‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 220 sur 411 · CHAPITRE XVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIl

Les constellations australes. — La Baleine. — L'Eridan. — Le Lièvre.

La Licorne. — L'Hydre.

La Coupe. — Le Corbeau. — La Colombe. — Le Navire.

Nous arrivons ici aux dernières constellations australes visibles en France, aux zones situées au delà de l'équateur et du zodiaque et

Fig. 324. — Figure fantastique de la Baleine.

qui ne s'élèvent qu'à une faible hauteur au-dessus de notre horizon. Arrêtons-nous d'abord à la Baleine, que nous avons déjà rencontrée en décrivant les Poissons {voir la fig. 187, p. 264). Elle s'étend, en effet, au-dessous des Poissons et du Bélier. Sa période de visibilité commence en septembre et fmit en février ; elle précède Orion de 3 heures environ.

C'est plutôt un animal fantastique, un monstre fabuleux, que nos aïeux ont représenté là, que l'inoffensive et classique baleine. Examinez

un instant, en effet, le dessin ci-dessus, publié par Ilévélius dans son g-rand atlas céleste, regardez cette tête année d'une trompe et d'une langue fourchue, et avouez que l'imagination a quelque peu dépassé les bornes de l'anatomie. Au surplus, il en a été ici comme de la baleine de Jonas : on n'a été d'accord ni sur son espèce, ni sur son nom. Eudoxe, Aratus, Ilipparque, Ptolémée, l'appellent Kôtos « la Baleine », et c'est là son titre classique; mais Ilyginus la nomme Orphos, poisson de mer, qui vit solitaire dans les rochers et qui ne ressemble guère à une baleine ; les astronomes — ou plutôt les astrologues — du moyen âge l'appelaient le Monstre marin : c'est sa vraie qualification. Quant à son origine, elle doit provenir primitivement, comme celle des autres figures célestes en général, d'un rapport plus ou moins marqué entre la disposition des étoiles qui la composent et l'esquisse d'un animal quelconque. Regardez d'une part l'ensemble des alignements formés dans le fleuve Eridan, et, d'autre part, la disposition des étoiles a, y, 1, p, l, o, o, tt, ç, 0, 39 et |3 de la Baleine, et convenez que cet arrangement donne l'idée d'un animal à tête énorme dressé au bord du fleuve. Les poètes de la mythologie en ont fait ensuite le monstre envoyé par Neptune pour dévorer Andromède enchaînée sur le rivage voisin. — Les Arabes, inventeurs d'autres ressemblances, appelaient les étoiles de la tête al-Kaff al-djadzmà « la main coupée )>.

Nous avons déjà vu {fîg. 187, p. 264) que l'étoile la plus curieuse de la Baleine, o, ou Mira, se trouve sur l'alignement du ruban boréal des Poissons, au-dessous de a des Poissons. L'étoile a de la Baleine, de seconde grandeur, est au nord-est de Mira et forme l'angle occidental d'un triangle avec Rigel et Aldébaran. On trouvera toutes les étoiles principales de cette constellation, ainsi que celles de l'Éridan, à l'aide de notre fig. 327.

De toutes ces étoiles, la plus curieuse est cette célèbre variable, la première reconnue par les hommes , signalée dès la fin du seizième siècle par le patient David Fabricius. C'est, en effet, le 13 août 1596 que cet observateur du ciel aperçut là, dans le coude la Baleine, une étoile de troisième grandeur qui n'existait sur aucun des catalogues anciens. Il la revit pendant deux mois, mais en octobre elle disparut. En 1603, Bayer la dessina sur son atlas; elle était alors de la quatrième grandeur, et il lui donna la lettre o. En 1638, Holwarda la remarqua pendant une éclipse de lune : elle surpassait alors les étoiles du troisième ordre d'éclat ; la recherchant pendant l'été de 1639, il n'en put retrouver aucun vestige;

mais le 7 novembre suivant il la revit à son ancienne place. Cet astronome prouva ainsi par ses seules observations que les étoiles no sont pas immuables dans leur éclat, comme on l'enseignait unanimement, mais peuvent être soumises à des alternatives périodiques de disparition et de réapparition. Ces observations furent suivies de celles de Fullenius, de 1641 à 1644 : mêmes oscillations dans cette mystérieuse lumière céleste. Vinrent ensuite celles d'Hévélius, plus assidues, plus détaillées, plus minutieuses, poursuivies pendant quinze années, de 1648 à 1662, sur cette étoile qu'il qualifia avec raison de (( Merveilleuse » : Mira, qualification qu'elle a conservée; on la nomme depuis lors Mira ceti « la merveilleuse de la Baleine » (ne pas imprimer Mira cœli, comme le font quelquefois des typographes qui s'ingénient à corriger les auteurs). La curieuse conséquence tirée des premières observations de Holwarda se trouvait ainsi confirmée irrévocablement. Ce n'est toutefois qu'en 1667 que Bouillaud chercha si ces changements d'éclat étaient périodiques et réguliers, et trouva à l'aide des observations faites de 1638 à 1660 une période de 333 jours. La discussion des observations lui montra en même temps:

