‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complètes du ciel visible à l'oeil nu et de tous les objets célestes faciles à observer; supplément de l'Astronomie populaireChapitre 59 sur 411 · LA CONNAISSANCE DE L'UNIVERS · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE DE L'UNIVERS

propre respectif, on trouve qu'elles étaient alors très rapprochées, de telle sorte que si l'on supposait que leur mouvement date de cette époque, on pourrait les assimiler à trois projectiles lancés d'une même région de l'espace dans trois directions différentes, résultat fantastique d'une explosion sidérale incompréhensible.

L'étoile 1830 se dirige vers la Chevelure de Bérénice, qu'elle traversera dans six mille ans; l'étoile 21185 vole vers l'étoile y du Lion, qu'elle atteindra dans douze mille ans; l'étoile 21258 se dirige vers l'étoile v. de la Grande Ourse... Quelles transformations!

Ces trois petites étoiles comptent parmi les vingt-trois dont la distance a pu être déterminée et qui se sont montrées être les plus rapprochées de nous. Les calculs de parallaxe placent l'étoile 21185 à 13 trillions de lieues d'ici, l'étoile 21258 à 28 trillions, et l'étoile 1830 à 85 trillions; cependant, s'il y avait vraiment quelque rapport originel entre ces trois astres si rapides, ils ne devraient pas être si éloignés l'un derrière l'autre. Quand on songe que l'épaisseur d'un cheveu représente des trillions de lieues dans ces mesures si délicates, on conçoit facilement qu'il reste une certaine place pour le doute et que cette h^^pothèse soit permise.

Tels sont les spectacles importants que cette vaste constellation de la Grande Ourse tient en réserve pour le contemplateur des cieux, pour l'ami de la nature. On le voit, l'œil instruit parles découvertes de l'astronomie moderne ne peut plus regarder le ciel sans y lire, car les caractères flamboyants qui brillent là-haut ne sont plus lettre morte ou langue inconnue. Et combien n'est-il pas surprenant, en définitive, lorsqu'on y réfléchit, de voir que l'hnmense majorité des humains, même de ceux qui ont la prétention de penser, vive constamment sous ce même ciel sans se rendre compte de ce qui est. C'est exactement comme un habitant de Paris qui passerait sa vie entière sans connaître même le nom des édifices, des monuments, des trophées historiques, des places publiques, des boulevards, au milieu desquels s'écoulerait son existence inerte et passive, et qui, ignorant les phases essentielles de notre histoire, ne se serait jamais demandé, n'aurait jamais appris ce que c'est que Notre-Dame ou que la Sainte- Chapelle, quel rôle l'Hôtel de Ville, le Panthéon ou le Champ de Mars ont joué dans l'histoire de Paris, quels étaient ce palais des Tuileries aujourd'hui ruiné ou ce Louvre aujourd'hui transformé, sur quelle place le Génie de la Liberté s'envole en brisant les chaînes de la Bastille, ou quelles idées s'associent aux noms de la Sorbonne, de l'Institut, du Muséum, du Collège de France ou de l'Observatoire. Et même, ne vous sem-

ble-t-il pas qu'il serait encore moins pardonnable d'habiter une ville sans la connaître, que d'habiter dans l'univers sans le voir? car enfin la Terr» n'est pas autre chose qu'une île flottant dans le Ciel, nous sommes en réalité citoyens du Ciel, et si nous restons sans acquérir aucune notion et sans rien savoir de l'univers au milieu duquel nous vivons, ne sommes-nous pas dans la condition d'un aveugle transporté en ballon ou d'un sourd au milieu d'un concert?

Au sud de la Grande Ourse se trouve une petite constellation qui ne nous arrêtera pas longtemps, la constellation du Petil Lion, dessinée fig. 65. Elle a été inventée par Hévélius vers l'an 1660 : cet astronome l'a formée, entre le Lion et la Grande Ourse, de dix-huit étoiles extérieures aux limites des constellations anciennes. Pourquoi en a-t-il fait un Lion au lieu d'autre chose? C'est pour ne pas contrarier les astrologues, qui, dit-il, s accordent à attribuer la plus funeste influence aux étoiles de la Grande Ourse et du Lion, et ne seront pas dérangés dans leurs combinaisons par l'adjonction du nouvel astérisme, puisque c'est un animal de même nature. Hévélius croyait-il lui-même à l'astrologie? J'en doute, quoique, à notre époque même, on rencontre des intelligences relativement supérieures qui croient à des mystères encore plus absurdes et plus invraisemblables. Mais considérons les principales étoiles de cette petite constellation :

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