‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 5 sur 411 · LA PETITE OURSE · texte numérisé non relu

LA PETITE OURSE

première est de 5^ grandeur, la seconde de 5* 1/2. Remarquez aussi, tout contre y, une étoile de 5^ 1/2 qui n'a pas de lettre et qui est inscrite sous le n" 11 de Flamsteed. Il y en a encore une autre, de même grandeur, dans la tête, que l'on trouve en prolongeant une ligne tracée de l'étoile ç à l'étoile n° 5 : c'est le n" 4506. Ce sont là toutes les étoiles de la Petite Ourse faciles à distinguer à Fœil nu, jusqu'à la cinquième grandeur inclusivement. Total : 14. Elles ne sont pas difficiles à reconnaître. Par une belle nuit, cherchez-les et vous les trouverez avec une facilité qui vous surprendra vous-mêmes.

C'est, pour nous, la constellation la plus facile à étudier, parce qu'elle est la plus commode à trouver et à observer, qu'elle reste constamment vers la même hauteur dans le ciel, en plein nord, et que

Fig. 6. — Principales étoiles de la constellatiou de la Petite Ourse.

nous pouvons toujours la regarder, à quelque heure que ce soit de la nuit et à toute époque de l'année. Comment ne pas songer que depuis trois mille ans, depuis les navigateurs phéniciens de Tyr et de Sidon qui fendaient le doux miroir méditerranéen sous le sillage de leurs élégantes trirèmes, où flottaient la pourpre et les vives couleurs des trophées orientaux, depuis les bonzes sacrés de la Chine antique, qui ressuscitaient dans les dessins bizarres de leur sphère céleste les êtres et les objets de leur vénération, depuis les observateurs attentifs de la tour d'Alexandrie, qui suivaient pendant la nuit le lent mouvement de ces étoiles pour décider la place du pôle, et depuis les Arabes du moyen âge jusqu'aux observateurs modernes, jusqu'à Flamsteed, Piazzi, Lalande, Herschel, Argelander ; comment ne pas songer à tous

les regards inatriiiis ou indolents, attentifs ou rêveurs, qui se sont attachés sur ces étoiles du pôle et leur ont confié leurs espérances, leurs souvenirs, leurs chagrins ou leurs joies? coinnient ne pas songer à ces yeux qui sont morts, tandis que toujours brillent là-haut ces lumières célestes allumées dans l'infini?

Oui, il y a trois mille ans, cette étoile (3 de la Petite Ourse était l'étoile polaire de l'humanité, et c'est sur ses rayons fidèles que les Phéniciens se dirigeaient. On l'appelle encore aujourd'hui Kocab, de l'arabe Kaucab-al-Shemali, «l'étoile du nord», écho des temps anciens. Chez les Chinois, l'Etoile polaire actuelle, a, s'appelle « le grand souverain du ciel auguste », |3 s'appelle « l'étoile souveraine », y le" « prince impérial » ; les étoiles environnantes portent des noms rappelant ceux de la cour du Céleste Empire.

Depuis tant de siècles qu'on les observe, ces étoiles sont-ejles restées invariables? Pour le savoir, remontons à l'origine et comparons les grandeurs d'éclat qui leur ont été assignées depuis le premier catalogue, depuis Hipparque.

ÉTOILES DE LA PETITE OURSE, OBSERVÉES A L'OEIL NU DEPUIS DEUX MILLE ANS

FI. fi. . , FI. 11. . , B.A.C. 4949 B.A.C. 5058.

fi.A.C. i50G.

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os .

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Ce sont là, nous l'avons dit, les 14 étoiles de la Petite Ourse que l'on voie facilement à l'œil nu. La division de l'éclat des étoiles en six ordres de grandeur, qui date de plus de vingt siècles, est fondée sur une appréciation naturelle de l'œil, car il se trouve que le rapport d'éclat entre chacun des six ordres adoptés est le même pour tous les