Que l'étoile mystérieuse n'arrive pas aux mêmes grandeurs dans toutes ses périodes, qu'elle va quelquefois jusqu'à la deuxième grandeur, et que plus souvent elle s'arrête à la troisième ;

Que la durée de son apparition est changeante; changeante à ce point que, dans certaines années, on a vu l'étoile pendant trois mois consécutifs seulement, et dans d'autres années pendant plus de quatre mois ;

Que le temps de la période ascendante de la lumière n'est pas toujours égal au temps de la période descendante; que l'étoile emploie à aller de la sixième grandeur à son maximum d'intensité, tantôt plus et tantôt moins de temps que pour revenir, en s' affaiblissant, de ce maximum à la sixième grandeur.

William Herschel s'occupa du même astre à la fin du siècle dernier et trouva pour le chiff're le plus probable de la période 331 jours 10 heures 19 minutes.

En 1850, Argelander, discutant toutes les observations, arriva à la conclusion que la durée de la période embrassant tous les changements d'intensité est en moyenne de 331 jours 15 heures 7 minutes, mais que cette durée est assujettie à une variation en plus ou en moins, embrassant 88 de ces périodes. Cette variation aurait pour effet d'augmenter ou de diminuer alternativement de 25 jours les retours successifs de l'étoile au même éclat.

Les dernières observations donnent

^31 jours 8 heures 4 •minutes

Une grande partie de la période s'écoule pendant l'invisibilité, car cette invisibilité dure environ cinq mois : l'étoile est alors au-dessous de la sixième grandeur, descendant à son minimum jusqu'à 95. Après cinq mois d'évanouissement, on la voit reparaître à l'œil nu et iiuo-fiienter lentement pendant trois mois ; puis elle arrive parfois à briller de l'éclat des étoiles de seconde grandeur, mais ce maximum ne dure qu'une quinzaine de jours. Ensuite elle redescend par tous les degrés qu'elle avait traversés pendant son ascension, redevient invisible ff" bout de trois mois, et tombe de nouveau ta son minimum. La phaso lumineuse de quinze jours rend assez difficile l'appréciation précise de la date du plus grand éclat ; les derniers maxima ont été observés \e 11 septembre 1879 et le 11 août 1880; le prochain doit arriver vers le 29 juin 1881.

Quelle transformation pour un soleil! Tomber en 166 jours de la

Fig. 325. — Variation d'éclaî de Mira Cbii (Période = îl mois).

seconde grandeur au-dessous de la neuvième! Emettre mille fois moins de lumière à la dernière date qu'à la première ! Puis ressusciter comme le phénix et reprendre son premier éclat! Comment concevoir de telles métamorphoses ?

Le plus singulier encore est peut-être l'oscillation d'éclat de son maximum lui-même. Le 6 novembre 1779, par exemple, Mira était à peine inférieure à Aldébaran; plus d'une fois elle a de même atteint la première grandeur. Mais à d'autres époques, elle n'a même pas atteint l'éclat de tJ de la Baleine (4^ gr.). Sa grandeur moyenne est égale à celle de y. Si l'on désigne par 0 l'éclat des dernières étoiles visibles à l'œil nu, et celui d' Aldébaran par 50, on peut dire que Mira oscille, vers son maximum, entre 20 et 47. Le maximum probable peut être représenté par 30; mais il est plus souvent au-dessous qu'audessus de cette limite : ces derniers écarts sont, du reste, les plus frappants. On n'a pu, jusqu'à présent, rattacher les oscillations

rns . MIRA CETl

de Mira à aucune période bien nette, il y a seulement quelque raison de soupçonner une période de 40 ans et une quadruple de 160 ans.

