LES ÉTOILES DU BOUVIER
Flamsteed. L'étoile /"a été viie de cinquième grandeur par Hévélius, de sixième par Flamsteed, de 6-7 par Piazzi et d^ nouveau de cinquième par Argelander. L'étoile k a été inscrite de quatrième grandeur dans le Catalogue de Tycho, de sixième dans celui de Flamsteed et de cinquième dans celui d' Argelander. L'étoile P. XIV, 69, de sixième grandeur dans Piazzi, a été observée de quatrième et demie par Flamsteed et se montre actuellement de cinquième. L'étoile 31a été inscrite par Hévélius de septième, c'est-à-dire des plus petites visibles à l'œil nu, et c'est une belle de la cinquième grandeur; la 34* se montre variant de 4 1 à 6, et la dernière, qui est également de la cinquième grandeur, est descendue presque à la septième aux temps de Flamsteed et de Piazzi. Voilà de nouveaux témoignages en faveur des variations séculaires qui s'accomplissent dans les cieux.
Nous pouvons même déjà classer l'étoile 34 parmi les étoiles variables périodiques. L'astronome Schmidt l'observe à Athènes depuis un grand nombre d'années et pense que sa période est de 369 jours. Il est assez difficile déjuger son degré d'éclat avec précision, à cause de la proximité de e. Cette constellation renferme déjà plusieurs variables remarquables : R, qui varie de 6,4 à 12 en 222 jours ; S, qui varie de 8 à 12 en 272 jours ; T, qui varie de 9,7 à 13 en une période encore indéterminée; U qui varie de 9,5 à 13 en une période également indéterminée ; mais ces étoiles télescopiques ne peuvent être cherchées qu'à l'aide de lunettes montées équatorialement, de manière à trouver l'astre dans le ciel par son ascension droite et sa déclinaison.
Cette même constellation du Bouvier est l'une des plus riches en étoiles doubles. Signalons les principales.
Et d'abord, l'une des plus exquises comme coloration, e, que Struve appelait puic/ie?Tima « la plus belle ». La brillante est de troisième grandeur, la seconde de sixième et demie, un peu éclipsée par l'éclat de la première ; mais, dans une bonne lunette, les nuances sont ravissantes : jaune éclatant et bleu marine ; couple charmant : on aimerait habiter là. — La /?g. 4 de notre planche des étoiles doubles colorées en donne une idée éloignée. — L'écartement des deux composantes n'atteint même pas 3". Depuis un siècle qu'on observe ce couple, il a tourné d'environ 30 degrés : à ce taux-là, la révolution de ces deux soleils l'un autour de l'autre ne demanderait pas moins de douze siècles pour s'accomplir.
Bien plus écartée, et accessible à la plus petite lunette d'approche, se présente l'étoile (î : 3,4 et 8,5 : 110", jaune et lilas. Ces deux étoiles
ÉTOILES DOUBLES DANS LE BOUVIER
restent fixes l'une par rapport à l'autre, mais un même mouvement les emporte dans l'espace.
L'étoile Ç, est au contraire, une double brillante, très serrée, à moins de 1" : inutile de chercber à la dédoubler.
On obtiendra plus de succès sur l'étoile t: : écartement =: 6", «-randeurs des composantes : 4" et 6"; couple très lumineux. Presque immobile dans le ciel, ainsi que le précédent. La fig. 92 montre son aspect.
