cette longitude et celle de l'Épi de la Vierge qui ont fait découvrir à l'Alexandrin Hipparque le mouvement séculaire de la précession des équinoxes. Les Annales de l'Astronomie nous ont conservé les observations suivantes :