‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 182 sur 411 · XV · texte numérisé non relu

XV

IIG

XVI

XVI

XVI

t Jicl

nch

LE SCORPION

L'ctoilc P. XVI, 55 est acUicllemcnt visi])lc à l'œil lui. Kilo ne l'était pus il y a vingt ans (Behrmann), ni il y a trente ans (Gillis); Piazzi l'a notée de 6" |, et Lacaille ne l'avait vue que de septième.

P.XVI,î55paraîtvarie^de5'•àG^— P.XVll,137vanedeVt,'^G".

Il y a là aussi, comme on le voit, un vaste champ d'études poui l'analyste du ciel. Le Scorpion s^est signalé, du reste, depuis une haute antiquité, uir plusieurs phénomènes remarquables observes

Fig. "277. — Principales étoiles de la conslellalion du Scorpion,

dans cette contrée. C'est là que la plus ancienne étoile temporaire dont les annales de l'astronomie fassent mention est apparue, l'an 1 34 avant notre ère, et sur les 24 étoiles temporaires importantes que nous connaissions, cinq appartiennent au Scorpion. On ne connaît pas au juste la position de cette première étoile ; peut-être occupait-elle le point où Bayer a placé <p; mais son apparition frappa si vivement es savants, d^un bout du monde à l'autre, que les Chinois d'une part, les Grecs d^iutre part, l'inscrivirent dans leurs annales comme un événement historique d'une haute importance. La littérature chinoise

308 ETOILES TEMl'uiiniMi^îS DANS LE SCORPION

nous a conservé la liste des étoiles extraordinaires {Ke-Slng^ étrangers d'une physionomie singulière), apparues dans le ciel, et celle-ci est en tête de la liste. Pline rapporte d'autre part que c'est l'apparition de cette étoile nouvelle qui détermina Hipparque à observer avec soin le ciel et à rédiger son catalogue, « afin que la postérité connaisse si des changements arrivent réellement dans le ciel » . La comparaison générale que nous faisons ici réalise précisément ce vœu formulé il y a vingt siècles. Le dire de Pline est traité d'historiette par Delambrc; mais comme Ptoléméc afilrme expressément que le catalogue d 'Hipparque est relatif à l'an 127 avant notre ère, et comme Hipparque observait à Rhodes — et sans doute aussi à Alexandrie — entre les années 162 et 127, il n'y a rien à opposer à l'assertion de Pline. D'ailleurs, elJe n'a rien que de très naturel, et seize siècles plus tard, Tycho-Brahé n'a été déterminé lui-môme à construire son catalogue que par une apparition du même genre.

L'incendie de cette fameuse étoile eut lieu vers la tète du Scorpion, non loin de jâ. En l'an 303 de noire ère, une autre étoile nouvelle apparut dans la queue.

Sous le règne du calife Al-Mamoun, vers l'an 827, deux célèbres astronomes arabes, Haly et Giafar Ben-Mohammed Albournazar ohservèrent à Babylone une étoile nouvelle, « dont la lumière égalait celle de la lune en son premier quartier » ! Cet événement eut encore lieu dans le Scorpion : l'apparition dura quatre mois.

En 1203, nouvelle étoile dans la queue du Scorpion : elle était de couleur bl euâtre, sans nébulosité lumineuse et semblable à Saturne.

En 158i, nouvelle apparition encore dans le Scorpion; la position a été mieux observée : près de w.

Il semble que les apparitions de l'an — 134 et de l'an 1584 puissent appartenir à la même étoile (peut-être aussi celle de l'an 827), et que les apparitions de Tan 393 et de l'an 1203 puissent aussi être attribuées aux conflagrations d'un même astre. Déjà, selon toute probabilité, la fameuse étoile de 1572 s'est allumée au même point de Cassiopée où l'an 1264 et l'an 945 deux apparitions analogues avaient frappé l'attention des astronomes. En attribuant à une môme étoile plusieurs phénomènes de ce genre, nous sommes peut-être inspirés par l'idée de diminuer le travail dé la nature, et, sans contredit, une telle préoccupation ne devrait pas nous inquiéter beaucoup, attendu que la nature n'est pas un être qui se fatigue; cependant ces phénomènes sont précisément assez rares pour que nous ayons une tendance logique à réduire le nombre des astres qui en ont été le thécâtrc.

