HISTOIRE DE SIRIUS
qui correspond aux anciennes éditions arabes, où l'on ne trouve aucune traduction ni aucun synonyme du mot rougeâtre. La description des étoiles de Sùfi porte aussi en première ligne :
La brillante, sur la bouche, appelée le Chien et al-Schira Le catalogue d'Ulugh-Beigh dit :
Quaî est in ore, intense lucida, quam Canem et Shira vocant.
Il semble que devant Tcnsemble de ces témoignages, la coloration rouge de Sirius devient très douteuse. Seule, l'expression de Sénèque reste difficile à interpréter. Mais Sénèque n'était pas astronome ; il ne dit point qu'il ait observé lui-même cette coloration ; il a pu se fier à Cicéron comme à Horace, et croire que l'ardente Canicule était vraiment rouge : la métaphore sera devenue réalité. Ce n'est pas là le seul exemple de ce genre que nous offre l'histoire : les origines du christianisme même en présentent bien d'autres, dont l'influence a eu les plus singuliers effets sur la conduite entière de l'humanité et régit encore aujourd'hui les destinées intimes delà France elle-même, depuis Paris jusqu'à Lourdes.
La plupart des astronomes considèrent, il est vrai, cette métamorphose comme certaine. Sir John Herschel, Secchi, Arago, Humboldt ont cherché à l'expliquer. « Sirius, dit l'illustre auteur du Cosmos, offre l'unique exemple d'un changement de couleur constaté historiquement, car sa lumière est aujourd'hui d'une blancheur parfaite. 11 n 'y a qu'une grande révolution, soit à la surface, soit dans la photosphère de cette étoile, qui ait pu produire ce changement de couleur, en troublant l'action des causes auxquelles était due la prédominance des rayons rouges. Cette prédominance elle-même peut être attribuée à ce que les rayons complémentaires des rayons rouges étaient absorbés par la photosphère même de ce soleil, ou par des nuages cosmiques qui se transporteraient lentement à travers l'espace. » Cette dernière explication était celle que sir John Herschel préférait. Mais devant toutes les pièces du procès que j'ai pris soin de remettre directement sous les yeux du lecteur, il me semble qu'il n'y a plus d'explications à chercher, et que, quoique possible, cette transformation du soleil sirien n'est nullement certaine. Il vaut mieux admettre une exagération de langage dans un écrivain de la Terre, ou une confusion de mots, qu'une révolution dans la nature d'un système de mondes tel que celui de Sirius (*;.
(') Il se présente assez souvent dans la science des cas analogues, où il est impossible d'avoir une conviction complète, où le rôle del'historien est assez difficile. Gé-