‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 212 sur 411 · HISTOIRE DE SIRIUS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SIRIUS

la rouge Canicule fende les muettes statues, soit que la panse du vent Furius fasse neiger de blancs flocons sur les Alpes glacées. » Les licences poétiques permettraient cependant de ne voir ici qu'une métaphore inspirée par les chaleurs de Tété : ce n'est pas encore là une observation précise. Sénèque est plus explicite :

« La variété des émanations de l'atmosphère terrestre ne doit pas nous surprendre. Au ciel même les astres présentent des couleurs différentes : l'étoile de la Canicule brille d'un rouge vif; Mars est plus pâle, et Jupiter n'est coloré d'aucune nuance ('). » Ces expressions ne laissent pas d'ambiguité.

Cependant il est bien singulier que ce soit seulement pendant ce siècle-là (de Cicéron à Sénèque, — 50 -^ 50) que l'on ait parlé de cette couleur rouge de la plus brillante étoile du ciel. Eratosthènes, Eudoxe et Aratus n'y avaient fait aucune allusion dans l'antiquité et, depuis, aucun astronome n'en a parlé. Au x^ siècle de notre ère, elle était certainement blanche, car Abd-al-Pailiman al-Sûfi qui signale la coloration rouge d'Antarès, Bételgeuse, Aldébaran, Arcturus et Pollux, et dont la description est si minutieuse et si détaillée, ne signale pas la moindre nuance dans sa coloration. De plus, il ne remarque pas que Ptolémée l'ait qualifiée de rouge, ce qui conduit à conclure que les anciens manuscrits de l'Almageste ne portaient pas cette mention. Toutes les éditions imprimées la reproduisent, à la première ligne de sa nomenclature des étoiles du Grand Chien : o év tw

(yTÔiJLxri laix-npôraroç y.x'kovy.evoç •/•jwv y.at yTCoxippoç. Ce dernier qualificatif upokirros « rougeâtre » n'a pas dû être appliqué par Ptolémée luimême, car Al-Battani (Albategnius), astronome arabe du ix^ siècle, antérieur à Sûfi, ne signale dans l'Almageste arabe que cinq étoiles rougeâtres, tandis que l'Almageste grec en présente six. D'autre part encore, Ptolémée, qui généralement appelle les étoiles de première grandeur par leur nom, ne nomme pas Sirius dans la ligne précédente, et j'admettrais volontiers avec M. Schjellerup que ce nom y était écrit et a été mal lu, de sorte qu'au lieu de y.xi •JTroV.tppoç c'était primitivement •mi <7£îptoç que l'on devait lire. Au lieu de :

La brillante, sur la bouche, appelée le Chien et rougeâtre, on lirait :

La brillante, sur la bouche, appelée le Chien et Sirius,

(M Ncc mirum est, si tcrrae omnis generis et varia evaporatio est, quam in coelo quoque non unus appareat color rerum, sed acrior sit Caniculae rubor, Martis remissior, Jovis nuUus. — Questions naturelles, Liv. I.

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