Plus intéressante encore est l'étoile ly composée d'un astre de 4* grandeur 1/2 et d'un de G* 1/2, actuellement écartés à 4"2, jaunes tous deux, le second même un peu plus rouge, ce qui est très rare, car lorsque la principale des composantes d'une étoile double est jaune orangée •ou rouge, la seconde offre généralement une nuance de contraste, verte ou bleue. William Herschel mesura pour la première fois ce couple le 15 avril 1782, et estima l'angle à 24**; mais, en 1792, il le trouva à 355", avec une rétrogradation de 29 degrés. Le mouvement se continua rétrograde : en 1822, la seconde étoile était à 340°, en 1833 à 330% en 1846 h 320°, en 1857 à 310°, en 1866 à 300°, en 1871 à 290°, et elle est en ce moment (1880) à 280°. En même temps, la distance variait considérablement : en 1 822, elle était de 7", 1 ; en 1 833 de 7"2 ; en 1 846 de 6"7 ; en 1 857 de 5"9; en 1866 de 5"3 ; en 1871 de 4"9, et elle est aujourd'hui descendue à 4"1. Les mesures d'Herschel ne sont pas assez précises pour décider si cette distance était la même de son temps qu'en 1822. Quoiqu'il en soit, nous pouvons déjà tracer la courbe du mouvement de cette étoile, car il n'y a pas moins de 104 degrés de parcourus entre la première et la dernière
Fig. 0". — L'étoile double Tt âx\ Bouvier.
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Fig. 93. — Mouvement observé sur l'étoile double Ç du Bouvier.
ÉTOILES DOUBLES DANS LE BOUVIER
mesure ; la distance diminue et le mouvement s'accélère, si bien que ia durée de la révolution entière doit être d'environ 127 ans. Notre fifj. 93 représente le mouvement observé, à l'échelle de 1 demi-centimètre pour 1 seconde. Ce système rapide est emporté dans l'espace par un mouvement propre assez fort.
L'étoile i, de quatrième grandeur et demie, montre non loin d'elle,
cà 38", un compagnon de huitième grandeur, qui reste fixe depuis un siècle qu'on l'observe, mais forme néanmoins avec elle un système physique emporté par le môme mouvement propre dans l'espace.
Il en est de même de l'étoile 39, de cinquième grandeur et demie, qui emporte avec elle un compagnon de sixième et demie, écarté à 3"6, et formant également un système dans lequel l'observation ne décèle aucun mouvement. Cette étoile se trouve dans la région sur laquelle Lalande a dessiné le Cercle mural [voy.fig.l^) en l'honneur de son neveu, auquel on doit la majeure partie des observations du Catalogue de Lalande, observations qui ont enrichi la science de cinquante mille positions d'étoiles et qui sans contredit constituent l'un des plus beaux monuments scientifiques duxviii' siècle. Néanmoins, cette petite constellation est tombée en désuétude, quoiqu'elle ait eu plus de titres au respect de la postérité que celle du Chat, créée par le même astronome. — Lalande, qui, à cette époque, ne pouvait guère entrer dans un salon sans faire une profession de foi philosophique en faveur de l'athéisme, et une profession de foi gastronomique en faveur des araignées (qu'il croquait comme des noisettes dont il prétendait qu'elles ont le goût), n'a guère eu de succès ni avec sa philosophie négative, ni avec ses araignées, ni avec ses constellations, car la postérité n'a rien gardé de tout cela; mais ses ouvrages d'astronomie sont restés, et ils sont excellents.
L'étoile 44 i est une belle double composée d'un astre de cinquième grandeur et d'un de sixième, écartés à 4"8, et formant un système orbital assez rapide, particulièrement curieux en ce sens que ces deux loin-
Fig. "J4. — L'étoile t1oul3le iola. du Bouvier.
ETOILES DOUBLES DANS LE BOUVIER
tains soleils tournent l'un autour de l'autre dans un plan très incliné sur notre rayon visuel, de sorte que nous les voyons circuler pour ainsi dire de profil. Notre fig. 95 donne idée de la manière dont s'exécute ce mouvement observé depuis un siècle : elle est tracée à l'échelle, de 1 0 millimètres pour 1 seconde. On a revu en 1819 l'étoile du côté opposé à celui où on l'avait vue en 1781 et 1802, et l'on croyait à une erreur ou à un changement d'éclat des étoiles ; mais elle a continué de marcher suivant une ligne presque droite, et en ce moment elle s'arrête pour reprendre son oscillation en sens contraire. D'après la nature de ce mouvement, l'orbite doit être inclinée de 70 degrés sur notre rayon visuel, et la révolution entière doit s'effectuer en 260 ans. Ainsi voguent dans le ciel toutes ces étoiles que naguère encore on croyait fixes !