intervalles et qu'il y a la même différence d'impression optique entre la 4° et la 5* grandeur, par exemple, qu'entre la "2" et la 3^ Aussi tous les observateurs ont-ils suivi (souvent même à leur insu et avec le désir ^ de faire des jugements indépendants) cette classification en quelque sorte normale. Sans doute, il n'y a pas là la même précision que s'il s'agissait de mesures photométriques, mais comme nous ne nous occupons pas ici de l'éclat des étoiles mesuré à un centième près, ces indications suffisent pour notre but, et d'ailleurs nous sommes bien obligés de nous en contenter, si nous voulons faire une comparaison séculaire, puisque l'antiquité et le moyen âge ne nous en ont pas laissé d'autres. Chacune de ces séries est indépendante. On a contesté la valeur de celle de Bayer, et Delambre a môme traité un peu cavalièrement l'œuvre de cet astronome. (Il faut avouer d'ailleurs que l'académicienprofesseur Delambre était un de ces astronomes-fonctionnaires qui ne comprennent rien au ciel et qui seraient mieux à leur place dans une caserne que dans un observatoire.) Cependant, cette œuvre a son importance, non seulement par l'avantage d'avoir substitué une simple lettre grecque aune phrase entière, mais encore parce que ces lettres sont vraiment une indication de l'éclat, quoi qu'on en ait dit. En effet, si Bayer ne suit pas l'ordre de l'éclat décroissant pour la constellation entière, du moins il procède de grandeur en grandeur : ainsi, par exemple, l'étoile la plus brillante a reçu la première lettre (a) ; s'il y a quatre étoiles de cette même grandeur, elles seront a, p, y, â; s'il y en a cinq de la grandeur suivante, elles seront s, Ç, yj, 9, r, et ainsi de suite, chaque ordre de grandeur recevant successivement des lettres consécutives, se suivant dans le sens de la figure. La comparaison de ces observations faites de siècle en siècle nous permettra donc de savoir si certaines étoiles ont varié d'éclat depuis l'origine de ces observations, et cette connaissance est si importante pour l'étude de l'univers, que nos lecteurs ne trouveront certainement pas déplacés ici ces petits tableaux techniques qu'il sera si intéressant (quoique un peu laborieux) de construire pour chaque constellation. Ces chiffres s'expliquent d'eux-mêmes. Remarquons cependant que Argelander et Heis désignent les plus brillantes de chaque grandeur en leur ajoutant le numéro de la grandeur précédente, et les moins brillantes en leur ajoutant le numéro de la grandeur suivante : ainsi â Petite Ourse, marquée 4.5, est notée comme une faible de la 4" (= 4 |) tandis que FI. 5 marquée 5.4, indique une brillante de la 5' (= 4 |). Pour moi, j'ai trouvé plus commode de les estimer en dixièmes.

Si l'on compare avec soin ces notifications d'éclat faites de siècle

en siècle sur les étoiles de la Petite Ourse, tout en tenant compte des incertitudes inhérentes à ces appréciations individuelles faites généralement à l'œil nu, et dépourvues de la précision des mesures pliotométriques, on remarque que les étoiles (3, y, e, ç, n'ont probablement pas varié d'éclat, tandis que a, anciennement moins brillante que p, est actuellement du môme ordre. Ainsi, l'Etoile polaire a augmenté d'éclat : au temps de Bayer, elle était déjà aussi brillante que p, mais anciennement elle lui était inférieure. Plus curieuse encore, l'étoile FI. 5 paraît flotter de la 3" à la 6" grandeur. 0 n'a pas du varier, et si Bayer lui a donné une lettre, tandis qu'il n'en donnait pas à Fi. 5 (qui est plus grande sur son propre atlas), c'est évidemment parce qu'elle appartient au corps de l'animal, tandis que la seconde est en dehors. Quanta FI. 11, il faut une bonne vue pour la dédoubler de y, car elle est plus petite que le Cavalier du second cheval du Chariot de la Grande Ourse (Mizar et Alcor), et pour moi je ne la distingue qu'en m'aidant d'une jumelle. Les observations ne sont pas suffisantes pour décider sur les trois dernières.

Si nos lecteurs se plaisent à chercher et à reconnaître ces étoiles dans le ciel, ils feront la remarque assez curieuse que les petites étoiles se voient plus facilement lorsqu'on ne les regarde pas que lorsqu'on les regarde : il faut détourner un peu l'œil pour les mieux saisir. Le fait doit être dû à ce que le centre de la rétine est plus fatigué, plus usé par la vision constante, ou à une augmentation de visibilité produite par la réfraction du cristallin. (Les dames se servent souvent du môme procédé pour observer leurs voisins; mais ce n'est pas pour le même motif. )

Cette première constellation renferme quelques curiosités célestes intéressantes à connaître et à observer.

L'Étoile polaire doit être signalée en première ligne. C'est une étoile double intéressante. La petite étoile qui l'accompagne est de 9" grandeur 1/2 et écartée à 18 secondes (18") de distance angulaire. Une lunette de 75 millimètres d'ouverture est nécessaire pour distinguer ce compagnon, encore faut-il que l'observateur jouisse d'une bonne vue et que le ciel soit bien pur. Il tourne lentement autour de la Polaire. Depuis les premières mesures d'Herschel jusqu'à celles que j'ai faites tout récemment, c'est-à-dire depuis cent ans, la petite étoile a tourné autour de la grande de cinq degrés seulement (correction faite de l'effet produit par la précession des équinoxes) : à cette vitesse, ou plutôt à cette lenteur, elle n'emploierait pas moins de 7200 ans pour accomplir sa révolution!

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