‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 214 sur 411 · C HISTOIRE DE SIRIUS · texte numérisé non relu

C HISTOIRE DE SIRIUS

L'analyse spectrale montrant la prédominance de l'hydrogène dans les étoiles blanches, et celle des oxydes de carbone dans les étoiles rouges, conduit à penser que celles-ci sont à une température moins élevée, et représentent une période plus avancée de ces lointains soleils. Si telle était la carrière normale des foyers solaires, la lumière des étoiles subirait une transformation contraire à celle qui a été attribuée à Sirius : elle serait blanche d'abord, rouge ensuite. On concevrait plus difficilement qu'une étoile ait été rouge avant d'être blanche. Les spectres des troisième et quatrième types rappellent ceux des taches solaires : il est donc probable que les étoiles rouges, parmi lesquelles se rangent presque toutes les étoiles variables, sont des soleils couverts de taches et en voie de refroidissement. — Il est doublement remarquable que Sûfi ait vu Algol rouge, au x* siècle de notre ère. Elle était blanche au temps de Ptolémée, et elle l'est encore aujourd'hui, faisant exception dans l'assemblée de ses sœurs en

néralement, l'auteur ne doit laisser aucun travail d'esprit à faire à ses lecteurs et par conséquent doit décider lui-même : c'est ce que le lecteur préfère. Un écrivain léger ou peu soucieux d'être l'interprète fidèle de la vérité absolue, peut toujours agir de la sorte (surtout dans les questions politiques) et imiter les avocats dont la plus haute éloquence consiste à affirmer l'inconnu avec un grand air de conviction et à défendre le faux comme le vrai. Au risque de paraître indécis, un auteur honnête ne peut agir de cette façon ; il ne doit affirmer que ce qu'il sait. Dans ces cas difficiles, son unique soin doit être d'examiner, sans aucune idée préconçue, toutes les pièces du procès, et de fonder son opinion sur le plus probable. Telle a toujours été ma ligne de conduite : elle est plus loyale qu'habile. Ainsi, par exemple, dans les discussions relatives aux planètes annoncées par Le Verrier comme existant entre Mercure et le Soleil, je n'ai pas cessé depuis 1859 (observation de Lescarbault) de déclarer que sur les nombreuses observations signalées en faveur de l'existence de ces planètes, il n'y en a pas une seule d'incontestable, et que par conséquent la probabilité est que ces planètes n'existent pas, ou, dans tous les cas, n'ont jamais été vues. Chaque nouvelle observation prétendue m'a donné raison, et aussi chaque nouvelle annonce déçue de passage devant le Soleil. Eh bien ! certains astronomes m'en ont blâmé en déclarant que je manquais d'égards envers Le Verrier! — Il importe d'établir le degré exact de probabilité qui résulte de la discussion des problèmes. Pour ces planètes intra-mercuriennes, par exemple, il n'est pas certain, mais il est presque certain qu'il n'existe là aucun monde de volume analogue à Mercure. — Pour le changement de couleur de Sirius, la probabilité est déjà moindre : il est très probable qu'il n'a pas changé. — On se souvient de notre longue discussion relative aux sept Pléiades anciennes : il est seulement probable que quelques changements se sont opérés là depuis l'antiquité. — Que deviennent les planètes mortes? Il est possible qu'elles se morcellent en fragments et se dispersent dans l'immensité. — Ce sont là des degrés fort divers, et le rôle du savant consciencieux doit être de s'arrêter juste à la limite de ce qui est connu au moment où il se fait l'historien de la science. Que les faits soient exposés exactement : c'est la base. Rien ne nous empêche ensuite de laisser un libre essor à notre imagination, pour nous élever au-dessus des panoramas, contempler l'ensemble, dominer la nature et nous envoler dan.'* l'avenir même.

HISTOIRE DE SIRIUS. isi

variabiiité, qui sont toutes plus ou moins jaunes, ui*aiiyces ou rouges. L'observation de l'astronome arabe, qui ne connaissait pas la variabilité d'Algol, fait pencher la balance en faveur d'une rotation d'un soleil qui s'encroûte plutôt qu'en faveur d'un satellite en révolution autour de lui.

Par la supériorité de son éclat, qui surpasse si magnifiquement celui de toutes les autres étoiles, Sirius a depuis la plus haute antiquité frappé Tattention de tous les contemplateurs du ciel, qui voyaient et devinaient en lui un astre d'une importance capitale. Aristarque de Samos lui donne déjà le titre de soleil. Tonte l'antirfuité, tout le

Fig. 317. — Dimension probable de Sirius, relativement à notre Soleil.

moyen âge, gardèrent la conviction qu'il exerçait une action réelle sur les destinées de la Terre. Au siècle dernier, le philosophe Kant le considéra comme étant le pivot central de l'univers, le foyer d'attraction autour duquel graviteraient notre propre soleil et toutes les étoiles habitant notre contrée de l'espace. Aujourd'hui que nous mesurons sa distance, que nous analysons sa lumière et que nous calculons sa masse, sa valeur s'impose encore davantage à notre pensée. Quand on songe que cette lumière brille dans l'immensité, à des milliers de milliards de lieues d'ici, et que malgré cette incommensurable distance nous recevons encore d'elle de pareils feux, des feux tels que nous pouvons la photographier et que leur chaleur est sensible au thermomètre, c'est tout simplement stupéfiant ! Lorsque

Page 1