ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DU CENTAURE
N" de Lacaille.
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Ce qui nous intéresse le plus est de savoir que les deux étoiles de premier ordre a et |3 du Centaure, dont l'importance s'est encore accrue à nos yeux par la mesure de leur parallaxe, et, plus encore, pour a, — qui se trouve être l'étoile la plus proche de la Terre, — par la^ découverte qu'elle est double et forme un système orbital en mouvement rapide; ce qui nous iutéresse particulièrement, dis-je, est de .^avoir que ces deux étoiles ont été observées par les anciens, qui leur ont assigné à peu près les mêmes grandeurs que nous leur assignons aujourd'hui, comme on peut en juger :
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568 LE CENTAURE
Les mesures de parallaxe failes dans l'hémisphère austral par Henderson, Maclear, Mœsta, s'accordent pour donner à a du Centaure le chiffre le plus élevé de toutes les parallaxes mesurées jusqu'à ce jour. La moyenne la plus sûre est 0",92, soit près d'une seconde, ce qui correspond à 222 000 fois la distance de la Terre au Soleil, c'est-à-dire à huit trillions de lieues de quatre kilomètres. La lumière emploie 3 ans et 6 mois pour venir de cette étoile voisine, — la plus proche que nous connaissions.
Les mesures effectuées sur la parallaxe de (3 ont conduit au chiffre de0'',49, soit un peu moins d'une demi-seconde, ce qui correspond à 416 000 fois 37 millions de lieues, ou à quinze trillions. La lumière emploie plus de six années pour venir de là, malgré sa vitesse de 75 000 lieues par seconde.
C'est la parallaxe de a du Centaure qui nous donne la mesure des distances intersidérales. C'estgràce à cette connaissance que nous apprécions aujourd'hui les étapes de l'immensité. Songeons que telle est, selon toute probabilité, la séparation normale des étoiles entre elles. Huit mille milliards de lieues ! A la vitesse constante de soixante kilomètres à l'heure, un train express parti d'ici n'arriverait à ce soleil voisin qu'après une course non interrompue de près de soixante millions (Vannées.
La lumière de « du Centaure, que Ton prend généralement comme type des étoiles de la première grandeur, a été estimée par les mesures photométriques de sir John Herschel à la 27 000" partie de celle de la pleine Lune, laquelle paraît être à son tour la 800 000* partie de celle du Soleil; d'où la conséquence qu'il faudrait environ 22 millions d'étoiles de l'éclat de a du Centaure pour nous donner autant de lumière que le Soleil, tandis qu'il ne faudrait que 5400 étoiles de l'éclat de Sirius, qui est environ quatre fois plus brillant que l'astre du Centaure. La disproportion paraît inimaginable entre cette étoile et notre Soleil. Pourtant, si l'on éloignait celui-ci à la distance oii gît l'astre du Centaure, sa lumière, perdant de son éclat dans le rapport du carré de la distance, serait de plus de moitié plus faible que la sienne, de telle sorte que notre éblouissant foyer serait réduit à un simple point lumineux, à l'aspect d'une étoile de seconde grandeur. Ce seul fait prouve irréfutablement que chaque étoile est un soleil.
Ce soleil du Centaure est plus brillant, et probablement plus volumineux que le nôtre.
Mais nous pouvons entrer ici dans ime étude plus approfondie à son égard. Eu effet, cette étoile est double, et c'est l'une des plus belles
LU CUNTAURE
que nous connaissions. Elle a été dédoublée pour la première fois, il y a près de deux siècles, en 1089, par llichaiid, à Pondichéry. En 1700, le P. Feuillée, à Lima, observa que le compagnon était à Touest. En 1751, Lacaille, au cap de Bonne-Espérance, le vit au sud-ouest.
De 1830 à 1835, on le revit à peu près dans la région où Lacaille l'avait observé, de sorte que son mouvement paraissait indécis. Les premières mesures micrométriques précises sont celles de sir John Herschel, en 1833; on va voir que le couple a marché rapidement depuis.
