‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 168 sur 411 · S7* *JJ · texte numérisé non relu

S7* *JJ

'"'sf «J^

A = Fliiiiiste.;d. B ^^ Argelander.

Fig. 2G4. — Variations dans les cartes célestes.

C = Etat actue..

jumelle et pointons sur une carte toutes les étoiles jusqu'à la septième grandeur inclusivement : nous obtenons la petite carte C de la même figure, qui met en évidence plusieurs faits assez curieux. La discussion complète de cette région conduit aux déductions suivantes :

1* L'étoile 52 de Flamsteed n'existe pas — comme le prouvent d'autre parties manuscrits mêmes de Greenwich.

2" L'étoile g de Bayer, absente de l'atlas de Flamsteed, existe réellement et est visible à l'œil nu, de 6* grandeur au moins. — Elle a été observée par l'astronome anglais en 1693 et en 1712 (c'est le n» 1805 de son catalogue); mais elle a été omise sur l'atlas ; les astronomes (Baily, Argelander, etc.), qui ont conclu que l'étoile de Bayer n'existait pas, se sont trompés.

3» L'étoile 50 est à la limite de la visibilité (=6,3). Comme Bayer l'a fort bien vue et l'a marquée de 5% tandis qu'en 1839 Argelander la distinguait à peine dans une jumelle, et que Lalande, Harding, Bessel la font de 7* grandeur, elle esi variable, probablement de 5«j à 7*. Sa couleur est rougeâtre.

4" L'étoile 49 est également variable. Dans les Mémoires de r Académie, de 1709, Maraldi rapporte que « l'étoile de sixième grandeur, la plus méridionale des deux marquées par Bayer au-dessous de la main australe de la Vierge, ne s'apercevait plus, tandis que la septentrionale, marquée de cinquième grandeur, était restée dans le même état. » Elle est actuellement plus brillante que 50, et de 5'-^. Sa couleur est rougeâtre , comme celle de sa voisine. — Hévélius n'a observé qu'une étoile : il est difficile de dire laquelle des deux.

5° L'étoile 63 est quelquefois aussi brillante que l'étoile 6 1 , c'est-à-dire de 5' grandeur (elle est môme plus brillante dans Bayer); mais elle est plus souvent de sixième, et elle disparaît parfois à la vue, car Hévélius, en 1660, ne l'a pas observée, tandis que, dès le x* siècle, Sûfi la signale comme formant avec sa voisine 63 une étoile double de cinquième grandeur.

6" L'étoile 69 est quelquefois de 6* grandeur, presque aussi faible que l'étoile 75 ; quelquefois de 5* \, quelquefois de 5% et même fort brillante.

7* L'étoile 39, au-dessus de <\>, de 6* dans Flamsteed, est de 7« dans Harding; Lalande l'a vue deux fois de 7« et une fois de 8^ ; elle est actuellement de 7« \.

8° A l'est de i, une étoile ordinairement visible à l'œil nu (Lai. 25086), descend quelquefois à 7" et disparaît, et s'élève parfois à 5* 7, surpassant en éclat sa voisine.

9" Flamsteed a observé, le 24 avril 1712, une étoile de 8« grandeur (1829) située entre a et ô, qui n'est pas gravée sur son atlas; Lalande a observé cette étoile le 5 mai 1795 et l'a inscrite de 7* 7 (24 661); Harding l'a marquée de 8«; sur le grand atlas austral de Gould, elle est dessinée de 6% mais est absente du catalogue.

Cet exemple suffît pour nous édifier. Il y a dans cet ensemble plusieurs variations réelles absolument incontestables, et en vérité elles sont si nombreuses, nous en rencontrons si souvent d'analogues dans l'étendue entière du ciel, que nous pouvons bien ne pas être sans crainte sur le sort réservé à notre propre soleil et, comme conséquence, sur les destinées de la vie terrestre et de notre propre humanité. Sans amener Textinction totale de la vie, de pareilles transformations solaires entraîneraient sans contredit des événements d'une certaine importance dans la santé générale de l'humanité, dans les conditions de son alimentation, dans les climats et dans l'histoire naturelle des différents peuples. Le moindre de ces changements suffirait pour arrêter net toutes les discussions politiques (') . .

(') L'histoire du ciel nous garde encore bien des surprises pour l'avenir. Que de petites difficultés restent inexpliquées dans la discussion des meilleures observations! Ainsi, par exemple, I^IO» à l'est et 8' au nord de l'étoile 109, de 4^ grand, -j, il y a une étoile de 7« à 8« grandeur (Lai. 26936 = P. XIV, 180) qui a offert à Piazzi une bizarre oscillation en ascension droite. En 1798 et 1813 elle était plus à l'ouest qu'en 1809, et elle a marché régulièrement vers l'est de 1798 à 1809, pour revenir graduellement vers l'ouest de 1809 à 1813. La différence des extrêmes s'est élevée à 12'. Lalande a fait deux observations de cette étoile : le 24 mai 1797 et le 27 avril 1798; à la seconde date, l'observation donne pour la position de l'étoile près d'une seconde (G», 89) de moins qu'à la première, ce qui correspond à la date du minimum de Piazzi. N'y a-t-il là qu'un effet d'erreurs instrumentales?

