L'OBSERVATION ET LA CONNAISSANCE DU CIEL
soleils autour de leur axe : Quelles sont celles qui sont absolument régulières? Lesquelles voyons-nous tourner de face? lesquelles de profd? Ces axes de rotation ne subissent-ils pas eux-mêmes des mouvements de précession plus ou moins lents, plus on moins sensibles? — D'autres variations sont dues à la révolution de planètes ou d'anneaux, soit dans Je plan de notre rayon visuel, soit suivant une certaine inclinaison qui peut varier elle-même. — D'autres variations se renouvellent sans régularité, et par conséquent ne devraient pas faire classer ces étoiles sous le titre de périodiques. — D'autres encore n'ont été observées qu'une fois, comme celle que nous venons de voir ( T du Scorpion) qui n'est peut-être qu'une étoile à conflagration temporaire, et pourtant sa position sur un amas nébuleux n'est sans doute pas fortuite. Que d'observations à faire ! que de problèmes à résoudre !
Il y a là aussi des étoiles rouges; mais elles sont un peu basses pour être observées d'ici. On pourra cependant en trouver une assez facilement au nord-ouest (nord précédent) de e. Sir John Herschel l'appelait the drop of blood « la goutte de sang » . Huitième grandeur.
Les observateurs du midi trouveront au nord du couple de C un amas d'étoiles presque visible à l'œil nu, et une autre belle étoile rouge rubis de huitième grandeur, entre 0 et i, au milieu de la distance qui les sépare.
C'est l'une des régions du ciel les plus agréables à visiter, à cause delà saison, et les étoiles boréales de cette constellation nous invitent elles-mêmes à diriger nos lunettes de leur côté. Regardez, à l'œil nu, ta droite d'Antarès, en montant, c'est-à-dire au nord-ouest : vous verrez briller (3, et, à côté, v, et, au-dessous, w. Celle-ci est une double très écartée, juste à la limite des dédoublements possibles à l'œil nu : l'écartement est de 14'|, et les deux étoiles sont toutes deux de 4''gr.|; c'est encore là un moyen précis d'essayer la portée de sa vue -. les yeux exceptionnels seuls peuvent réussir; autrement il faut s'aider d'une jumelle. Hévélius, qui refusa toute sa vie d'observer dans des lunettes et qui s'cbstinait à croire; qu'elles ne feraient pas progresser la science, Hévélius, dis-je, a fait exception à ses habitudes à propos de cette étoile, car c'est à l'aide d'une lunette qu'il l'a dédoublée en observant une occultation : « non nisi tubo visibilis », dit-il.
Après avoir dédoublé m dans une jumelle, dirigez une petite lunette sur sa voisine v, et vous la dédoublerez à son tour : 4* et 7* à 40". Très facile. Observées depuis plus d'un siècle, ces deux étoiles n'ont pas bougé l'une par rapport à l'autre. Elle constituent un même
ETOILE QUADRUPLE v DU SCORPION
système physique, cF autant plus curieux et plus intéressant que chacune d'elles est double à son tour. L'étoile de 7^ grandeur a été dédoublée pour la première fois en 1846 par Mitchell à Cincinnati, et la brillante en 1874, par Burnham à Chicago. Nous avons là deux couples très fins, et qui déjà montrent par les mesures faites que leurs s composantes tournent assez
vite. Il faut de bons instruments pour les observer : le plus facile, le premier découvert, se compose de deux astres de 7* et 8* grandeur, écartés à 1", 9;le second se compose de deux astres brillants, de 4^ et 5^ grandeur, écartés seulement à 1". C'est là un système quadruple analogue à celui que nous avons admiré dans s de la Lyre.
Toujours en ce même point du ciel, observez p : 2^| et 5'J,
Fig. 280. — L'étoile quadruple v du Scorpion.
à 13". Couple charmant; système fixe depuis plus d'un siècle qu'on l'observe.