Voici les mesures principales :
Années.
Angl
Distance.
Observateurs
J. Ilersche!
Maclcar.
Jacob.
Jacob.
Powell.
Russell.
Gill.
Cruls.
On voit que la distance, qui était de 18",7 en 1833 (elle s'était élevée à 22" en 1825), s'est abaissée à 14",7 en 1840, à 6",0 en 1850,à3",9en 1856, au nordouest de l'étoile centrale. Puis elle s'est élevée à 10",3 en 1870 pour s'abaisser ensuite à 1",9 en 1878. Pendant cetintervallc, ce compagnon tournait de 307 degrés, par le nord, vers l'est.
La/zg. ci-contre représente l'orbite construite sur l'ensemble des observations.
C'est l'orbite apparente, telle que nous la voyons de la Teri-.-. Elle
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Fig. SCI. — Orbito apparente de l'étoile Joubîa s du Centaure.
LE CENTAURE
est inclinée de 79 degrés sur le plan de la sphère céleste perpendiculaire à nôtre rayon visuel, de telle sorte que ce mouvement vu de profil nous paraît beaucoup plus excentrique qu'il ne l'est en réalité. L'orbite réelle, telle qu'on la verrait de face, a pour excentricité 0,530, ce qui donne une ellipse assez ronde {fig. 362), tandis que l'ellipse apparente est plus de deux fois plus allongée.
La période de révolution de ce double soleil autour de son centre commun de gravité paraît être de 84 ans. L'étoile reviendra vers 1918
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Fig. 362. — Plan de l'orbite absolue de a du Centauro.
au point où Herschel l'a mesurée en 1834 et où Lacaille l'avait déjà vue en 1751.
Le compagnon a augmenté d'éclat, car Feuillée, Lacaille, Brisbane et Dunlop l'ont estimé de 4' grandeur avant 1830; Herschel l'a estimé de 3" en 1835, puis de 2", et tel est l'éclat constant sous lequel il est anregistré depuis. Il est jaune, et même orangé.
Nous avons déjà remarqué dans V Astronomie populaire, comme un fait fort curieux et très digne d'attention, que les deux soleils les plus procnes ae nous, « du Centaure dans l'hémisphère austral et la G r du Cygne dans l'hémisphère boréal, sont des soleils doubles. Us se projettent l'un et l'autre devant la Voie lactée, et notre soleil
LE CENTAURE
est relativement isolé dans l'immensité, à une grande distance de ses deux plus proches voisins. On ne saurait trop considérer cette figure, car elle nous aide plus que toute dissertation à nous rendre exactement compte de la position de notre archipel planétaire.
Ce système du Centaure est animé d'un mouvement propre très rapide. Sa vitesse annuelle est de 0',477 en ascension droite, vers
Fig. 363. — Les deux Roleils les plus proches du nôtre.
Touest, et de 0",776 en déclinaison vers le nord, ce qui donne comme résultante en mouvement vers le nord-ouest un arc de 3",643 par an, ou de 6' par siècle, soit un degré entier en dix siècles.
Le diagramme suivant représente cette marche stellaire pour cinquante mille ans : on voit qu'elle surpasse considérahlemcnt celle de toutes les autres étoiles voisines. Si cette translation se poursuit régulièrement durant cet intervalle de temps, ce double soleil arrivera vers le cinq centième siècle de notre ère chrétienne (alors, sans doute,
LE CENTAURE
oubliée et remplacée bien des fois) près de l'étoile y du Navire, et continuant son cours, se dirigera du côté de Sirius. ]\Iais d'ici-là, il se sera projeté et passera tout près de p du Centaure, dont le mouvement est d'une extrême lenteur; dans douze mille ans, il fera partie de la Croix du Sud, dont la figure va en se disloquant lentement, y descendant vers le sud, tandis que a se dirige vers le nord-ouest. L'examen de ce diagramme nous permet de saisir facilement cette lente dissolution des atomes célestes dont les associations changent perpétuellement pour ne jamais revenir. Ces mouvements stellaires s'ajoutent au déplacement général dû à la précession des équinoxes pour en modifier les effets, en amenant certaines étoiles vers nos latitudes, en en abaissant ^d'autres pour longtemps au-des-
Fig, 364. — Mouvement rapide de « du Centaure.
