LES I:T0ILES D'ORION
formidable encore que le nôtre, puisque du fond des cieux sa lumière arrive sur nous avec un tel éclat, avec une telle splendeur !
D'autre part, l'importance de sa masse est indiquée par l'aspect de son spectre qui nous montre la prédominance de rh3'drogène, comme ceux de Sirius, de Véga, d'Altaïr, et des brillantes étoiles blanches — notre soleil appartenant à la classe des étoiles jaune d'or — car il est naturel de penser que plus un soleil est lourd, plus il exerce d'attraction à sa surface, plus sa pression atmosphérique est énorme, et plus les lignes spectrales sont accusées : c'est précisément ce que l'on observe dans le spectre de Rigel, comme dans celui de Sirius et de Véga. Ce sont là d'énormes soleils, des milliers de fois plus volumineux, plus lourds, plus importants que celui qui nous éclaire, lequel est lui-même 1 300 000 fois plus gros que notre globe terrestre et 824 000 fois plus lourd !
Ainsi déjà la contemplation de ces deux soleils d'Orion, Bételgeuse et Rigel (') nous transporte en deux directions différentes dans l'étude de l'Univers, le premier nous montrant le passe, le second nous montrant l'avenir; le premier nous enseignant la mutabilité des cieux, le second nous en racontant la splendeur.
Regardons maintenant les trois étoiles du Baudrier, ^, s et (^ : la première est toujours moins brillante que les deux autres, dont l'éclat égale celui de y: on la considère comme variable de 2,2 à 2,7 ; mais je l'ai toujours trouvée d'une demi-grandeur environ au-dessous des trois précédentes. Nous avons vu {Astronomie populaire, p. 795) que ces étoiles sont animées de mouvements propres variés, et que dans l'avenir la ligne du baudrier d'Orion va se disloquer, ainsi que la constellation tout entière, les Trois Rois n'étant unis qu'en apparence (c'est souvent le cas dans les états de notre planète) et devant un jour se séparer et suivre chacun sa destinée personnelle.
(•) Cette étoile Rigel a donné naissance, sans s'en douter, à deux saints du calendrier catholique, saint Marinas (saint Marin) et saint Aster, parce qu'au mois do mars, au temps de l'équinoxc, elle était censée influer sur la navigation et avait reçu en latin du moyen âge le surnom de viarinus aster « astre marin ». Ces saints apocryphes ne sont pas seuls dans ce cas, et leur famille serait intéressante à étudier si nous en avions le temps. C'est ainsi que sainte Vénère n'a jamais existé non plus : son culte est une transformation inattendue de celui de Venus, les églises qui lui sont consacrées occupent l'emplacement d'anciens temples (et l'on a même récemment, dans le chœur de l'une d'elles, mis au jour une très belle fresque ancienne ■ représentant Vénus sortant des ondes). Sainte Solange est une transformation, encore : facilement reconnaissable dans les superstitions populaires du Berry, de l'ancien culte du Soleil, etc. Cela ne veut pas dire, assurément, qu'aucun des saints honorés ' par la tradition n'aient existé; mais il en est un nombre beaucoup plus grand qu'on ne pense qui dérivent simplement de mots latias plus ou moins modifiés.