Le mystère pourrait peut-être s'élucider par la connaissance de la constitution physique et chimique de ce soleil. Cette étoile est orangée, et la tendance vers le rouge est d'autant mieux marquée que l'éclat est plus faible. L'analyse spectrale montre en elle un spectre du troisième type, analogue à celui d'Antarès, d'à d'Hercule et de Bételgeuse, formé de lignes noires et brillantes entrecoupées de zones ou bandes obscures, au nombre de neuf, disposées comme autant de colonnes cannelées vues en perspective et ayant la partie éclairée du côté du rouge. A l'époque du minimum, ce spectre se réduit à de petites raies claires. 11 y a là deux spectres superposés, comme chez les étoiles à conflagrations temporaires. Beaucoup de vapeurs métalliques; lignes de l'hydrogène très faibles. L'hypothèse la plus probable est que ce soleil se couvre périodiquement de taches, comme notre propre soleil; seulement, au lieu d'être de onze années, cette périodicité n'est quedeonzemois,variantd'ailleurs entre certaines limites, comme celle de notre soleil même. Nous avons vu que les explosions solaires, les protubérances sont soumises à la même périodicité, et que leur nombre comme leur grandeur varie proportionnellement à celui des taches. Maintenant, quelle est la cause de ces variations périodiques des taches solaires? Nous l'ignorons encore. A plus forte raison celle des variations analogues observées dans les étoiles nous reste-t-elle jusqu'ici cachée dans les mystères de l'inconnu. Si Ton se souvient que la période de variation des taches et des protubérances solaires est en connexion avec celle du magnétisme planétaire et des oscillations diurnes de l'aiguille aimantée, on sent que ce mystère cosmique est encore plus intéressant et plus important qu'il ne le paraît. Il reste là quelque loi de la, nature à découvrir.

Nous avons donné le moyen de trouver Mira dans le ciel : elle est au sud de l'angle du lien des Poissons, qui aboutit à a {fig. 327), et on la trouve également en menant une ligne idéale d'Aldébaran à « Baleine et en la prolongeant sur y et à.

Une lunette dirigée sur elle lui montre un compagnon, de 9^ gr. |, que j'ai mesuré micrométriquement en 1877 et trouvé à 82" et 118". Cassini l'avait mesuré, le premier, en 1683, et l'avait trouvé à 130" et 119". Il se meut d'un mouvement rcctiligne relativement à Mira; mais il est probable qu'il repose immobile au fond de l'infini et que Mira passe devant lui, animée d'un mouvement propre dirigé

MIRA CETI 489

vers 194°, c'est-à-dire vers le sud, et d'une vitesse de 32" par siècle.

(Si l'observation de Cassini était sûre, le mouvement ne serait pas

anilbrme, car le petit diagramme ci-contre montre une vitesse près

de trois fois plus rapide de 1683

à 178'2 que de cette dernière w»

date à notre époque. ) Je n'ai j

jamais vu j\Iira plus petite que , j

ce compagnon optique, quoique ^^';* j

en général les traités d'astro- T^Sys» ^^"'^ f<rii^ig;?5« 5"*

nomie disent qu'elle descend jus- ^ |

qu'à la douzième grandeur. — 4^ j

Cette étoile de comparaison rend % I

encore plus intéressante l'obser- i L

vation de notre Protée, et ceux ^^ n

qui le chercheront dans le ciel Flg. 3'26. - Mouvement de 3f ira Ce/i, révélô

,111 1 ■ ' P^r son compagnon.

seront doublement recompenses.

Mira n'est pas la seule étoile variable de la constellation de la Baleine. Il y a, non loin d'elle, à 3 degrés au-dessus et un peu plus à l'est, l'étoile R, qui varie de 8 à 13 en 167 jours; mais elle n'est jamais visible à l'œil nu et sort de notre cadre. Il y en a une autre (Lai. 2598) qui varie de 6 | à 8, et reste égalem ent invisible à l'œil nu.

L'étoile a (nommée Menkab, de al-Menkhir la bouche), évaluée de première grandeur et demie par Hévélius, et signalée par Bayer comme étant la plus brillante de la constellation, a sensiblement diminué. Elle est aujourd'hui un peu inférieure à |3, et presque de deuxième et demie.

â est descendue de la troisième à la quatrième grandeur, et e de la troisième à la quatrième et demie.

ç a été vue par J. Herschel presque de même éclat que e et p et estimée de 4,9; Bessel l'a estimée de 5"; elle a subi, vers 1830, une oscillation de près de deux grandeurs.

X* a été notée de 4* par Bayer, de 5' par Hévélius, de 6* par Piazzi.

$• a été notée de 4' par Bayer, de 5" par Piazzi, de 6' par Flam- 8teed.

Le groupe des <p ne ressemble pas dans Bayer à son aspect réel ; mais c'est peut-être la faute du dessinateur. Il est mieux dans Hévélius. — Lorsqu'il y a quelque doute possible ou quelque difficulté dans l'identification, comme dans le cas, par exemple, de ces lettres doublées, triplées, j'ai toujours pris soin de faire précéder la lettre de Bayer du numéro de Flamsteed, devenu classique dans les catalogues.

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