sous de nos horizons. Ainsi, sur notre carte du ciel austral visible de Paris il y a treize mille ans, a du Centaure était plus à l'est et plus élevé qu'il ne l'est sur cette carte, construite sans tenir compte des mouvements propres, tandis que dans treize mille ans il sera dans la Croix du Sud même. En quelques centaines de mille ans, durée qui n'est pas énorme dans les époques de la nature, l'aspect des cieux doit être absolument méconnaissable. Si nous ajoutons que ces mouvements propres ne sont pas parallèles au plan de la voûte apparente du ciel, mais s'effectuent obliquement à notre rayon visuel et dans tous les sens, certaines étoiles se rapprochant progressivement de nous, tandis que d'autres s'en éloignent de plus en plus, nous conclurons avec certitude que dans une époque de temps suffisante la transformation du ciel est complète. Il y a plusieurs millions d'années, à une époque où la Terre existait déjà, était déjà ornée de grands arbrcs^de la période houillère et peuplée des sauriens formidables qui animaient
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les mers primitives, dont les flots houleux baignaient alors les terrains que nous habitons aujourd'hui, alors, pas une seule des étoiles qui brillent pendant nos nuits actuelles n'était visible de la Terre. Dans plusieurs millions d'années, en cette époque inconiuie où il n'y aura plus ni France, ni Angleterre, ni Allema^ie, ni Italie, ni Europe, ni Amérique, où l'on ne parlera plus aucune des langues actuelles, où notre planète sera régie par une humanité intelligente et idéale, autant élevée au-dessus de notre race actuelle que nous le sommes au-dessus des singes, alors aussi pas une seule des étoiles que nous admirons actuellement au ciel n'y sera restée visible! Tout se sera envolé, et notre système solaire lui-môme aura traversé les parages célestes où brillent actuellement les étoiles de la constellation d'Hercule. Tout marche, tout circule, tout gravite, tout s'envole; rien ne disparaît, rien ne s'arrête, rien n'est perdu dans l'espace infini, rien n'est oublié dans le temps éternel.
Considéré en soi-même, ce système voisin du Centaure ne laisse pas que d'offrir une certaine importance. Quoique ces deux étoiles paraissent se toucher, la distance moyenne qui les sépare est fort respectable. En effet, les calculs d'orbite montrent que le demi-grand axe de l'ellipse parcourue est de 18" environ. Or, comme à cet éloignement sidéral, 0" 92 correspond à 37 millions de lieues, 18" représentent 1^23 millions de lieues. C'est à peu près la distance d'Uranus au Soleil, qui est de 710 millions. Ainsi la distance moyenne qui sépare les deux soleils constitutifs du système de a du Centaure est à peu près la même que celle qui s'étend du Soleil a Uranus, soit 19 fois celle de la Terre au Soleil.
Nous pouvons peser ce double soleil, en comparant sa période de révolution à celle d'Uranus. Nous n'avons pas encore observé son orbite complète, de sorte que le chiffre de cette période n'est pas déterminé avec une précision absolue : certains calculs l'estiment à 88 ans, et d'autres, plus récents, à 80. Or la révolution d'Uranus autour du Soleil s'effectue en 84 ans, ce qui approche justement du chiffre moyen probable de la période d'à du Centaure. Nous en concluons que la masse de ce soleil n'est pas très différente de celle du nôtre : ce soleil du Centaure a à peu près la môme valeur que celui qui nous éclaire. — Nous en avons rencontré un dans Ophiuchus (p. ^253) qui pèse trois fois plus.
Si ce soleil du Centaure formait un système avec le nôtre, ils tour* neraient tous deux autour de leur centre commun de gravité, situé dans Fespace, à peu près au miUcu du chemin qui va de l'un à l'autre.