LA CONTEMPLATION ASTRONOMIQUE
elle a été signalée par Riccioli dès l'année 1650 et observée par Gottfried Kirch et sa savante compagne Maria Margaretta, la dernière année du xvn* siècle. L'astronome anglais Bradley en fit la première mesure en 1755 ; William Ilerschel la mesura en 1781, Piazzi en 1800, Struve en 1820 et en 18'iO, Secchi en 1860, et je l'ai mesurée de nouveau tout récemment : ces mesures et un grand nombre d'autres montrent que la position relative de ces deux soleils dans l'espace n'a varié que de quelques degrés depuis 125 ans, et que c'est là un vaste et important système physique dans lequel les deux soleils tournent autour de leur centre commun de gravité en un cycle immense dont la durée doit dépasser dix-huit et vingt mille ans ! Ce ne sont guère que les observations du vingtième et du vingt-et-unième siècle qui pourront nous permettre de décider sur la nature de ce cycle, et encore devrons-nous sans doute attendre au vingt-deuxième : les astronomes ne sont pas égoïstes ; ils ne travaillent, ni pour leur époque, ni pour eux-mêmes, mais pour les siècles futurs, pour leurs successeurs inconnus , pour le patrimoine toujours grandissant de l'iuimanité intellectuelle. Nous nous servons aujourd'hui des observations faites il y a deux mille ans par des astronomes qui n'avaient ni nos idées, ni notre langue, à une époque où la France n'existait pas et oii les Celtes, nos ancêtres, vivaient au milieu des forêts sauvages et solitaires. L'astronome Halley calcula en 1705 le cours de la grande comète de 1682 et annonça son retour pour l'an 1759; il n'ignorait pas qu'il aurait depuis longtemps quitté cette terre lorsque l'astre mystérieux reviendrait donner raison à l'audacieuse induction du calcul; mais il ne se ralentit point dans la recherche du grand problème ; il suivit par la pensée l'astre vagabond jusqu'à des centaines de millions de lieues au delà du monde visible et prophétisa hardiment la date de son apparition future : chacun dans le monde sourit d'une audace aussi fantastique; celui-ci le traita de fou, celui-là de blasphémateur; luimême suivit la destinée commune : il vieillit, et, à son tour, descendit •dans la nuit du tombeau; la cigale chanta dans l'herbe du cimetière ; le corps du pauvre astronome retourna aux éléments d'où il était sorti... Le silence et l'oubli l'ensevelissaient, comme ils ensevelissent tout être et toute chose, quand un soir, àThorizoUj dans les vagues profondeurs des cieux, on vit arriver du fond de l'espace une clarté étrange, qui, tout à coup, s'éleva, se dressa parmi les constellations, plana dans les cieux, semant ses flammes dans l'immensité étoilée : c'était la comète de Halley qui répondait à son appel! c'était la Vérité astronomique qui venait resplendir sur le tombeau de son prophète !