ÉTOILES TL'Ml'ORAIIUJS - VARIÉTÉ DES CONTRÉES CÉLESTES -à'J'J

Il n'en est pas moins remarquable que certaines contrées de l'espace sont privilégiées à certains égards (si toutefois c'est un privilège de subir de pareilles révolutions). Les unes, comme les provinces du Cygne et de l'Aigle, sont riches en étoiles rouges et variables; le; autres, comme celles de la Vierge et de la Chevelure, sont ensemencées de nébuleuses; les autres, comme celles de Céphée et Cassiopée, sont peuplées d'étoiles doubles; d'autres sont très pauvres en étoiles, et le voyageur céleste pourrait les croire dévastées par le vent du désert. Non loin des cinq apparitions dont nous veaons de parler, se placent celle de l'année IGU'i, dans le Serpentaire, au nord-est d'Antarès, près de l Ophiuchus ; — celle de 1848, prèsde-/) ; — celle de 1230 dans le Serpent, et celle de l'an 38G, dans le Sagittaire. — Il fout certainement que des circonstances locales favorisent ces éclosions célestes. — • Quels horizons immenses ces mystérieuses apparitions d'étoiles nouvelles ne nous ouvrent-elles pas dans l'incommensurable histoire des cieux !

Comme complément naturel, nous connaissons déjà là un grand nombre d'étoiles variables :

R du Scorpion , qui varie de '.) à 1 3 en 048 jours

S — — 'J à i;i en 3V2 —

T — — 7 à 12 (indéterminé)

sans compter plusieurs voisines dans la Couronne australe et le Sagittaire.

La Voie lactée traverse cette opulente région. Nous l'avons vue se partager en deux branches dans la constellation du Cygne; ces deux branches cheminent presque parallèlement pour ne se rejoindre que fort loin au sud, sous la constellation de l'Autel {fig. 279). De nos latitudes, nous ne pouvons la suivre jusque-là, et pendant les belles nuits d'été, à minuit même, nous voyons ces deux colonnes éLolléos descendre du haut des cieux comme une arche éthérée, tandis ([ue le Scorpion et le Sagittaire semblent marcher avec lenteur à une faible distance au-dessus de notre horizon. Cette Voie céleste continue de faire le tour du monde, descend au sud au delà de l'horizon, passe sous nos pieds, et revient derrière nous par le nord, Persée, Cassiopée et le Cygne au zénith.

Champs d'étoiles à moissonner ad libitum, depuis la base jusqu'au sommet, depuis le Scorpion jusqu'au Cygne, par Ophiuchus, l'Lcu, Antinous et T Aigle.

CURIOSITES SIDERALi:3 DU SCORPION

Curiosité tonte spéciale entre a et p, au nnilieu de la distance qui les sépare : nébuleuse en forme de noyau cométaire (M. 80); W. Herschel la considérait comme l'amas d'étoiles le plus riche et le plus condensé du firmament tout entier; l'agglomération est pâle, mais la lumière qui s'accroît progressivement vers le centre révèle là un véritable fourmillement de soleils. Cet amas est précédé, à un demidegré au nord, par une étoile de 8* grandeur (P. XVI, 17). C'est là une contrée bien étrange. A 36" à l'est se trouve la variable R; un peu au-dessous de R gît la variable S; et dans la nébuleuse même (probablement en derà), la variable T a offert, en 1860, le singulier

spectacle de se ranimer tout à coup, de briller comme une belle étoile de septième grandeur , et, en moins d'un mois, de retomber dans son obscurité primitive.

Cette région est le siège de métamorphoses importantes, et il serait à désirer qu'elle fût assidûment suivie par quelque observateur habitant le midi de la France, l'Italie ou l'Algérie {fîg. 278).

Remarquons à ce propos que de telles observations, c'est-à-dire les plus intéressantes qui se puissent faire, sont généralement en dehors du service régulier et routinier des observatoires, et réservées aux amis des célestes études. C'est ainsi qu'au siècle dernier un simple amateur avait plus fait pour la connaissance de la planète Mercure que tous les observatoires réunis. On sait combien cette planète est difficile à apercevoir, parce qu'elle ne s'éloigne jamais beaucoup du Soleil et ne peut être vue à l'œil nu que dans la lumière crépusculaire, près de l'horizon. Or, au siècle dernier, à Mirepoix, près Toulouse, Vidal était parvenu, à l'aide d'une excellente lunette, à suivre Vénus jusqu'à une distance égale au demi-diamètre du Soleil, et Mercure jusqu'à une distance égale au diamètre et demi du môme astre. Aussi

Fig. 278. — Etoiles variables et nébuleuse dans le Scorpion.