CIIANGtMEXTS ARRIVÉS DANS LA VIF:rGE 3^3

Voici maintenant un fait particulièrement curieux et jusqu'à présent unique dans l'histoire de l'astronomie : c'est le cas d'une étoile que les anciens nommaient étoile double « diplos », qui était réellement double autrefois, et qui ne Test plus aujourd'hui. Ceux qui comprennent le plaisir de l'étude de la nature sentiront leur cœur battre en contemplant ce mouvement séculaire, comme le mien vient de le faire en trouvant l'explication du mystère.

Ptolémée signale au-dessous de la Vierge les trois étoiles suivantes :

Grandeur. Lon^riliide. Latitude.

1» L'occidentale des trois en ligne droite SOUS l'Épi. 6" 177M0' 7°10'

i' Celle du milieu, qui est double 5» 178.10 8.20

3" L'orientale des trois 6« 185. 0 7.50

La description et la position de la première correspondent à l'étoile 53, et celles de la seconde à l'étoile 63. La description de la troisième correspond à l'étoile 73, mais la position se rapporte plutôt à l'étoile 89. Il y a, du reste, pour cette troisième étoile, deux versions dans les éditions de VAlmageste. Il est probable qu'anciennement on a observé 73 et 89, et qu'ensuite 73 étant devenue moins brillante, on n'a plus observé que 89.

En effet, Sùfl écrit au dixième siècle : « La première de ces trois étoiles est la précédente des deux situées au sud ae l'Epi, à quatre coudées de distance; la deuxième suit à une coudée vers le sud-est ; elle est double; la troisième suit, mais de très loin, à cinq coudées. Ptolémée dit que ces trois étoiles sont eu ligne droite ; il n'en est pas ainsi, car la double se trouve au sud des deux autres. II y a au-dessus de l'étoile double une étoile à une coudée de distance, et audessous aussi une étoile à une coudée. » La description comme les positions de Sûfi correspondent exactement aux étoiles 53, 63, 89 , ainsi qu'aux étoiles 69 et 55-57 vues comme étoiles simples. — Comparer à l'aide de notre fig. 262.

Ulugh Beigh signale de même ces étoiles :

l'^ La précédente des trois sous Sîmak. 'J* Celle du milieu, qui est double. . . 3" La suivante des trois

Grandi<ur.

Longitude.

Latitude.

Ces trois étoiles sont certainement 53, 63 et 89.

Ulugh Beigh est le dernier astronome qui parle de l'étoile 63 comme étoile double. Tycho-Brahé, qui fait la même description cent soixante ans après, a supprimé cette désignation ancienne, et désormais cette étoile est considérée comme simple et comme ne répondant pas à la quaUûcation de nos ?le\ii.

Eh bien ! et c'est là révénement intéressant pour l'historien du ciel, l'étoile 61 était anciennement voisine de l'étoile 63, et elle foKnait avec elle une étoile double visible à lœil nu, comme Mizar et Alcor, comme v' et v* du Sagittaire, comme « et «' du Capricorne. Mais elle a depuis abandonné sa compagne, et elle s'enfuit d'un vol rapide vers le sud-ouest, s'éloignant chaque siècle ,^Q l'astre auquel' elle était

rt

anciennement associée. Actuellement (1880), son éloignement est de 1* 14'; il y a deux mille ans, la distance des deux étoiles n'était que de 40'.

En effet, tandis que l'étoile 63 demeure relativement fixe dant l'espace, l'étoile 61 est animée d'un mouvement propre très rapide, qui s'élève à — 0', 075 en ascension droite et à + 1"> 04 en distance polaire, ce qui donne pour mille ans 75 secondes de temps, d'une part, et 1040 secondes d'arc, d'autre part : soit pour deux mille ans, 150 secondes {2'" 30') et 2080" (34' 40*). La direction de ce mouvement tend précisément à éloigner presque en ligne droite la seconde étoile de la première, dans un vol rapide pointant au sud de l'étoile 54 et, plus loin, vers l'étoile (3 de l'Hydre.

Notre petit diagramme {fig. 265) représente ce mouvement rapide, tracé pour une période de dix mille ans. En supposant les autres

étoiles relativement fixes pour cette période (qui n'est pas longue dans l'histoire sidérale), on voit que notre étoile passera dans trois mille ans au sud-est de Tétoile 54, et, dans cinq mille, à l'ouest des étoiles 57 et 55, composant avec elles une sorte d'étoile triple. Il y a 2500 ans, elle a constitué avec l'étoile 63 Vétoile double observée par les astronomes égyptiens et grecs; il y a cinq mille ans, elle est passée vers l'étoile 24861 Lalande, et il y a 7400 ans, si l'étoile 69 ne s'est pas déplacée elle-même, les deux étoiles se sont trouvées l'une devant l'autre. Si le ciel avait été suffisamment observé par nos aïeux, nous aurions dans ces constatations de rencontres célestes les meilleures vérifications des dates historiques : le ciel est le juge le plus sur que nous puissions invoquer même pour les choses de la terre. Les antiquités fabuleuses dont certains peuples se sont prévalus dans tous les âges ne comportent pas ces vérifications authentiques : toutes les fois qu'on nous vante pour l'histoire d'une littérature, d'un art ou d'une science antique, m âge extraordinaire, réclamons, s'il, se peut, quelque trace d'événement astronomique qui puisse contrôler

Fig. 265. — Mouvement propre de l'étoile 61 Vierge.

Page 1