Non loin de là, à droite d'Antarès : o- : 3' | et 9% à 20"; étoiles sombres, surtout la petite.
L'étoile [>} forme un couple écarté avec 8^-^, à de distance. Sans doute système stellaire.
L'étoile i est accompagnée, à 40' à l'est, d'une étoile de 5^ gr. |. Mais c'est là un couple extrêmement écarté, et par conséquent moins intéressant. La nature l'a placé là par contraste avec le beau système que nous allons visiter.
Antarès : Tune des plus jolies étoiles doubles du ciel entier; mais 7ne lunette assez-forte, et surtout munie d'un objectif bien pur, est nécessaire pour reconnaître nettement le petit compagnon. J'ai souvent comparé, à cette occasion, les lunettes et les télescopes et ai toujours donné la préférence aux lunettes : c'est ainsi que dans une lunette de 108 millimètres les deux disques, 7'ouge orange, d'Antarès et vert émeraude du compagnon, sont parfaitement circulaires et nettement séparés par un intervalle noir, tandis que des télescopes de 15 et 20 centimètres les montrent mal définis. Récemment encore, le 28 juillet 1879, la Lune est passée devant cette étoile, et, en observant
ANTARES 4^,5
cette occultation, j'ai vu très distinctement le petit compagnon vert disparaître le premier, et reparaître le premier, car il est juste à l'ouest d'Antarès. Sa coloration n'est certainement pas un effet de contraste produit par la couleur dominante du rouge Antarès. C'est précisément pendant une occultation du môme ordre que ce compagnon a été découvert pour la première fois, en 1 8 1 9, par Burg : il était déjà à l'ouest, à 270°, et il y est toujours. C'est un système fixe, emporté dans l'espace par un mouvement peu rapide. Ce compagnon est de 7" grandeur et plongé, à 3" seulement, dans l'ardent rayonnement de son brillant soleil {voy. le n° 5 de notre Planche spéciale des plus belles étoiles doubles colorées (p. 74). — Tourne-t-il autour d'Antarès? Probablement. Mais avec quelle lenteur! Merveilleux système, néanmoins, pour les planètes suspendues là, sur le doux réseau de l'attraction universelle. Quel voluptueux bercement, entre cet ardent soleil aux flammes orangées et ce magnifique flambeau d'où jaillissent des feux d'émeraude ! Quand l'hiver arrive et que l'astre rouge s'enfuit vers d'autres cieux, une coloration nouvelle vient illuminer le monde. Spectacles infinis et sans cesse renouvelés! Notre île terrestre est décidément bien pauvre, bien deshéritée, en face de ces splendeurs.
Le soleil principal de ce système présente un spectre appartenant au troisième type. Or nous savons que les spectres stellaires des premier et second types ont des lignes d'absorption dues à des vapeurs métalliques comme on en voit dans le soleil, et que ceux des troisième et quatrième types ont, en outre, celles d'autres gaz et probablement du carbone à l'état d'oxyde ou d'autres combinaisons, indiquant une température moindre que celle des premiers. Il est probable que ces deux soleils d'Antarès sont en voie de refroidissement, et que la coloration qui les embellit est due à des vapeurs emplissant leurs atmosphères. Des variations fréquentes doivent se produire dans leur lumière et leur chaleur; les taches et les protubérances de notre soleil, qui déjà offrent un si vif intérêt à l'édudiant des cieux, ne sont rien à côté des phénomènes que les habitants de ce système doivent observer dans la constitution physique de leur double flambeau. On ne connaît pas la distance d'Antarès, qui n'offre aucune parallaxe sensible. Son mouvement propre est extrêmement faible. Cet ardent soleil est perdu là-bas dans un éloignement incommensurable. En le regardant, pendant les calmes soirées d'automne, nous le voyons, non tel qu'il est actuellement, mais tel qu'il était il y a bien des siècles. Qui sait?... il n'existe peut-être plus. Autre curiosité : au sud de cette belle étoile, on en distingue quatre
-i-ïS