LE SOIR D'UN JOUR DE FETE
Sans brise, claire et tiède est la nuit. Sur la plaine. Sur les toits, les jardins, les coteaux et les monts,
De l'azur blonde souveraine,
La lune épanche ses rayons.
Déjà tout sentier fait silence Et la lampe nocturne aux fenêtres s'éteint. Toi que j'aime, tu vas dormir jusqu'au matin Dans la chambre où la paix berce ton indolence; Dormir ! et du passé nul aiguillon présent Ne te fait un remords de mon chagrin cuisant.
Et moi que la douleur pénètre, Pâle et faible et souffrant, je viens à ma fenêtre Saluer la nature éternelle et sans cœur. Puissance qu'on croit bonne et protectrice et tendre, Tu m'as dit : « Pas d'espoir î je neveux rien entendre, « Rien ne fera briller tes yeux que la douleur! »
Ainsi ce jour fut beau. Dans le sommeil il plonge
Ton cœur, qu'il a vu palpitant,
Et tu revois sans doute en songe Tous ces adorateurs qui plurent : ils sont tant. Pour moi, nulle pensée, oh ! je le sais, £as une ! Et j'éclate en transports, en sanglots, en cris sourds,
Me roulant sur le sol ne le dis pas, ô lune!
Combien me faudra-t-il en vivre, de ces jours
Affreux, quand on est encor jeune?
Et j'entends, sur le tard, chanter en son chemin L'artisan qui, sorti pour une fois du .jeûne,
Et sans souci du lendemain,
Regagne son humble demeure.
Je suis seul à compter minuit.
O misère! ici-bas, tout nous quitte et s'enfuit; Et rien ne survit, rien. Au jour de fête, à l'heure