Fig. 279. — Constellations zodiacales. — Le Scorpion. —Le SaRittaire.

L'OgSERVATION ET LA CONNAISSANCE DU CIEL

Lalande, qui s'était beaucoup occupé des tables du mouvement de Mercure, et dont les calculs avaient été mis en défaut à plusieurs reprises par cette planète rebelle est-il émerveillé de ce succès: «Nous avons reçu, dit- il, des observations de Mercure par le citoyen Vidal, véritable hermophile, à qui nous avons l'obligation de pouvoir dire que les observations de Mercure, si rares avant lui, sont actuellement aussi abondantes que celles des autres planètes et ne laissent plus rien à désirer : il en a fait à lui seul plus que tous les autres astronomes de V univers, anciens et modernes, réunis ensemble, et nous pouvons tous nous dispenser de nous en occuper. La beauté du climat, la perfection de ses instruments, le courage et l'excellence de la vue de l'observateur ont produit ces observations aussi précieuses qu'extraordinaires. Cet homme étonnant m'a déjà envoyé plus de cinq cents observations de Mercure.... Peut-être, à Mirepoix, on ne sait pas qu'il y a un pareil homme dans l'enceinte de cette petite ville, mais nous l'apprendrons à l'univers et à la postérité ! ( * ) »

L'astronomie offre mille sujets d'études du plus vif et plus captivant intérêt, et l'observation des étoiles variables est de ce nombre : il n'y a encore presque rien de fait, malgré les apparences, dans cette branche de l'astroiiiOmie sidérale. Pas la moindre classification! D'une part, nous connaissons des étoiles variables à périodes régulières et constantes, dont la variation est causée par la rotation de ces lointains

(*) Les étoiles ont aujourd'hui des amis comme au siècle dernier, et davantage encore. Des observateurs à la fois passionnés pour notre sublime science, et précis dans leurs travaux, consacrent leurs plus belles heures à l'étude du ciel et obtiennent d'excellents résultats. .Je signalerai notamment, parmi nos compatriotes (étrangers aux observatoires de l'État), MM. Lescarbault à Orgères (Eure-et-Loir): taches du Soleil; — Barnout à Paris: étoiles doubles; — Le P. Lamey à Grignon (Côte-d'Or): planètes, étoiles filantes; — Fenet à Beauvais: nébuleuses; — Blut, à Clermont de l'Oise: étoiles doubles; — Coueslant à Dieulefit (Drôme) : planètes; — Courtois à Muges (Lot-et-Garonne): planètes; — Towne à Dampont (Seine-et-Oise) : Lune et planètes; — Hennequin à Wicres (Nord): taches du Soleil. A ces noms il est très juste d'ajouter celui de M. Vinot pour son dévouement à la propagation de l'astronomie et surtout de l'astronomie pratique, qui est le complément naturel des lectures sérieuses. Il est bien à souhaiter, pour l'instruction générale et la rectitude des idées, que chacun connaisse au moins le ciel visible à l'œil nu, et tienne ce Supplément pour un Manuel pratique facile à consulter en toute circonstance. L'étude de ce volume-ci est, en effet, plus important, et plus efficace pour la connaissance du ciel que celle de l'Astronomie populaire elle-même, dans laquelle nous avons' dû nous borner à une esquisse générale et éviter les détails techniques. Cett6 des-" cription du ciel a pris plus de développement que nous ne l'avions prévu, malgré toute la concision possible ; mais nous avons pensé qu'il est préférable de ne rienj supprimer. Après les constellations, qui touchent à leur fin, nous donnerons les| cartes du ciel pour chaque mois de l'année, les positions des planètes, les catalogues,! tableaux et explications utiles, des tables analytiques, etc., afin que les deux volumes réunis renferment l'astronomie populaire tout entière et ne laissent, si c'est possible, rien à désirer.

Page 1