OBSERVATIONS INTÉRESSANTES. — LE SOLEIL
Ces tachés offrent toutes les dimensions, depuis de simples points, de petits pores imperceptibles, qui ne se révèlent que dans les plus puissants instruments, jusqu'à des surfaces mesurant plus d'une minute de diamètre, c'est-à-dire larges de 43 000 kilomètres et davantage. De telles taches ne sont que 32 fois moins larges que le Soleil lui-même, sont visibles dans les plus petits instruments, et même à l'œil nu, et sont trois à quatre fois plus larges que la Terre, dont le diamètre, vu à la distance du Soleil, est de 17", 7.
En suivant ces taches de jour en jour, à la même heure, on se rendra très rapidement compte de la rotation du Soleil. Elles mettent environ 13 jours à traverser le disque. Parfois elles durent assez longtemps pour faire le tour du Soleil, de l'autre côté, et nous revenir par le bord oriental, quatorze jours après avoir disparu par le bord occidental j'en ai suivi et dessiné une, en 1868, qui a duré trois rotations solaires sans s'altérer sensiblement. Parfois, au contraire, elles ne durent que quelques jours, se fondent et disparaissent. Quelquefois elles sont isolées, mais le plus souvent elles sont groupées par familles variées, laissant de légères traînées derrière elles. De temps en temps on en voit qui se segmentent en deu.\ parties réunies comme par une charnière.
L'observation des taches fera tout d'abord reconnaître en elles Vombre noire centrale et la pénombre qui Tenvironne. Le centre des taches paraît noir, par contraste, quoiqu'il soit en réalité deux mille fois plus lumineux que la pleine lune. La pénombre paraît formée de filets de lumière, parfois très apparents et singulièrement contournés. Pour se rendre compte de l'aspect réel de ces formations, rien n'est aussi utile que d'essayer de les dessiner, et ce n'est pas absolument difficile. Vous ne serez pas toujours satisfait de vos dessins, car on rencontre des effets et des t«ns impossibles à rendre dans leur vraie lumière ; mais ces dessins vous feront remarquer un fait assez curieux : c'est que l'œil humain parvient à distinguer nettement des détails extrêmement délicats, et finit par s'accoutumer à les voir, de telle sorte que les proportions deviennent tout à fait trompeuses. Ainsi, pour représenter une tache solaire de la largeur de la Terre, mesurant 17" à 18", vous aurez fait un dessin de 7 à 8 centimètres de large, c'est-à-dire que vous croirez voir un objet de 1" avec une largeur de 4 ou 5 millimètres. Or, cette tache dont vous ne pouvez guère dessiner tous les détails visibles qu'en lui donnant cette exagération, cette tache n'est qu'un point noir sur votre rétine; et quand, après avoir quitté la lunette et vous être reposé le regard sur le paysage environnant, vous revenez au bout de quelque temps à l'observation, vous ne pouvez vous empêcher d'être surpris de voir, au premier coup d'œil, la tache aussi petite. Puis l'œil s'y habitue de nouveau et la revoit grande. Tout est dans les proportions. C'est par un effet contraire qu'au milieu des Alpes les montagnes ne paraissent pas avoir la moitié de leurs dimensions réelles, que la plaine d'interlaken (au-dessus de laquelle j'écris ces lignes) paraît large comme la main, tandis que ce triangle a G kilomètres de longueur sur 4 de largeur, que Montmartre ici ne se verrait pas, et que la mer de glace à Chamonix paraît pouvoir être traversée en un quart d'heure. Un jour que je contemplais l'intérieur de l'immense basilique de Saint-Pierre de Rome du haut d'une galerie qui court sous le dôme même, quelqu'un me pria de chercher eu bas le maître-autel, que l'on finit par reconnaître, en effet, dans le