Remarquons aussi dans cette riche constellation un très curieux système stellaire formé par l'étoile fji, de quatrième grandeur. \'ue dans une lunette, cette étoile se décompose d'abord en deux, la seconde de septième, étant éloignée à 108" de la première. Depuis les premières mesures de ce couple écarté jusqu'à celles que j'ai faites récemment, la position respective des deux étoiles n'a pas varié : la petite étoile reste immobile à 171° ei 108" de sa primaire. Cependant, elles sont animées
Fig. 95. — Mouvement observé sur l'éfoile double 44 i du Bouvier.
*"ig. 'JG. — Système ternaire (x du Bouvier.
d'un mouvement propre commun dans l'espace, de 8"19 par an, ce qui prouve qu'elles forment un même système physique. Mais le plus curieux est encore que la petite étoile est elle-même une très jolie double, très serrée (actuellement à 0"7) dont les deux composantes tournent fort rapidement l'une autour de l'autre, attendu qu'il y a déjà 222 degrés de parcourus depuis un siècle : la révolution entière doit s'opérer
14'i LE BOUVIER. — LA COURONNE
en 280 ans. L'analogie nous porte à croire que ce petit couple gravite lui-même autour de l'étoile principale; mais des considérations de mécanique céleste nous invitent à penser que la révolution grandiose de ce système ternaire ne demande pas moins de cent vingt mille ans pour s'accomplir!... Telle serait la « grande année » de ce lointain univers.
On voit que cette constellation est véritablement riche en grands spectacles. Ce ne serait pas tout encore si nous voulions signaler toutes ses curiosités, car l'étoile x, l'étoile P. XIV, 69, sont ellesmêmes de gentilles petites doubles accessibles aux instruments dj moyenne puissance (12" et 6"), et il y en a bien d'autres. Mais le ciel est grand, et nous ne devons pas nous attarder dans la même région. Laissons vite le Bouvier pour faire connaissance avec sa voisine la Couronne boréale.
Cette constellation, l'une des plus faciles à reconnaître à l'œil nu par sa forme caractéristique, se trouve en quelques minutes en se servant d'Arcturus et du triangle supérieur du Bouvier {voy. fig. 89). Son nom est évidemment dû à sa forme, et il n'y a nulle autre explication à en chercher. Les anciens assuraient que c'était celle d'Ariadne, que Bacchus avait transportée au ciel ; Ovide en raconte même la lég-ende dans les termes suivants :
Ariadne, enlevée par Thésée et abandonnée sur le rivage de la mer, assourdissait les échos de ses plaintes. Bacchus vint à son secours et, pour qu'elle brillât d'un éclat imniurtel au milieu des astres, il détacha la couronne de son front et la lança vers les cieux. Tandis qu'elle traversait rapidement les airs, soudain, les pierreries dont elle était parsemée se changèrent en autant de feux, qui se fixèrent dans l'Empyrée et conservèrent la forme d'une couronne. Sa place est entre Hercule à genoux, et celui qui porte le serpent.
On a dessiné cet emblème sous toutes les formes, depuis une couronne de bergère, tressée de fleurs champêtres, jusqu'à une couronne d'empereur, de roi, de duc, de marquis, de comte ou de baron. Mais les vains titres passent au ciel comme sur la terre, et depuis longtemps on la dessine sans compter ses fleurons. Elle a même reçu d'autres noms. LiÊS Chinois l'appelaient « la coquille à la perle », et il est curieux de voir que son étoile brillante se nomme encore aujourd'hui la Perle. Les Arabes l'appelaient Kasat al-Masakin, «l'Écuelle des pauvres ». Mais peu nous importe de quels symboles elle ait servi. Ce qui nous intéresse, ce sont les étoiles qui la composent : elles sont inscrites au tableau suivant.
Les anciens n'avaient observé dans la Couronne que les neuf étoiles